vendredi 28 octobre 2011

Chaussure encylopédique

Paris, France.
La présente chaussure est assez unique, et ce pour plusieurs raisons:
  • Présentée sur le stand Canon du salon de la photographie 2011, il est peu probable qu'elle soit effectivement abandonnée (quoi que d'un autre côté je doute que son propriétaire légitime la rechausse à l'issue de l'exposition), ce qui en ferait la première exception à la règle énoncée pas plus tard que la semaine dernière;
  • Elle a les honneurs de ce blog et d'un article (en tant qu'illustration) sur la version tchèque de Wikipédia. On aura tout vu.
In other news: beaucoup de boulot ces jours-ci, beaucoup de déplacements, et pas forcément le temps de bloguer d'ici décembre, voire janvier. L'avantage des chaussures, à ce niveau, c'est que j'ai un stock de photos -et donc de billets- d'avance.

vendredi 21 octobre 2011

Chaussures inadmissibles

Tunxi, Chine.
Photographes en goguette, attention: le but du jeu n'est pas de collectionner des photos de chaussures, même des jolies, mais bien de recenser celles qui ont selon toute probabilité été abandonnées par leur propriétaire.

A la vue de certains clichés, on peut parfois s'interroger.

lundi 17 octobre 2011

Attention aux ébauches


Je viens de découvrir que Jimmy Wales est sur Facebook, et que les rares fois où il y va c'est pour poster des bêtises (à commencer par la vignette ci-dessus).

vendredi 7 octobre 2011

Chaussures d'aventure

Washington DC, USA.
J'ai croisé cette fille à Irkoutsk en mai. On s'est revus à Oulan-Bator puis Pékin en juin. Voyageuse comme moi, elle est en plus douée pour la photo (pas comme moi).

La plupart des chaussures d'Asie que vous avez vues jusqu'à présent sont d'elle, ainsi que celles, américaines, d'aujourd'hui: cette paire a été trouvé en l'état, "don" du précédent locataire de l'appartement où elle a emménagé à son retour. 

C'est un signe.

jeudi 6 octobre 2011

Lobbying

Je m'absente à peine 24h et voilà qu'à mon retour je découvre que Wikipédia en italien est fermée. La page d'accueil (et tout article auquel on essaie d'accéder) est remplacée par une note indiquant que face à la chienlit législative, la communauté avait décidé de tirer la plus grosse sonnette d'alarme qu'elle avait sous la main et, donc, de bloquer temporairement l'accès au contenu. Histoire d'inviter les gens à se soucier des risques que court, selon nos collègues italophones, le contenant.

Soit.

Je vous engage à lire bien sûr le billet d'Alexander Doria, qui a un peu pris le lead sur cette histoire, ainsi que les divers échos chez Wikimédia France, Linterweb, ainsi que chez David Monniaux, Moyg, Pierrot et Darkoneko (avec pour ce dernier le petit addendum qui va bien). Et ah, oui, tant qu'à faire, la  réaction officielle de la Fondation sur le sujet (en anglais). Du coup, on ne va pas faire un énième post sur ce qui se passe, mais essayer plutôt de savoir pourquoi ça s'est passé comme cela. 

Rien de nouveau sous le soleil
Reculons tout d'abord d'un pas: le projet de loi en question ne vise pas Wikipédia spécifiquement, ni ses contributeurs (ou son mode de contribution), mais concerne au premier chef la publication d'écoutes téléphoniques - d'où le nom de Loi sur les écoutes. Un paragraphe, le 29, exprime grosso-modo qu'en cas de publication contestée, la personne visée peut exiger la mise en ligne d'un correctif sous 48h et, très littéralement, sans autre forme de procès.

Il me semble ici que Wikipédia en italien serait la victime collatérale d'un projet de loi qui ne la vise pas. Notez que ce n'est pas vraiment nouveau: on a eu il y a quelques années la version anglophone qui était bloquée au Royaume-Uni pour la mise en ligne de la pédopornographique pochette de l'album Virgin Killers du groupe de rock Scorpions, ou ce projet de loi portugais à l'automne dernier, toujours dans les cartons, qui vise à rendre les droits d'auteur inaliénables mais, en passant, condamnerait tout schéma alternatif de type Creative Commons - qui je vous le donne en mille sous-tend Wikipédia. Enfin, pour rappel, on a aussi vu le député allemand Lutz Heilmann qui par décision de justice avait fait bloquer en référé l'accès à l'adresse www.wikimedia.de. Et je ne parle pas ici des propositions un peu plus fantasques qu'on voit passer à l'occasion, comme ce tout récent rapport de sénateurs new-yorkais visant à interdire le troll et le bannissement sur les canaux informatiques... Le bouton de blocage des admins est menacé! 

