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jeudi 15 décembre 2011

La petite différence

Vous aurez sans doute remarqué l'apparition de l'inévitable bannière de levée de fonds en haut de chaque page de Wikipédia: on a, au choix, le fan de heavy-metal, la sorcière hippie, et Jimmy Wales qui nous demandent chacun leur tour des sous pour payer le bistro les serveurs, et le service en général. 

J'ai bien sûr ma propre opinion sur l'impact que peuvent avoir deux de ces trois individus sur l'envie de donner d'une population de consommateurs - non contributeurs des classes moyennes occidentales, mais je peux me tromper. La preuve, c'est que j'étais surpris de voir l'image ci-dessous présentée comme une parodie de mauvais goût alors que je la prévoyais pour la levée de fonds 2012:

Sacré Jimmy.
Le détail qui change cet année, pour autant que je me souvienne, c'est que c'est la première fois que l'objectif de collecte n'est pas vraiment publicisé. Les autres années on nous disait quelque chose du genre "il nous faut 5 millions, mettez la main à la poche et la bannière disparaît", alors que là, rien.

Ca, c'était en 2009.

Vu que le budget provisionnel progresse à pas de géant (de 28 millions de dollars cette année à cinquante dans 4 ans), qu'il a fallu presque l'entier des deux mois en 2010 pour collecter 16 millions, que le lectorat progresse modérément, et que les nouveaux accords de répartition des collectes avec les chapitres locaux ont été particulièrement agressifs1, je me demande si ça ne cache pas quelque chose, du genre "on ne met pas d'objectif parce qu'on ne va probablement pas l'atteindre". C'est très américain de ne pas vouloir passer pour des losers.

Bref je spécule, mais le changement général d'attitude m'a quand même surpris.


1. Plutôt qu'une répartition à 50/50 le modèle de base semble s'orienter grosso-modo vers 100% pour la Fondation et des subventions distribuées au cas par cas pour les chapitres. Bizarrement, ce raclement de fonds de tiroirs est assez mal passé, ne serait-ce que dans la manière et parce que dans beaucoup de pays ce n'est pas vraiment légalement applicable.

dimanche 19 décembre 2010

Что делать?

Comme me le disait récemment un collègue arbitre, ce n'est vraiment pas un rôle facile sur Wikipédia: "les gens viennent exprimer le peu de bien qu'ils pensent de ce qu'on fait quand on discute, ils renchérissent quand on donne la décision en disant qu'on a fait n'importe quoi, et les admins ne seront jamais foutus de se mettre d'accord pour appliquer les décisions".

C'est un assez bon résumé. Heureusement qu'on est bien payés, ça compense.

Mais ce n'est pas aujourd'hui que je vais essayer de faire pleurer dans les chaumières. Parlons plutôt de ce à quoi doit correspondre une décision et comment, tout seul dans mon coin d'arbitre, j'essaie d'y arriver: il s'agit en fait ici surtout d'une réflexion inaboutie -probablement parce qu'il n'y a pas de formule magique à découvrir à la clef- mais qui recoupe plusieurs remarques que je me suis faites depuis pas mal de temps:
Alternative séduisante au blocage et disponible en 4 coloris,
mais peu pratique pour une communauté virtuelle.
  • Le blocage sert essentiellement à la protection immédiate de l'encyclopédie;
  • Avec les utilisateurs enregistrés "normaux", le blocage punitif sert surtout à marquer le coup;
  • On ne peut pas défaire le passé, notamment si deux contributeurs ont décidé qu'ils se méprisaient cordialement;
  • Notre vie serait pourtant bien-plus simple si on n'avait pas à rediscuter des mêmes trucs à propos des mêmes personnes tous les trois mois;
  • J'ai enfin une confiance toute relative dans la capacité des admins à appliquer les décisions du Comité d'arbitrage sur le long terme, par opposition à un blocage immédiat inclus dans la décision: j'ai de manière croissante l'impression que chaque requête qui commence par "Demande d'application d'une vieille décision d'arbitrage"1 est vouée à se transformer en loooongues discussions, quelle que soit la limpidité de la situation.
D'où l'idée qu'il faut effectivement trouver des solutions pour, justement, éviter que les mêmes personnes -a priori pourtant des contributeurs au potentiel encyclopédique- se retrouvent devant les admins ou arbitres à intervalles réguliers, car sauf exceptions notables on sait très bien où cela mène: claquement de porte et/ou ban, frustrations, mise en place de camps, et perte sèche pour le projet. Autant bannir d'emblée à la première incartade, on s'économisera du temps et des octets. Qu'on pourrait utiliser du coup sur des articles (par exemple).

Sauf que le bannissement systématique et immédiat n'est pas vraiment dans les moeurs. Pas encore. Toute la difficulté d'un arbitrage tient donc à éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, avec pour seuls outils des recommandations de bon sens et le bouton de blocage. Si en plus il faut peser chaque mot pour ne pas froisser les uns et les autres et se faire traiter de vendu partial (idéalement par les deux bords), vous conviendrez que ce n'est pas gagné.

Toutes suggestions simples et d'application universelle sont les bienvenues2.



1. Avec "vieille" > 1 semaine.
2. Et n'oubliez pas de vous présenter aux élections, juste pour confirmer.

dimanche 5 décembre 2010

Demandeur d'asile

Tiens, une fois n'est pas coutume, je vais faire un peu de retape et reprendre des billets ici ou là, les croiser et vous sortir une info incroyable dont vous aurez déjà entendu parler, en fait.

Première chose: il y a quelques jours, David Monniaux nous rappelait que Citizendium, c'est la louze. Pas d'articles, pas de sous, pas de bras, pas de chocolat;

Levée de fonds, circa 2014 (thefrogman)
Et puis ce matin, Darkoneko indique que la levée de fonds wikimédienne de 2010, c'est la louze. C'est vrai qu'ils ont été franchement ambitieux pour le coup, à vouloir quasi-tripler leur objectif de 2009. Mettre la photo de Jimmy Wales aura été utile, mais ce n'est pas non plus un filon inépuisable (et je doute personnellement que cela marche aussi bien l'année prochaine et les suivantes: on s'habitue à tout).

Je me demande du coup si la discussion qui avait récemment eu lieu sur la Mailing-list de la Fondation en novembre et visant à héberger Citizendium sur les serveurs Wiki (de manière à assurer un minimum de diversité) est toujours d'actualité.

La bonne nouvelle, en parcourant Charity Navigator, un site (à but non lucratif?) qui évalue l'efficacité des ONG en fonction des dépenses liées à la réalisation des objectifs, c'est qu'on a une sacrée marge de manoeuvre. Si la Fondation Wikimédia obtient au final 3 étoiles sur 4, c'est essentiellement par sa capacité à faire croître ses revenus de manière exponentielle, pas parce que sa gestion du fundraising est super efficace: à quasi 20% du budget, je trouve que ça fait beaucoup, surtout que je n'ai jamais entendu parler que des bannières sur le site, qui a priori ne coûtent rien.

Rassurons nous, il n'y aura pas de problèmes de tréso: en 2009, la Fondation a apparemment dépensé 3 millions de moins qu'elle n'en a gagnés. L'idée des 16 millions, à ce que j'en comprends, c'était justement de s'affranchir des levées de fonds en vivant des intérêts.

Mais sachant que les Chapitres nationaux gardent 50% des recettes de la collecte effectués chez eux (j'ignore d'ailleurs si les évaluations actuelles prennent en compte ces dons indirects, ou s'ils seront intégrés en fin de campagne), je me demande combien de temps il reste avant que le QG décide de réduire leurs marges.

jeudi 11 novembre 2010

tl;dr

Bon bon bon, je viens de lire le dernier billet de l'ami Pierrot et je me dis qu'en fait je suis un grand incompris ou, à peine mieux, qu'il est malcomprenant. Au final c'est la même chose: je ne sais pas expliquer ce que j'ai en tête quand je parle de Wikipédia, et c'est mal (en tout cas pour un blogueur dont c'est le fond de commerce). En jeu apparemment, pour ceux qui n'ont pas suivi ou qui se sont endormis la dernière fois, la question de savoir ce à quoi doit ressembler un Article de Qualité sur ce projet1. Rien moins2.

Or doncques, je ressplique.

La première question, au XXe siècle, aurait été de se demander ce qu'est un bon article avant même de commencer à en rédiger un. Est-ce qu'un bon article fait le tour du sujet, ou est-ce qu'il le creuse? Ou les deux3?

La deuxième question, au XXe siècle, serait de savoir qui va rédiger notre bon article, et pour quel public? Dans un monde aux ressources matérielles limitées, quand on a cent ou mille pages disponibles il faut faire des choix et fixer quelques priorités - dès lors, et c'est heureux, Jésus prendra plus de place sur Britannica que ne le mériteront jamais les Beatles. Mais on parlera des Beatles, parce qu'on s'adresse a priori à un public de classes moyennes.

La conclusion, à ce stade, c'est qu'un bon article est celui qui nous en donne pour notre argent (de l'acheteur et du vendeur).

Au XXIe siècle wikipédien, fi de tout cela: les octets sont quasi-gratuits à stocker, pas chers à accéder, et une armée de bénévoles s'entre-corrigent et construisent sur la prose d'autres pour le plaisir4. On abandonne donc le principe de rendement pour celui de la finalité. Qui va lire tout ça? La réponse - et l'objectif - c'est tout le monde.

L'idée, donc, n'est pas de tirer à boulets rouges sur les AdQ ou de les entraîner vers le bas, mais plutôt de faire de bons articles sur des sujets importants, qui satisfassent les élites tout en restant accessibles aux masses ignorantes. Passons sur les élites - elles peuvent tout lire, l'ont lu, et d'ailleurs pensent que WP c'est très bien mais plein de fautes. Les masses ignorantes -j'en fais partie- n'ont au contraire pas lu grand chose, essentiellement parce qu'à l'heure actuelle il y a trop de choses à lire, entendre, regarder et tant d'autres à faire (travailler, jouer, donner du temps de cerveau à TF1; et puisqu'on est sur internet il faut aussi penser à écrire des mails, touitter, mettre à jour son statut facebook, voir des trucs idiots sur Youtube ou Powerpoint, etc.). Nos clients, c'est elles.

Au final, même si on a fait l'effort de chercher un article et qu'on commence à le lire, la concurrence est telle que le risque et réel que j'aille voir ailleurs si j'y suis avant d'avoir atteint la fin: tl;dr, c'est l'acronyme anglais de too long; didn't read - trop long, je n'ai pas lu. Avancée de la connaissance 0,2 - Société du divertissement 1.

Le temps est donc la dernière ressource qui ait une valeur (on est d'ailleurs rarement payé à la tâche, mais à l'heure ou au mois): celle qui va déterminer notre rapport qualité-prix.

Passé ce cap de la réflexion, on a déjà fini: un bon article, à ce niveau, n'est pas exhaustif; un bon article me permet de faire de tour du sujet dans une unité de temps raisonnable (5? 10 minutes?). Si je veux être exhaustif, la joie de l'internet - ou plutôt de l'hyperlien - me permet de littéralement creuser le sujet. Tiens, d'ailleurs Wikipédia y a déjà pensé, et utilise le modèle {{loupe}}:


L'idée est donc de généraliser cet usage pour chaque thématique. On objectera que cela risque de créer des divergences de contenu difficiles à gérer - je répondrais qu'on gère relativement bien un million d'articles et que, au final, tous les articles n'ont pas vocation à être ainsi saucissonnés: juste les gros. Rapporté au tout, on aura bien moins de sous-articles qu'on a de sous-catégories qui pour le coup, elles, paraissent hors de contrôle dans leur foisonnement sans que cela fasse tiquer personne.

Nous sommes tous la masse ignorante de quelqu'un d'autre. Ecrire un article qu'on n'aura pas le temps de lire, c'est intuitivement répondre à la question de savoir quelle taille est trop longue.


1. Je ne suis pas complètement certain d'assumer ce jeu de mot que je place donc en note de bas de page: est-ce que c'est bon parce que c'est long?
2. En fait je voulais surtout dans le billet que commente Pierrot parler d'Afrique, de francophonie, et de pragmatisme. Le pont sur les AdQ c'était juste histoire de mettre du Wikipédia dedans. Mais bon c'est pas grave, les AdQ c'est intéressant aussi.
3. Auquel cas l'article part en vrille?
4. Parce que ceux qui font ça pour rétablir la Vérité, parce qu'ils ont une Mission, ou je ne sais quoi de trop sérieux ont tendance à ne pas durer.

mercredi 8 septembre 2010

Touchons du « bois »

J'ai une vision très précise de ce moment. Au bureau, alors que l'activité était calme, cela faisait plusieurs jours que je fouinais sur les différentes pages d'aide de Wikipédia. Je suis en revanche incapable de dire comment j'en suis venu à me pencher sur ce site et combien de temps (un jour, trois jours ?) ai-je passé à lire et relire les conseils. Attention, je n'ai pas lu pendant trois jours mais sur cette période, je pense y être passé et repassé. J'en profite pour me montrer en contre-exemple des gens qui pensent que « Pour les nouveaux, les pages d’aide sont trop longues et mal foutues, personne ne les lit. ». Moi avant d'aller quelque part, je regarde où je mets les pieds. Et les pages longues me sont utiles, pas forcément pour les lire de fond en comble mais pour me dire « Je peux revenir là si j'ai des questions ». Un peu comme un dictionnaire ou un annuaire qu'on consulte mais qu'on ne lit pas in extenso.

Je me tâte1 pour m'inscrire, je tergiverse avant de sauter le pas et de faire le premier (pas) vers une « communauté »2 avec tout ce que ça peut comporter comme intégration3. Un des éléments qui m'a décidé, c'est que quitte à être inscrit autant l'être le plus tôt possible, cela me donnera de la bouteille4. Je ne pense pas avoir testé la modification de page sous IP, peut-être juste un clic pour voir le code avant d'annuler et de revenir à la page précédente.

Alors, je trouve un pseudo inédit et à peu près prononçable, je me crée un mail lié à ce pseudo et puis je clique sur « Créer un compte ou se connecter ». Et voilà comment je me suis devenu contributeur sur les projets Wikimedia. C'était il y a cinq ans, jour pour jour.

1. Comme Prost
2. Ajoutez des tas de guillemets
3. Imaginez que vous avez déménagé et devez aller à l'école alors que vous ne connaissez personne et que tout le monde se connaît. L'avantage c'est que sur Wikipédia, y a plein de monde qui emménage tout le temps (ou qui se barre d'ailleurs).
4. Il y avait environ 180 000 articles à mon inscription.

samedi 5 juin 2010

Le jeu des huit erreurs

Je reviens tout juste d'une semaine de conférence, assez inégale mais par moments enrichissante: je ne résiste dès lors pas à vous faire partager l'un de ses bons enseignements, dont le crédit est attribuable à un (relativement) vieux monsieur qui est revenu travailler pour le plaisir (!) après avoir gouté à un an de retraite (je n'ai pas rencontré son épouse, on va donc dire qu'il aime vraiment son job).

Là vous m'arrêtez tout de suite et me dites "Popo on s'en moque de tes conférences, nous ce qu'on veut c'est du Wikipédia".

Et là je vous réponds: Wikipédia c'est très politique, alors écoutez et apprenez, bande d'ignares. Ca vous servira le jour où, par exemple, vous vous lancerez dans une prise de décision ou une controverse de neutralité. C'est en tout cas ce que je me suis dit en écoutant ce Vieux Crabe Sage.

Un vieux de la vieille comme on n'en fait pas, donc, avec un cuir épais comme une vieille table en chêne: tout ce qui ne l'a pas tué l'a, de fait, rendu plus fort. Vraiment plus fort. Sacrément plus fort. Et prêt à partager sa science, ne serait-ce que parce que ce qui ne l'a pas tué a quand même essayé à plusieurs reprises (et souvent dans le dos, avec des objets tranchants).

Le titre de la présentation était Les huit erreurs les plus fréquentes lors d'une proposition de loi. Ce vieux de la vieille partageait donc avec nous son expérience de conseiller politique au Capitole américain états-unien, à Washington, D.C. Que des éléments de bon sens, mais n'oublions pas que lorsqu'on a le nez dans le guidon ce n'est pas forcément le matériau le plus disponible. Les voici sans plus attendre, avec court commentaire qui expliquera pourquoi en l'écoutant j'ai fait le lien avec un site web célèbre:

1. Ne penser qu'aux risques, et pas aux opportunités. Chez nous on dirait "Wikipédia: n'hésitez pas!". Pour les PDD, je dirais aussi qu'il ne faut pas hésiter à proposer des trucs osés, on ne sait jamais et si l'idée est bonne elle sera reprise et transformée.

2. Ne faire attention que lorsque c'est nécessaire. Tout va bien, et quand vous revenez deux semaines plus tard la discussion ou l'article a été prise en otage par une andouille et rien ne va plus. C'est pour cela qu'on a inventé la liste de suivi.