La première conclusion qu'on peut en tirer, à ce stade, est probablement que les gens qui nous gouvernent n'ont pas forcément Wikipédia en tête au jour le jour (et moins encore son fonctionnement). Et sauf à penser que nos gouvernants sont omniscients et hypercompétents par la simple magie du suffrage qui les porte, c'est probablement dommage mais somme toute assez normal. 

Luttes d'influence
Du coup, il est aussi normal pour Wikipédia - sa Fondation, ses chapitres locaux, ses utilisateurs- d'essayer de corriger le tir quand un sujet que ses contributeurs connaissent assez bien peut être indirectement affecté par des décisions ou projets de loi qui, à tout le moins, manquent d'inspiration. C'est tout le principe du lobbying, qui en France en particulier a bien mauvaise presse: au final, celui-ci ne fait pourtant que refléter la prise en compte d'intérêts particuliers ayant une connaissance pointue d'un sujet. Ceux-ci essaient d'influer dans un sens ou l'autre ceux qui décident de la politique générale1. Les premiers lobbyistes, m'est avis, sont ainsi les élus par circonscription, censés défendre le bien commun mais aussi au passage les intérêts des gens de leur coin (ou en tout cas ceux de la grosse moitié qui les a mis en place). Autre exemple: parmi les lobbyistes enregistrés auprès des institutions européennes on trouve une bonne moitié d'industriels (les premiers impactés par la politique de ce qui reste essentiellement le plus gros bloc commercial au monde), mais aussi 40% d'ONG, think-tanks, groupes académiques ou régionaux. L'important, in fine, est de maintenir un haut niveau de concurrence entre différents groupes d'intérêts, de manière à ce que leurs influences se contrebalancent.

En revenant au contexte italien, on a donc un projet de loi qui a priori vise à répondre à un problème particulier et qui, par inadvertance et/ou une formulation un peu hasardeuse, vise plus loin que ce que ses créateurs auraient pu penser. La communauté wikipédienne concernée2 décide donc de réagir et d'essayer d'influer sur ce texte. La communauté wikipédienne italophone, consciemment ou pas, décide donc de faire du lobbying. Bouh.

Que faire?
Tout choix politique, au final, se résume à un arbitrage entre gains et pertes potentiels. Toute décision a des effets négatifs, et tout le jeu pour un décideur consiste à savoir minimiser ces derniers. Suivant les caractères les priorités changent, mais en démocratie -en tout cas dans une démocratie occidentale moderne- un bon indicateur du sens du vent vient du retour médiatique que donnera telle ou telle décision: gouverner n'est pas seulement chercher la meilleure décision, mais surtout celle qui plaira au maximum de gens - ou déplaira au minimum. L'élu lambda, donc, écoute le bruit qui l'entoure.

Les italophones avaient au départ plusieurs options pour se faire entendre:
  1. Mener une politique d'engagement avec la presse, les parlementaires. Des rencontres, des meetings, des explications. Ca a en partie été fait, mais c'est quelque chose qui demande du temps et des moyens. Or au dernières nouvelles Wikimedia Italia est une association de volontaires, ne roule pas forcément sur l'or, n'a pas à ma connaissance d'employé dédié au relationnel;
  2. Mener une politique d'engagement plus générique, moins précise: c'est ce qu'on a apparemment tenté avec un sitenotice mis sur le site il y a quelques temps. Pour que ce sitenotice atteigne ses objectifs, il aurait essentiellement fallu qu'un (voire des) journaliste(s) ou parlementaire(s) tombe(nt) dessus, prenne(nt) le temps de le lire, et soi(en)t convaincu(s). L'efficacité potentielle me semble marginale -surtout avec des Parlementaires en majorité d'un age avancé. De fait, le projet de loi est resté à l'ordre du jour, inchangé;
  3. Faire du bruit. Beaucoup de bruit.
On voit qu'à ce stade les options sont en fait assez limitées. Vous noterez que je ne cherche pas à discuter la pertinence de l'analyse italienne quant aux retombées possibles de cette loi ou le fait d'utiliser le matériel encyclopédique pour arriver à leurs fins: l'important ici est qu'eux, en temps que communauté, aient décidé que cela méritait action.