3. Croire que les autres se soucient de vos soucis. Aussi incroyable que vous le pensiez, ils ont autre chose à faire. Que vous ayiez été victime d'une injustice (arbitrage, blocage, NPOV) dans un lointain passé n'est pas suffisant pour que quiconque lance une PDD ou soutienne vos propositions, surtout si elles sont irréalistes et pleines de bile.

4. Penser que les votants ou intervenants occasionnels comprennent le sujet. Vous avez passé quatre mois à discuter d'un thème X ou Y, vous êtes un pilier de bistro qui connaît tous les maronniers. C'est bien mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Toute intervention devrait se limiter au point à résoudre - avec des diffs s'il vous plait. Les détails, interprétations et effets de style on s'en moque, si les gens n'avaient rien de mieux à faire que les lire ils auraient déjà participé aux discussions ou seraient plus souvent sur le bistro.

5. Ne pas utiliser tous vos leviers. Si vous pensez que quelqu'un peut vous aider sur un point particulier, demandez. Attention, ça ne veut pas dire qu'il faut rameuter vos copains lorsqu'une proposition de suppression d'article vous défrise (ce serait du spam ou du bourrage d'urnes).

6. Ne pas savoir ce que vous ne savez pas. On ne peut pas tout savoir, mais sachez au moins où le trouver en cas de besoin (archives des arbitrages, pages d'aide diverses pour pouvoir faire un beau tableau, etc., sans parler de Pubmed et Google scholar: savoir changer d'avis sur la base de nouvelles -et meilleures- sources est glorieux).

7. Essayer de contrer quelque chose à mains nues (ça sonnait mieux en anglais: "Trying to beat something with nothing"). En gros il ne suffit pas de ne pas être d'accord et de refuser en bloc, il faut toujours proposer une solution alternative. Je reviendrai sûrement là-dessus un de ces quatre.

8. Ne pas voir une bonne affaire lorsqu'elle se présente et ne pas faire une bonne affaire lorsqu'on vous la propose. Le seul moyen de sortir d'un conflit en page de discussion n'est pas d'obtenir ce que vous voulez, mais d'obtenir quelque chose de relativement satisfaisant pour chacun. Mais ça, tout le monde le sait.

Et ainsi se conclut l'anecdote politique du samedi.

dimanche 7 février 2010

Contributeurs zombies

Certains contributeurs ne participent plus à Wikipédia, et visiblement ils ne le savent pas. Un peu à la manière des zombies qui ignorent qu'ils sont morts, ceux-ci continuent de hanter les pages communautaires, prenant la place des vivants et donnant un avis qui, faute d'une implication suffisante avec les choses wikipédiennes, est parfois franchement à côté de la plaque.

Le premier (et plus éblouissant) exemple fut bien sûr Traroth, élu bureaucrate dans la préhistoire wikipédienne. Un coup d'oeil à son editcount permet de remarquer les symptomes: participation, départ, retour avec des interventions en proportion croissante sur les pages communautaires, et départ. Le problème dans son cas, c'est que pendant cette dernière période d'activité où son avis comptait plus que ses contributions, il a lancé un arbitrage un peu léger contre un admin qui s'est terminé de manière, hum, suboptimale1.

De fait, être un Zombie n'est quand même pas un crime: dans le cas des statuts il n'y a, je le rappelle, pas d'obligation d'action ou de résultats (même si on peut trouver cela troublant). Anthere et Educa33e (100 contributions en 8 et 2 mois, respectivement) sont donc des bureaucrates zombies tout ce qu'il y a de plus respectables dans la mesure où ils n'embêtent personne dans les pages communautaires. J'avoue être plus partagé pour Pwet-Pwet, admin qui s'est lancé dans une croisade contre le pouvoir discrétionnaire des bureaucrates (son droit le plus absolu), alors qu'avec moins de 80 contributions dans l'espace encyclopédique sur les 6 derniers mois, il semble un peu perdu pour la Cause.

Non, ce qui m'inquiète vraiment c'est que j'ai découvert quelque chose de beaucoup plus troublant: le Comité d'Arbitrage zombifie ses propres arbitres.

Prenons, totalement par hasard, les 12 derniers mois d'activité des 5 arbitres et demi élus jusqu'en mars prochain (Moumine, Musicaline, Edhral, Ouicoude, ILJR -remplaçant de Ouicoude démissionnaire- et Turb), et ne gardons que ceux qui sont passés sous la barre fatidique des 100 contributions en moyenne par mois (catégorie de "contributeurs très actifs", d'après les wikistatistiques) lors des 3 derniers mois: restent Moumine, Musicaline, Edhral, Ouicoude et, de manière tangente, ILJR.
Je ne sais pas pour vous, mais j'ai l'impression que la participation diminue avec la durée d'ensoleillement. Pour les arbitres élus jusqu'en septembre prochain, on voit exactement la même tendance se dessiner pour Alain_r et Tejgad.

Mais plutôt que jeter la pierre à ceux qui ont bien voulu se charger de la corvée d'arbitrer ce qui pour l'essentiel tourne à des bagarres de cour de récré, m'est avis qu'il faudrait plutôt se poser la question de la durée des mandats. Un an c'est visiblement trop long, et les gens s'essouflent. Peut-être qu'avoir moins d'arbitres élus pour moins longtemps (5 personnes, 6 mois plutôt que 10 volontaires pour 1 an?) permettrait à ceux-ci d'aider sans avoir l'impression de s'engager vers leur propre disparition ou de transformer l'expérience volontaire en corvée.

En attendant, avec un renouvellement prévu pour le mois prochain, je garderai un oeil sur l'editcount des candidats.


1. "Le Comité d'arbitrage rappelle à Traroth qu'en cas de nouvelle manœuvre de ce type, il se verra sanctionné d'un blocage d'une durée de plusieurs semaines."

lundi 1 février 2010

La base

Je survolais pas plus tard que tout à l'heure cette liste des 100 choses qu'un homme devrait savoir faire publiée (en anglais) par Popular Mechanics en 2008. Constatant que j'atteignais difficilement les 31 items (bon, ok, je n'ai pas officiellement essayé de survivre à une tornade, mais celle-là je ne la sentais pas), j'ai fait la seule chose qu'un homme moderne se doit de faire devant le constat de sa propre médiocrité.

J'ai bien sûr cherché une autre liste.

Celle fournie sur ce blog (en anglais aussi) était plus facile, et j'ai atteint un satisfaisant 81/100 (il n'y a pas d'urgence pour apprendre à prononcer un éloge funèbre).

Et comme je viens tout juste de fêter mes cinq ans de Wikipédia, en tout cas sous ce pseudo, j'ai décidé de jeter un oeil à ces qualités de base qu'il faut connaître pour survivre avec bonheur dans cette jungle. Cette liste des Trucs à Savoir est numérotée, mais ce n'est pas vraiment un classement par importance. J'ai également séparé les compétences techniques et sociales (au sens très large pour ces dernières):

Compétences techniques:
  1. Écrire un paragraphe cohérent (verbe-sujet-complément. Pas de redites);
  2. Se relire;
  3. Savoir formater un texte (gras, italique, liens internes, etc.);
  4. Chercher et distinguer des sources fiables sur le net (éventuellement les citer);
  5. Savoir retrouver rapidement une version précise dans l'historique d'un article;
  6. Lire en diagonale;
  7. Savoir utiliser les comparaisons de version (les diffs);
  8. Comprendre les bases des modèles pour personnaliser un bandeau;
  9. Bidouiller un tableau simple;
  10. Dessiner des graphiques ou prendre des photos;
  11. Les charger sur Commons;
  12. Avec les bonnes licences;
  13. Trouver une image sur Commons;
  14. Chercher une catégorie;
  15. Parler (ou plutôt: lire) au moins une autre langue;
  16. Lier vers un autre wiki (ou pour commencer trouver un interwiki non-évident);
  17. Connaître les raccourcis, les taper directement dans la barre d'adresse du navigateur;
  18. Connaître les conventions de nommage de base (pas d'article défini ou indéfini dans un nom d'article, par ex.);
  19. Ouvrir une demande de suppression;
  20. Trouver une page d'aide sur un thème technique précis;
Compétences sociales:
  1. Admettre qu'on a tort;
  2. Mettre des limites dans ce qu'on peut accepter de lire (et le dire);
  3. Ne rien prendre au premier degré;
  4. Vider épisodiquement sa liste de suivi;
  5. Être patient;
  6. Quels contributeurs sont très compétents sur certains thèmes et peuvent aider ponctuellement;
  7. Faire court quand on écrit en page de discussion;
  8. Ne pas rentrer dans une discussion dont on sait que les deux parties ne cherchent pas vraiment à tomber d'accord;
  9. Commencer ses réponses par le point de convergence;
  10. Abandonner un article à son (souvent, mais pas toujours) triste sort;
  11. Éviter les blagues trop subtiles ou à double sens (c'est le mauvais qui sera perçu);
  12. Ne pas hésiter à utiliser les smileys (surtout avec les inconnus);
  13. Expliquer ou contextualiser les diffs donnés (les gens les regardent rarement s'il y en a trop);
  14. Ne pas répondre immédiatement après avoir lu quelque chose de particulièrement stupide ou de mauvaise foi;
  15. Reconnaître le poids de ses propres opinions dans les faits qu'on collecte;
  16. Se démarquer de la majorité si on n'est vraiment pas d'accord (sans pour autant crier au scandale);
  17. Accepter qu'une partie de ce qu'on a écrit n'est pas forcément pertinent (ou est géocentré, ou peut devenir périmé);
  18. Contrôler son Editcount;
  19. Ne pas parler dans le "monde réel" de sa participation à Wikipédia si on vous ne le demande pas (on apprend plus de choses en laissant parler les autres);
  20. Accepter les règles idiotes;
  21. Ignorer les règles idiotes si vous savez que personne ne vous regarde;
  22. Accepter un résultat aberrant pour une demande de suppression ou restauration;
  23. Prendre le temps d'écrire"merci", "au temps pour moi", "bravo" sur la page de discussion de quelqu'un;
  24. Ne pas intervenir dans un débat lorsqu'on en a le plus envie;
  25. Quelles personnes n'ont pas besoin d'être lues;
  26. Passer outre les sarcasmes ou les agressions apparentes (ou en tout cas ne pas prendre les choses trop à coeur);
  27. Ne pas écrire ce que l'on pense des gens. Encore moins sur la page de discussion d'un autre;
  28. Lire la page de discussion des autres après avoir écrit sa propre réponse;
  29. Faire confiance au système. Honnêtement, même après un lustre c'est toujours le plus dur: le sous-titre de ce blog n'est pas qu'une boutade.
J'aurais bien aimé arriver à 50, mais je ne crois pas savoir grand-chose d'autre qui se soit avéré essentiel à mon bien-être mental et wikipédien. Et encore, pour les tableaux je suis limite (le monobouc je n'en parle pas, je copie chez les autres sans comprendre).

Toutes suggestions bienvenues.

lundi 21 décembre 2009

L'église au milieu du village

"Le peuple s'est exprimé. Reste maintenant à savoir ce qu'il a voulu dire." Cette citation de Bill Clinton, finalement, c'est un peu la justification du pouvoir discrétionnaire des bureaucrates dont on parle beaucoup. Beaucoup trop en fait, vu qu'il n'a pas grand-chose à voir avec la réalité de la choucroute.

J'essplique.

On a en réalité plusieurs problèmes qui, sans surprise, sont un peu mélangés:
  1. On a besoin de bureaucrates pour traiter les affaires courantes;

  2. Le pouvoir discrétionnaire fait grincer des dents, à tort et à raison.
Premier point: on a effectivement besoin de bubus. Pas pour jouer aux sages quatre fois par an, mais simplement parce qu'il arrive parfois que des requêtes traînent plusieurs jours sans qu'on les remarque (personne n'est là sur le moment, la requête glisse rapidement tout en bas d'une liste de suivi, c'est assez facile en fait). Je précise bien parfois, pas de manière systématique (heureusement!), mais pour la personne qui n'a qu'une seule demande de renommage ou de botflag en suspens, et que cela dure depuis une semaine, ça lui fait une belle jambe que de savoir que dans 95% des cas l'affaire est traitée dans les 24h.

Le problème, c'est que ce besoin immédiat est complètement pollué par la question du pouvoir discrétionnaire. Ce que j'essaie de dire c'est qu'on a besoin de mains maintenant, au jour le jour, et pas dans trois mois et pour l'hypothétique cas de figure où une PDD sur la généralisation des droits bureaucratiques passerait (ce qui est loin d'être garanti, vu la défiance vis-à-vis de certains admins). Il est tout à fait possible, et je tiens ici à le souligner, d'approuver l'élection des divers candidats tout en approuvant par la suite une réforme des modes d'élection ou de fonctionnement. Bloquer l'un en attendant d'hypothétiques jours meilleurs pour l'autre, c'est casser le système pour prouver qu'il ne fonctionne pas. C'est une pratique qui satisfait des principes moraux ou idéologiques certes, mais certainement pas encyclopédiques.

Le deuxième soucis, donc, c'est la propulsion sur le devant de la scène du fameux pouvoir discrétionnaire. En gros, quand un candidat obtient plus de 80% d'approbation le statut lui est accordé d'emblée, mais quand on est dans une "zone grise" située entre 66 et 79,9%, les bureaucrates y regardent d'un peu plus près - pratique en vigueur également chez les germanophones et anglophones.

Depuis sa formalisation autour d'octobre 2006, ce fameux pouvoir aura concerné -au mieux- une quinzaine de candidats1. Il y aura eu dans la même période près de 150 candidatures admin ou bureaucrate (soit 135 traitées sans discussion), 223 demandes d'usurpation de compte et 870 demandes de renommage de compte utilisateur. Moins de 1% du travail, donc, génère ces jours-ci 99,9% de la discussion.

Tout cela remet un peu les choses en perspective.

A tous ceux qui pensent qu'on élit un Comité de sages avec des superpouvoirs, je répondrai qu'on vote surtout pour choisir quelques techniciens avec un peu de bon sens et peu tentés par les prises de tête lorsque la mécanique aura besoin d'un (tout petit) peu d'huile. Wikipédia est une construction pragmatique. Les grands principes, c'est chez Larousse.



1. Dans le désordre: Vyk (pas élu), Adrille (élu), Bokken (élu), Grimlock (élu), Meodudlye (pas élu), Tieum512 (pas élu), Hégésippe Cormier (élu), TigH (élu), Creasy (élu), Ohkami (élu), Tejgad (élu), Dodoïste (pas élu), Elfix (élu), Diti (élu), Kyro (pas élu)... et votre serviteur, pour son statut de bubu. Plus les sysopages temporaires de Vyk et Savant-fou.

lundi 7 décembre 2009

Bureaucraties

Mogador a ouvert à l'issue de l'(in)élection de Vyk au statut d'administrateur un débat intéressant que je résumerais ainsi: les bureaucrates, étant si peu nombreux pour prendre une décision aussi peu anodine que la validation ou pas d'une candidature au poste d'administrateur, ont-ils une obligation de participation aux discussions y-relatives? En question le fait que sur six membres actifs, seuls trois (Clem et moi, puis Esprit Fugace après piqure de rappel) se sont penchés sur la question du sysopage après un vote houleux et inégal. Céréales Killer était dans les parages mais n'a pas jugé bon de s'exprimer; Educa33e et Anthere, pour leur part, ont un statut plus qu'ils n'ont une utilité vu que leur participation toutes tâches confondues est depuis quelques temps déjà plus que symbolique.

Tout cela pose, effectivement, plusieurs questions découlant plus ou moins les unes des autres:

1. Les bureaucrates ont-ils une obligation de participation?

Si oui, faut-il

2. plus de bubus pour assurer une lecture équitable des consultations, et
3. que ceux n'étant pas en mesure de participer démissionnent de leur statut?

Première point: l'obligation. Ce serait un peu paradoxal, sur un projet basé sur le volontariat, de vouloir imposer quoi que ce soit à qui que ce soit sous le simple prétexte qu'il ait demandé la confiance de la communauté sur l'accès à des outils quelconques. Après tout on ne demande pas aux contributeurs de terminer les articles entamés, pas plus qu'on ne demande aux administrateurs de rendre des comptes sur le nombre de purges ou blocages rendus dans la semaine. Et au vu de certaines (ré-)élection, cette obligation de rendement n'est pas demandée aux arbitres non plus. Donc non, pas d'obligation de participation à une tâche particulière, selon la règle qui prévaut chez les admins que qui ne dit mot est solidaire de la solution adoptée.

Pourtant, deuxième point, il faut bien voir les choses en face et se dire qu'une élection décidée par trois pseudo-sages et à l'encontre d'une parfois large majorité, ça n'est pas banal. On a donc, pour remédier à cet état de fait, deux choix:
  1. Supprimer le pouvoir discrétionnaire;
  2. Augmenter le nombre de bubus.
La première solution ne me paraît pas pertinente, au sens que si l'on regarde les élections passées, on s'aperçoit que nombre d'admins sans histoire n'auraient pas été élus si la barre était placée aux consensuels 80%1 (voire 75% - les refus sont heureusement souvent plus nets, il s'agit donc plus d'une option de repêchage). Pas de raison donc de se priver de mains supplémentaires pour les corvées de maintenance quand déjà on ne croule pas sous l'offre. Reste l'option de l'augmentation du nombre de bureaucrates. Pas une mauvaise idée, loin de là.