C'est ainsi qu'on est arrivés il me semble à cette décision de fermeture temporaire de la version italienne: l'attentat-suicide, au final, est l'arme du pauvre.

Boum
Quand j'ai appris la nouvelle de la fermeture du site, j'ai fait la chose la plus logique qui soit pour en mesurer l'efficacité: j'ai acheté le journal. La Repubblica, pour être exact. Et j'ai effectivement trouvé un article sur cette fermeture:


Un quart de page dans la section "Politique"3 plutôt que "Technologies", ça ne me semble pas si mal. Il y avait également des liens en première page des sites webs de la Repubblica et du Corriere della Serra: c'est bien aussi. Un rapide tour sur google news me montre qu'on a plusieurs milliers de citations à travers la presse nationale: c'est carrément bon - je connais peu de campagnes de presse qui peuvent se vanter d'une telle couverture, y compris à l'international. On en parle encore aujourd'hui dans la Repubblica, avec Jimmy Wales qui se fend d'une déclaration: un évènement couvert sur plusieurs jours, c'est vraiment, vraiment bon. Et 270'000 soutiens en 24h au groupe Facebook (et 430'000 liens vers le communiqué partagés sur des pages utilisateurs) c'est aussi toujours ça, pour ce que ça vaut.

La machine est donc lancée et, apprends-je toujours via l'excellent blog d'Alexander Doria, il semblerait que le projet soit déjà en cours de modification. Pas encore là où on le voudrait, mais les lignes de front ont commencé à bouger.

Victoire, ou bien?
Bon, au final il ne faut pas faire la fine bouche: sans vouloir vendre la peau de l'ours, il apparaît que les italophones soient plus près d'obtenir la modification du texte qui les intéresse qu'il ne l'étaient il y a trois jours. Sans non plus leur donner tout le crédit -il y avait un contexte de protestations non négligeable-, ils auront probablement concouru à ce changement.  La nouvelle du black-out a par ailleurs réussi à faire surface en dépit d'une actualité chargée: entre la dégradation de la note de la dette italienne et la mort de Steve Jobs, cela montre l'importance de Wikipédia au sein du paysage médiatique italien et, par extension, le crédit dont celle-ci jouit. Elle a contribué à faire évoluer le débat sur un point particulier qui la concerne, ce qui est une démonstration de force.

Victoire tactique, donc, comme on dit dans les infoboxes d'articles sur les batailles.

Au niveau stratégique, par contre, il faudra attendre de voir le texte final pour décider. Mais on a déjà plusieurs questions qui se posent:
  • ce qu'on a fait une fois, qui prend tout le monde par surprise et les fait réagir, est toujours moins efficace quand on le ressort une deuxième fois. Quid de la prochaine proposition législative de la même eau, dans un, deux ou cinq ans? 
  • Est-ce que cela donnera aussi l'idée de faire pareil à d'autres versions linguistiques, avec le risque de dilution du crédit dont bénéficie Wikipédia si de telles décisions sont moins bien inspirées ou plus partisanes? Il est relativement inquiétant de penser que quelques dizaines de personnes puisse aussi rapidement prendre une telle décision - et WP.it est un gros projet: combien pourraient décider sur WP en danois?
  • Cela aura-t-il un impact sur la toute prochaine campagne de dons?
On risque aussi d'avoir de sérieuses critiques: que ce soit à l'interne pour avoir abandonné une neutralité stricte, sorti la grosse artillerie et mis la Fondation devant le fait accompli; ou à l'externe pour avoir indirectement pris position contre le Parti des Libertés, qui n'est pas encore voué à disparaître4.

Bref, tout ça pour dire que c'était un développement intéressant. Et à suivre.


1. Il faudra sinon m'expliquer comment on peut attendre que des élus du peuple soient tout d'un coup experts en éducation, droit matrimonial, droit pénal, assurance maladie, recherche fondamentale, droit bancaire et promotion de l'activité économique. Et ça, c'était uniquement pour les membres du Conseil national suisse, et uniquement pour le 30 septembre dernier.
2. A leur décharge, il faut souligner que dans de récents conflits la loi a permis l'assignation individuelle de membres de Wikimédia Italia pour des problèmes de contenu avec lesquels ils n'avaient rien à voir.