La solution facile consisterait à augmenter le nombre de bubus actifs à sept (il n'y a pas assez de travail pour plus, et probablement pas de candidats non plus) comme notre cher Conseil fédéral, à charge pour la communauté de définir sa variante de la formule magique2 si besoin. La solution plus compliquée, évoquée sur le bistro, consiste à donner le statut à tous les administrateurs, et en cas d'élection tangente de les faire voter en une sorte de deuxième tour pour savoir s'ils acceptent le candidat parmi les leurs.

Outre que cette proposition ne résoud pas la question de savoir que faire en cas de décision à nouveau tangente, mon avis personnel est que cela créera un niveau bureaucratique supplémentaire (quel délai pour le deuxième tour? Quelle marge? Quel espoir de recandidature pour ceux rejetés par leur potentiels pairs? Qui aura la patience de lancer une PDD pour trois ou quatre élections tangentes par an?) et de remplacer une caste par une autre, certes plus grande, mais caste quand même (la notion de hiérarchie n'a pas de réalité puisque les bubus ne peuvent reprendre ce qu'ils ont donné). Mais ça, finalement, c'est à la communauté de décider - après tout cela semble marcher chez les hispanophones (mais uniquement chez eux, et encore personne n'est allé demandé s'il y avait des regrets ou dérapages).

Pour ce qui est de la démission en cas de service moins-que-minimum, j'avoue que je suis assez pour. Soit c'est un statut technique dont on n'a plus besoin, soit c'est un statut de relatif prestige3, auquel cas il n'est vraiment pas sain de s'y attacher. Dans les deux cas, ce droit ne s'use que si l'on ne s'en sert pas.

En Suisse, pour revenir à un endroit qu'il m'arrive de fréquenter, les Conseillers fédéraux (dont le mandat est remis en question de manière rarissime) ont pour pratique de démissionner au bout d'une dizaine d'année d'exercice, sans qu'on leur demande rien. Un temps bien trop long à l'échelle wikipédienne certes, mais c'est un exemple - pas un modèle. La pilule serait peut-être difficile à passer (et ingrate) pour Madame la Présidente, mais là aussi un précédent existe, avec rien moins que Jimbo Wales, déchu de ses droits de steward mais désormais très officiel dictateur bienveillant Fondateur. Mais c'est un détail.

La seule chose qui marche bien, sur Wikipédia, c'est un mélange entre la pratique quotidienne et la solution de simplicité. La pratique quotidienne, c'est que le pouvoir discrétionnaire a l'aval tacite de la communauté des contributeurs. La solution de facilité, c'est que les gens qui perdent l'envie (ou la disponibilité) de s'impliquer sur le projet en tirent les conséquences. Quitte dans ce dernier cas à retirer les droits aux personnes passant sous la barre symbolique des 100 contributions par mois (le seuil statistique des contributeurs actifs) pendant quelques mois. Par exemple.


1. Dans le désordre: Elfix, Harmonia Amanda, Adrille, pour ne prendre que les trois premiers sur lesquels je suis tombé.
2. J'y reviendrai j'espère dans un prochain billet.
3. Très relatif.

vendredi 11 septembre 2009

Vous

Bon, une fois n'est pas coutume on ne va pas directement parler de Wikipédia mais plutôt de ce blog sur Wikipédia. Et de vous, lecteurs, qui répondez obligemment (ou pas) aux divers sondages affichés en haut à droite de cette page. Car aujourd'hui est le jour tant attendu de la récapitulation des résultats accumulés depuis presque un an. Mais plutôt que vous fournir des chiffres bruts, je vais vous raconter une histoire, constituées de ces petites pièces de puzzle proposées selon ce qui me passait par la tête durant ces douzes mois. Rien de scientifique, aucune méthodologie (sinon d'enlever l'occasionnel double/triple vote), mais la quantité, sur le long terme, compensera sûrement en partie la qualité. Ou pas.

La plupart d'entre vous sont Français, ce qui n'obère pas du fait que puissiez être installés à l'étranger. Principalement étudiants ou employés, mais ayant en commun un niveau d'études universitaire supérieur à la moyenne, vous vous pensez plutôt à gauche et évitez généralement de contribuer sur des thèmes directement liés à votre profession.

L'été qui s'achève vous a permis de lever (un tout petit peu) le pied, ne serait-ce que pour participer à une wikirencontre - ça vous change d'IRC. Et si nombreux sont ceux qui ignorent quel Wikipédien se cache derrière Pierrrot le Chroniqueur, ça ne vous empêche pas de suivre son blog, et les autres. Eux d'ailleurs me suivent aussi, ce qui fait un peu chaud au coeur, ainsi que la glaneuse/Alithia, ce qui fait un peu froid dans le dos.

La plupart d'entre vous ont un compte enregistré, et pas de faux-nez réellement actif. Ca ne fait pas forcément de vous des gros contributeurs, au sens qu'on peut avoir un compte et passer son temps à lire des articles. Essentiellement, quand même, Wikipédia vous sert à trouver une information particulière (ce qui n'empêche pas de se faire une petite lecture complète de temps à autre): du coup, la qualité rédactionnelle des articles ne vous paraît pas énormément supérieure sur :en - ils ont certes plus d'articles, mais vous ne pensez pas que l'info y est forcément mieux présentée. La validation des modifications (déjà en place sur la version germanophone) ne vous paraît pas une priorité.

Wikipédia et ses projets voisins (ou frères), justement: vous participez tous à l'encyclopédie, mais ça ne vous empêche pas, à l'occasion, d'aller voir ailleurs si vous y êtes (Commons et d'autres langues surtout, Wikinews un peu). Sur le projet lui-même, les Pages à Supprimer attirent peu le chaland, ne serait-ce déjà parce que peu parmi vous se sentent vraiment inclusionnistes ou suppressionnistes: c'est vrai qu'on y conserve et supprime tout et n'importe quoi, mais le problème essentiel réside quand même dans l'ambiance. Celle-ci n'est pas toujours meilleure sur le bistro, mais l'endroit est quand même plus convivial.

Vous ne croyez pas vraiment à ces histoires de cabale, mais vous trouvez les administrateurs parfois sévères (ce que vous ne rejetez pas forcément), sans pour autant les accuser d'être malhonnêtes vis-à-vis de leurs propres défauts. Bref, sans avoir à voter à chaque élection, vous leur faites plutôt confiance. Ca tombe bien, la moitié d'entre vous sont admins.

Le Comité d'Arbitrage, par contre, a plus de soucis de légitimité: c'est dommage, parce que vous y croyez quand même un (tout petit) peu: la plupart d'entre vous garde d'ailleurs un oeil sur ce qui s'y passe, ainsi que sur les actualités "para-encyclopédiques" du moment. On sent que l'implication dépasse la seule écriture d'articles - peut-être est-ce même une passion: la moitié des lecteurs de ce blog s'imagine tout à fait contribuer au même rythme dans trois ans (ce qui est pourtant long).

Il y a cependant contribuer et contribuer: vous ne poussez quand même pas le vice jusqu'à y mettre systématiquement (voire, pour une bonne moitié, ne serait-ce qu'une fois) de votre poche, et n'irez pas non plus acheter un objet parce que c'est marqué Wikipédia dessus. On est loin de l'image d'un culte wikipédien. Cela ne vous empêche pas pour autant de comprendre que le financement du projet est un problème central pour assurer sa pérennité, les autres questions (notamment de manipulation) restant plus facilement sous contrôle.

Mais c'est injuste de parler de vos chiffres sans dévoiler un peu des miens (qui restent quand même les votres): ainsi, dans le dernier questionnaire je vous demandais combien vous pensiez être à guetter chaque nouveau billet: si j'en crois les statistiques de cette semaine (où l'on a eu trois billets consécutifs dont deux postés le matin à la même heure), vous êtes près d'une centurie:


Intéressant, non?

mercredi 9 septembre 2009

Tout feu, tout flamme

Fichtre, hier, cela faisait quatre ans que je suis inscrit sur Wikipédia. J'ai déjà parlé de ma venue ici (en lisant plein de pages avant de m'inscrire car quand je m'installe c'est pour longtemps, la preuve je suis encore là), puis quand j'ai décidé de franchir le pas, je me suis dit « autant s'inscrire au plus tôt, même si c'est pour faire peu, une date d'arrivée "vieille" (tout est relatif) ce n'est pas si anodin ». Et me voilà inscrit1 le 08/09/2005 dans l'après midi (premier edit à 17:06:52 GMT si jamais mon fan club passe dans le coin).
A mon arrivée, je suis resté discret du point de vue de la contribution. Enfin ce n'est pas si simple, disons très peu régulier. Depuis deux ans environ, c'est « mieux ». Et depuis un peu moins de temps, je suis aux alentours « 100 contributions par mois, en moyenne » (ricanez dans le fond si vous voulez mais ça représente relativement peu de personnes sur fr tout de même), ce qui fait que j'approche les 3500. Le tout, en faisant attention à mon taux de main, au moins 66%, idéalement 75%. Contributions souvent mineures, j'en ai bien conscience mais ça apporte ma petite pierre à l'édifice. Et en quatre ans, cela fait pas mal de caillasses tout de même.
De mémoire, car je ne l'ai pas vu depuis presque 20 ans (allez 17, on va dire car je l'ai vu à la télé), c'est dans Always que John Goodman dit à Richard Dreyfuss que son amour pour Holly Hunter ce n'est pas un feu de paille mais plutôt un feu qui couve et qui dure (avec plein de braises) Je donne un Erdrokpoint2 pour la citation exacte en anglais. Je précise pour les non cinéphiles que l'intrigue se passe au milieu des gens qui combattent les incendies avec des canadairs (ou assimilés), tout ça pour dire que la métaphore passe bien dans le film.



Pour Wikipédia, c'est pareil. Parmi ceux qui contribuent substantiellement (j'oublie ceux qui s'inscrivent et ne viennent pas, ou bien ceux qui restent une semaine et puis c'est tout... cela dit c'est la majorité il me semble), il y a les feux de paille, se donnant à fond pendant un temps très court. Et puis dans la catégorie richarddreyfussienne (ou « force tranquille » ségalo-mitterrandienne), votre serviteur. Ajoutons les psychopathes de l'Edit (coucou amis lecteurs !!) qui combinent durée et entrain (et burn-out ?).

Cela dit la durée de contribution d'une personne, c'est un vrai sujet qui conditionne énormément de choses sur les projets et qui doit aussi dépendre du stade de développement du site. En ce qui me concerne, il est clair qu'avoir croisé des gens en vrai puis pouvoir maintenir le contact a prolongé le plaisir (désir ?).

En quatre ans, je suis principalement resté sur fr. A part un petit tour sur en:wp, quelques photos sur commons, quelques traducs ponctuelles sur meta, un coup d'oeil étonné à wikisource et des consultations du wiktionnaire c'est à peu près tout. J'ai quelques chantiers à poursuivre/finir mais c'est pour « plus tard », on n'est pas pressés de toute façon.

Niveau « statut », je suis contributeur lambda. Pour rendre un peu service à la communauté et prendre ma part du fardeau, j'ai hésité (pas longtemps) à me présenter comme arbitre, il y a longtemps (j'en reparlerai, avec les élections qui arrivent, c'est parfait). Pour le balai (d'administrateur, d'opérateur ou que sais-je encore), on m'a incité plus ou moins directement mais je n'ai pas franchi le pas (j'en reparlerai aussi... un jour car c'est embrouillé dans ma tête). Du coup, je ne fais pas grand chose, faut bien le reconnaître : un peu de parrainage, quelques traductions et je donne mon grain de sel sans pour autant donner des leçons (enfin j'espère).

Enfin tout ça, ces quatre ans, on s'en fout un peu en fait. La grande satisfaction du jour c'est que j'ai eu la réponse à LA question (qui me tourmente depuis le 08/08/2008 c'est dire) : « Qu'a fait Fugace en jour si symbolique (pour les malades de nombres) ? » Si elle n'a rien fait (alors que c'est un peu son gimmick), je me casse. Désolé je reste. Au moins jusqu'au 10/10/2010.


1:
Puisque c'est presque le sujet : je n'arbore pas de boîte utilisateur totémique (un rhino laineux et féroce) mais vu que ça a été décidé par tous les présents qui le voulaient, je trouve normal que cela se perpétue ainsi.
2: ou du chocolat pour les gourmands (à remettre en mains propres)

mardi 14 juillet 2009

Wikipedia'ch

Or doncques, comme nous l'avons vu précédemment, il est dans l'intérêt de Wikipédia de s'ouvrir au maximum de contenu. Celui-ci ne coûte quasi-rien à héberger et distribuer, et constitue la longue traîne qui est la clef du succès de ce projet et qui est plaisamment résumée par Gribeco via le dessin suivant:

Et là, je sens que je vais faire des malheureux mais il faut voir les choses en face: Wikipédia n'est pas une encyclopédie. Je le répète afin d'être sûr que le concept s'imprime sur les rétines:

Wikipédia n'est pas une encyclopédie.

Ou plutôt, ce n'est pas que cela. C'est aussi en partie un almanach, un annuaire, un Who's Who, un site de fans, un programme télé, j'en passe et des meilleures. En gros, c'est mieux et beaucoup moins bien. On essaie depuis huit ans de coller une étiquette du XVIIIe siècle sur un concept du XXIe, et c'est une source permanente de tensions à l'interieur du projet. C'est un peu la même constatation que pour l'Union européenne, qui n'est ni un (super-)État en formation, ni une organisation internationale; la première chose qu'on apprend quand on l'étudie est qu'il s'agit d'une construction sui generis. En clair, les seules catégories vraiment adaptées pour contenir ces deux objets, WP et UE, sont celles qui portent leur nom.

Cela signifie-t-il pour autant que l'on doit accepter tout le contenu proposé, pour la simple raison qu'on ne peut jamais savoir à l'avance ce qui intéressera le quidam de passage? Non, pour la bonne et simple raison qu'Internet (et Google/Bing/Wolfram) s'en charge(nt) déjà très bien.

La clef n'est pas tant de tout proposer que de proposer des éléments ayant une valeur ajoutée. Celle-ci, et c'est là que je reviens à l'article de Chris Anderson cité précédemment, où en comparant YouTube et Hulu il montre qu'une légère pénurie artificielle a des avantages en termes de création de valeur. La pénurie artificielle, pour Wikipédia, c'est l'élagage régulier des articles aberrants, promotionnels, ou écrits par Kévin, 12 ans et plus fan du groupe punk monté avec ses copains que d'orthographe1. La valeur qui en découle, c'est la crédibilité du projet: personne n'irait donner d'argent pour financer un site devenu l'équivalent de MySpace ou GeoCities qui sont, eux, complètement gratuits. Personne n'irait vraiment croire les informations d'un site qui n'est pas un minimum restrictif sur son contenu - et le montre. C'est artificiel, peut-être, et je n'ai pas d'explication rationnelle à ce phénomène, mais c'est à peu prêt aussi certain que le fait que pratiquement personne n'achète de parfums à prix discount, que les blogs n'auront jamais la crédibilité du New York Times, à qualité égale d'information.

Et donc oui, les Pages à Supprimer (et suppressions immédiates) ont une utilité paradoxale: celle de créer de la valeur en détruisant du contenu. Et comme il s'agit de Wikipédia, au pire si on s'est trompés on peut toujours recréer.



PS: ce n'est qu'indirectement lié, mais j'en profite pour faire la pub de ce billet, qui sans être rationnel ni n'avoir aucune finalité ne m'en paraît pas moins très juste.

1. En clair: les créations autobiographiques, au sens le plus large possible, i.e. celui qui implique un conflit d'intérêts.

dimanche 12 juillet 2009

Dépenser pour enrichir

Vous cherchez à en savoir plus sur la magie, le Timor-Oriental, la mort de Michael ou de Staline. Vous utilisez -gratuitement- Google, qui très probablement vous mênera jusqu'à Wikipédia, l'encyclopédie libre - et gratuite. Disons que vous faites cela parce que vous avez vu un film diffusé gratuitement sur YouTube, ou avez lu quelque chose sur un blog (celui-ci par exemple, que j'ai ouvert pour un prix défiant toute concurrence).

Tout le monde est content. Google est l'une des plus grosses capitalisations américaines; Wikipédia est la plus grande encyclopédie qui ait jamais existé; YouTube est le troisième site le plus visité au monde. C'est partiellement contre-intuitif, mais la gratuité est, de nos jours, la clef du succès. Et cette gratuité est avant tout possible parce que les électrons ne coûtent quasi-rien. Ils ne coûtent quasi-rien et on gagne chaque année le droit d'en accumuler ou dépenser deux fois plus pour le même prix: c'est la Loi de Moore.