3. En fait c'est même "politique et justice", ce que je trouve très italien, comme association.
4. Et est même encore au pouvoir. Quoi que sur ce point c'était assez finement joué pour ne pas s'opposer à la loi dans son entier, qui dépasse le cadre wikipédien: WP.it a donc bien fait du lobbying et pas de la politique. Un des premiers amendements déposés l'a d'ailleurs été par un député PdL.

mardi 4 octobre 2011

FOP à se prendre la tête

À l'occasion du dernier génocide des photographes professionnels concours Wiki loves Monuments, on a pas mal parlé de la liberté de panorama. Pour résumer, il s'agit du droit de publier une reproduction en deux dimensions d'une oeuvre fixée à demeure sur la voie publique, pour autant que la reproduction ne puisse pas être prise pour l'original (genre une photo plein cadre d'une affiche). En Suisse, ce droit est garanti par l'article 27 de la loi fédérale sur le droit d'auteur. Il n'existe pas en France. Pour cette raison, toutes les photos de bâtiments sis en France et dont les architectes n'ont pas eu l'élégance de mourir il y a plus de 70 ans sont impitoyablement supprimées de Wikimedia Commons et devraient l'être aussi de Wikipedia en français, tant on voit mal comment justifier qu'un document non publiable là-bas pourrait l'être ici. Quelques voix s'élèvent contre cette purge stalinienne saine volonté de respecter le droit dans toute sa rigueur. Il conviendrait de s'asseoir sur une disposition légale qui nous enquiquine lorsque l'atteinte portée aux intérêts des truies d'autrui est jugé faible en regard du service rendu au plus grand nombre (doctrine Google, aussi connue sous l'appellation Faut pas pousser Mémé dans le concasseur).

J'ai mon avis sur ce débat mais ne le partagerai pas. Parce que toute la discussion repose sur un "léger" malentendu.

Pour rappel, sont publiables sur Commons des reproductions de bâtiments, sculptures, etc., sis dans des pays reconnaissant la liberté de panorama.

Rüti - Bandwiesstrasse IMG 4388

La Bandwiesstrasse à Rüti (ZH).

LegalPictureOfTheLouvreAndThePyramid

Moi je trouve ça plutôt classe.


Ce choix est pragmatique et d'application aisée: il est facile de savoir dans quel pays une oeuvre éligible à la liberté de panorama se trouve, puisqu'elle doit y être fixée à demeure. Sauf que.

Sauf que ce n'est pas le système retenu par les traités internationaux. Soucieux de placer les auteurs sur un plan d'égalité sur un marché donné, les parties contractantes aux conventions de Berne et de Genève (pas celle sur les troufions, l'autre) imposent aux Etats, par leurs articles II et 5 respectivement, d'accorder, sur leur territoire, la même protection aux oeuvres publiées dans un autre Etat partie qu'à celles publiées localement. A contrario, rien n'oblige un Etat partie d'accorder aux oeuvres "étrangères" une protection qu'il refuse à celles publiées sur son sol. Concrètement, l'auteur de la charmante statue bourbine ci-dessus peut très bien s'opposer à ce que des images reproduisant son oeuvre soient publiées en France. Maintenant, imaginons que je fasse quelques photos de la pyramide du Louvre et que je les publie une fois rentrée chez moi, en Suisse. Je ne commets pas d'infraction d'un bout à l'autre de la chaîne: j'ai le droit de faire une photo de la pyramide du Louvre, j'ai le droit de la publier en Suisse. On pourrait me reprocher une fraude à la loi. Le problème vient du fait que sur Internet, on publie immédiatement dans le monde entier et plus seulement dans un pays à la fois. Ça, Victor Hugo et ses copains n'y avaient pas pensé.

Tout ça pour dire que la politique de Commons a pour conséquence d'interdire des publications potentiellement autorisées et, plus grave, d'autoriser des publications interdites. Que faire ?

  • Instaurer des filtres basés sur la localisation du lecteur pour ne lui montrer que ce qui est librement reproductible dans le pays où il se trouve? Ce genre de bricolage est aussi difficile à mettre en place que facile à contourner. J'oubliais, ça ne nous concerne pas directement, mais ajoutez une collision entre le droit de la propriété intellectuelle et celui, dans cet exemple récent, de la concurrence, et ça devient absolument tordant.

  • N'autoriser la publication sur Commons et Wikipedia que de ce qui entre dans un noyau dur du domaine universellement public du monde entier. Voilà qui devrait contenter les purs et durs mais vider les projets de tout ce qui représente autre chose que des libellules et des papillons.

  • Pousser Mémé dans le concasseur et se payer un bon avocat avec l'héritage.



La prochaine fois, je vous parlerai de la Category:Cosplay.