Il nous faut donc penser en termes d'abondance des ressources plutôt qu'en termes de rareté. Outre nous faire des vacances du film de Yann Arthus-Bertrand, cette approche généreuse a beaucoup plus d'impact sur la vie wikipédienne, et comment la gérer.

J'essplique.

Ceux d'entre vous qui auront lu le dernier article de Chris Anderson dans Wired, ou son dernier livre auront déjà une idée de ce dont je parle. Pour les autres, lisez l'article ou regardez la vidéo ci-dessous. S'il le faut, apprenez l'anglais afin de pouvoir le faire:



On s'est dernièrement beaucoup gaussé d'Anderson parce qu'il avait cité de larges extraits de Wikipédia sans la créditer. Ce qui n'a fait rire personne, par contre, ce sont ses idées - ou plutôt son constat que de nos jours, comme je l'indiquais plus haut, le prix de l'information et de sa circulation est tellement faible que ça ne vaut même pas le coût de la facturer. Un nouveau secteur économique se crée, sur un nouveau business model dont personne, à commencer par Anderson, ne sait vraiment à quoi il pourrait bien ressembler à terme. La seule chose qui est sûre, c'est qu'il est de nos jours plus économique de "gaspiller" des ressources (en diffusant gratuitement des vidéos, stockant des photos) que d'attraper par le biais d'une couteuse campagne de pub l'hypothétique client qui paierait pour avoir la même chose, voire moins bien. Si vous ne me croyez toujours pas, demandez vous combien il resterait de blogs wikipédiens si nous devions payer blogspot, wordpress ou over-blog. D'ailleurs, combien d'entre nous seraient au courant de l'existence de ces services?

Demandez vous également pourquoi le service informatique de votre compagnie limite la taille de votre boite aux lettres électronique à 244 mégaoctets (d'où sort ce chiffre, je l'ignore mais c'est le mien), alors que sur mon seul PC, branché en permanence au réseau, l'espace inutilisé est de 30 60 gigas. Il n'y a évidemment pas de raison autre que le fait que notre service IS est géré par un vieux crabe qui, il y a trois mois encore, pensait qu'Internet Explorer 5 (IE5) était un navigateur décent (la version 8 est sortie il y a quatre mois). Le vieux crabe, comme tout le monde, pense encore en termes de ressources limitées alors que tripler le volume de stockage disponible pour chacun lui couterait une centaine d'euros. Je soupçonne que la mise au rebus des machines à écrire s'est faite contre son gré.

Quoi qu'il en soit, Anderson traduit tout cela par le tableau suivant:







 RaretéAbondance
RèglesTout est interdit à moins d'être autoriséTout est autorisé à moins d'etre interdit
ModèlePaternalisme
("Nous savons ce qui est bien pour vous")
Égalitariste
("Vous savez ce qui vous va")
DécisionDe haut en basDe bas en haut
StructureCommander et contrôlerIncontrôlable


La deuxième colonne décrit exactement la façon dont Wikipédia fonctionne: l'absence de règles, de hiérarchie formelle, le bordel continu comme façon d'être et de progresser. Le coût d'hébergement d'un article est infinitésimal. Ou plutôt, pour les 12 millions d'articles présents (et avec un budget annuel de 6 millions de dollars), chaque article coûte en moyenne 50 cents à stocker et diffuser. C'est cher. Ajoutez 4 millions de documents sur Commons et l'on tombe à 37.5 cents. Prenez encore en compte que la bande passante (la fraction coûteuse du budget) est monopolisée par Michael Jackson et les 999 autre articles suivants en terme de fréquentation, et l'on s'aperçoit vite qu'effectivement, Wikipédia c'est plutôt donné. La gestion et mise en place des Pages à Supprimer, en ce sens, coûte plus en temps à chacun de ses participants qu'il n'en coûte d'ignorer et conserver l'autobiographie de je ne sais quel thésard en mal de reconnaissance (et d'emploi). Tout le monde aurait meilleur compte à contribuer sur ses articles.

Wikipédia, c'est une évidence, doit son succès au fait qu'elle propose de tout (c'est à dire plus que ses concurrentes), et gratuitement (et donc pour moins cher). Appelez ça un cercle vertueux: la gratuité de l'information attire de nouveaux lecteurs, qui eux-mêmes se lancent dans la création de nouveaux articles; ceux-ci en retour assurent la pérénnité de Wikipédia en tant que référence encyclopédique, ce qui attire de nouveaux lecteurs, etc. etc..

Cela signifie-t-il donc que nous devons pour autant devenir d'ardents conservationnistes?

La réponse est oui, bien sûr... et non - ne serait-ce que parce que ce terme reflète plus une posture qu'une démarche et est en soi vide de sens. Mais comme le post est déjà long, ce sera l'objet d'un prochain billet.




1. Juste pour resituer: IE5 n'a pas d'onglets, pas de barre de recherche, ouvre tous les liens dans une nouvelle fenêtre et met plusieurs secondes pour ouvrir n'importe quelle page - y compris sur notre Intranet.

vendredi 6 mars 2009

Controverses

Wikipédia héberge une vingtaine de controverses et débats différents. Je ne parle pas de la Liste des articles non-neutres et moins encore des pages proposées à la suppression, mais bel et bien de ces articles recensant les arguments pour et contre tel ou tel sujet fondamental au devenir de la civilisation occidentale. Je ne parle pas non plus pourtant de la controverse de Valladolid ou de l'historiographie du débat sur la localisation d'Alésia mais plutôt d'une catégorie à part et très wikipédienne qui consiste à soigneusement éviter d'aborder un sujet de manière synthétique. Version perverse de la recherche du consensus, cela consiste souvent à donner raison à tout le monde, à commencer par les thuriféraires des divers bords en présence.

Au choix, cela peut vouloir dire:
  1. Que deux contributeurs ne sont pas d'accord et ont transformé un article potable en guerre de tranchées - mais plutôt que se révoquer l'un l'autre, ils accumulent les arguments et contre-arguments, finissant par transformer l'article sur A en article sur la controverse à propos de A. On citera comme exemples la Controverse autour du monopole de la sécurité sociale en France ou le débat sur l'énergie nucléaire;
  2. Qu'un seul contributeur très motivé par (et surtout contre) une cause a décidé de démontrer par A+B que ladite cause est l'œuvre du Malin - cela s'articule en général autour du format titre = "Controverse sur [insérer le sujet abhorré]". Je pense ici à la Controverse sur les relations de Nicolas Sarkozy avec le groupe immobilier Lasserre à Neuilly-sur-Seine, ou à la Controverse sur le brevet logiciel;
  3. Ou au contraire qu'un sujet est monté en épingle afin de justifier les positions du rédacteur - selon une stratégie étonnament prévisible: titre = "Controverse autour de [insérer le sujet défendu]". Voir les Controverses autour de Timbaland, autour du jeu vidéo, ou le débat sur la peine de mort1.
Rien de tel qu'un gros conflit de neutralité pour faire fuir les contributeurs.

Le point positif est que la plupart de ces articles, le temps aidant, finiront dans un bien meilleur état que celui dans lequel ils auront débuté (c'est le cas de tout Wikipédia diront les mauvaises langues, mais bon j'ai un argumentaire à défendre et on dira que le reste de Wikipédia est globalement acceptable d'entrée de jeu). Les protagonistes initiaux ayant couché avec brio et noir sur blanc leur argumentation, ils partent vaquer à d'autres occupations militantes, laissant le champ libre pour les petites mains qui, touche par touche, apporteront des sources aux arguments qui peuvent être sourcés, ou reformulent des phrases tenant plus du slogan que de l'effort d'argumentation. Tous ces articles ne valent guère mieux à l'issue de ces mois ou années de (re-)travail, mais au moins survivent-ils au regard critique un peu plus longtemps que les dix secondes jusqu'ici nécessaires pour passer du rire au pleur.

On voit donc ici ce qu'on peut appeler le deuxième effet kiss-cool du travail collaboratif. Avec le temps, les positions extrèmes sont diluées par des vues plus modérées, tout simplement parce que si les premières sont le fait de quelques individus très motivés, les deuxièmes sont imposées in fine par l'immense supériorité numérique de gens qui ne font que passer, n'ont pas de relation affective particulière avec un bord ou l'autre, et se contentent d'agir par petite touches plutôt que d'imposer au forceps une neutralité de point de vue très subjective.

En poussant la réflexion un peu plus loin, on peut se dire que la sacro-sainte neutralité de point de vue s'atteint en deux étapes successives: tout d'abord la neutralisation du POV-pusher, tâche intense de débats qui généralement aboutit à l'abandon par attrition ou à l'expulsion du malandrin; puis la neutralisation complète du texte, action de beaucoup plus basse intensité mais qui permet d'avoir à terme un article pas forcément le plus encyclopédique qui soit mais, à tout le moins, assez potable. Il suffit juste d'être patient.


1. En fait son abolition, c'est précisé dans le chapeau.

dimanche 2 novembre 2008

Sacré Karl

L'un des inconvénients des rendez-vous au restaurant, en Suisse, est que si votre invité(e) n'est pas du coin la probabilité est forte qu'un temps de latence s'installe entre votre arrivée (l'heure convenue) et l'arrivée de l'autre convive (celle du "quart d'heure de politesse"). Prévoyez une marge d'avance pour cause d'entorse (le coupable me lit et se reconnaîtra), ajoutez une invitée charmante mais du sud de l'Europe, et l'on se trouve rapidement avec 45 minutes d'intense solitude devant soi: c'est particulièrement difficile d'avoir discrètement l'air de rien quand on est seul, au milieu d'un restaurant bondé, à ne pas manger. Je remercie ici le serveur qui m'aura gratifié d'un regard compréhensif et sous-titré "Ca fait 35 minutes, elle ne viendra plus, allez soit fort et goûte à mon petit Riesling": loser toi-même.

Fort heureusement, dans Son infinie bonté le Seigneur tout-puissant a permis l'invention du Livre de Poche™: rapidement extirpé du manteau où il sommeille, celui-ci permet à l'homme moderne d'être ponctuel et d'avoir l'air détendu à la fois: Vade retro, servitor!

L'opuscule du jour s'intitule "Des sources de la connaissance et de l'ignorance", titre ma foi aussi long que l'ouvrage est court (157 pages avec des caractères assez grands) et son propos compliqué. Cet essai reprend en fait le texte d'une conférence donnée par Karl Popper en 1960 à Londres puis retravaillé par la suite. Si vous ne le connaissiez pas (c'était mon cas) et avez une formation scientifique et/ou wikipédienne, j'ai trouvé que c'était une bonne porte d'entrée dans la pensée du bonhomme, et ce pour un investissement en temps et argent totalement dérisoire.

Popo lit Popper, donc, et tombe p.43 sur cette citation qui, comme qui dirait, fait un peu tilt:
"La doctrine qui affirme le caractère manifeste de la vérité - que celle-ci est visible pour chacun pour peu qu'on veuille la voir- est au fondement de presque toutes les formes du fanatisme. Car seule la dépravation la plus perverse peut faire que l'on refuse de voir la vérité manifeste; seuls ceux qui ont des raisons de craindre la vérité conspirent afin d'en empêcher la manifestation.

Cette doctrine, cependant, ne fait pas qu'engendrer des fanatiques (..), elle peut aussi conduire à l'autoritarisme, même si elle le fait par des voies moins directes que ne le ferait l'épistémologie1 pessismiste. Il en est ainsi parce que, en règle générale, la vérité n'est pas manifeste. Et cette vérité prétendument manifeste demande donc constamment à être produite par interprétation et affirmée, mais aussi à être toujours réinterpétée et réaffirmée. Il faut une autorité qui prescrive et fixe régulièrement ce qui doit etre tenu pour la vérité manifeste.
"
Que ceux qui sur Wikipédia ont eu à subir l'ire d'un tenant de la Vérité ou d'un mandarin autoproclamé lèvent la main. Le Monsieur vient de dire qu'on avait bien raison de s'en méfier.

Bref, une bonne lecture où plein de sujets sont abordés (notamment l'importance et la validité des sources), et que je conseille donc à tout le monde. L'article sur l'auteur n'est pas mal non plus, soit dit en passant.

Karl V. Popper, Des sources de la connaissance et de l'ignorance, Collection Rivages poche / Petite Bibliothèque (#241), 157 p., ISBN 2-7436-0330-5, €7,56 sur fnac.com.



1: Un mot dont j'ai appris dix fois le sens et oublié onze fois la signification.

vendredi 24 octobre 2008

Wikipedia vote Obama

Nous avons vu lors du billet précédent que Wikipédia -et que cela nous plaise ou non- est devenue une référence (un réflexe?) lorsque les gens cherchent une information sur un sujet inconnu d'eux. C'était particulièrement frappant avec Sarah Palin, apparue soudainement sur les écrans radar de la planète. Le corollaire de cette réflexion est bien entendu que si vous voulez savoir ce qui intéresse les gens, il suffit d'aller regarder quels sont les articles qu'ils consultent sur Wikipédia.

Nous allons généralement (en tout cas c'est mon cas) lire un article qui pour une raison x ou y concerne un sujet ayant suscité notre curiosité: nous avons plutôt tendance à vouloir approfondir notre connaissance d'éléments que nous jugeons a priori positifs, par opposition à d'autres qui nous paraissent moins attirants. Je ne suis jamais allé lire l'article sur les Jonas Brothers, pour donner un exemple, mais j'ai une vague idée de qui ils sont. Et ce qui est valable pour la musique, me dis-je, doit aussi marcher en politique.

Je me suis penché sur les statistiques de consultation des articles anglophones concernant John McCain d'une part et Barack Obama, d'autre part. Le graphique ci-dessous démarre au 1eraoût 2008, lorsque le candidat démocrate a officiellement pris le pas sur Hillary Clinton:

Cliquez pour agrandir l'image

La première chose qui frappe, ce sont bien évidemment les deux grandes barres entre fin août et début septembre, qui correspondent à la période des conventions nationales démocrate et républicaine. Jusque là rien de bien surprenant, sinon que consultation d'article et battage médiatique font bon ménage.

Plus intéressants cependant sont les plus petits pics indiqués par des flèches. Chacun d'entre eux correspond exactement au lendemain des débats présidentiels (26.09, 7.10 et 15.10) ou, pour le 2 octobre (pic du 3), vice-présidentiel. On remarquera que le premier pic correspond au débat du 26 septembre dernier, qui opposait les deux candidats sur la question de la politique étrangère, point fort supposé de John McCain et, plus traditionnellement, du Parti Républicain. Les consultations de l'article McCain dépassent ce jour-là celles d'Obama.

La 4e confrontation portait sur l'économie, domaine avéré du Parti Démocrate. Et ô surprise, avantage Obama.

Peut-on, me direz vous, transposer ces résultats en intentions de vote? Eh bien pourquoi pas, vu que si l'on regarde les sondages nationaux (en), la seule période où le sénateur McCain aura engrangé plus d'intentions de vote que Barack Obama aura été celle pendant laquelle la consultation de l'article qui lui est dédié sur Wikipédia est également supérieure.

Bien évidemment cet outil statistique ne tient pas (encore) compte de la répartition géographique des consultations, qui a son importance vis-à-vis des grands électeurs (ou pour séparer le "biais de fond" généré par les lecteurs du reste du monde anglophone). Ni même des données socio-économiques. Mais en sachant que seuls trois présidents (en) (sur 43) auront été élu avec une minorité du vote populaire et que 71,4% (en) de la population a accès à internet, plusieurs dizaines de milliers de personnes aléatoirement interrogées chaque jour me paraissent une aussi bonne indication que n'importe quel sondage. Non?

lundi 1 septembre 2008

Rien à redire

Popo le Chien est un administrateur1 de l'antenne francophone de Wikipédia2, l'encyclopédie en ligne librement distribuable3.

Enregistré depuis janvier 20054, il se présente5 et est élu6 en janvier-février de l'année suivante7, date à partir de laquelle il s'adonne à diverses activités d'administration1 telles que la suppression de pages8,9,10, les renommages11 et autres activités du domaine de compétence des administrateurs1.

C'est en juillet 2008 qu'il demande le statut de bureaucrate12, 13 en parallèle à Clem2314, élection largement commentée sur plusieurs blogs de dimension internationale15, 16, 17, 18, 19, y compris le sien20.

Seul autre bureaucrate en exercice21 ne vivant pas en France22, sa page utilisateur est mensuellement dix fois plus consultée que celle d'Anthere23, 24, autre bureaucrate ayant occupé le poste de Présidente25, 26 de la Wikimedia Foundation27.

Cité près de 2500 fois sur Google, sa notoriété s'inscrit donc entre celle d'Adlène Guedioura, footballeur évoluant dans la 1ère division du championnat belge26 et MB Électronique27.


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Conserver.Archi-connu.

Conserver. Demande abusive.

Conserver.Je ne connais pas Wikipédia mais ça m'a l'air un truc sérieux.

Conserver.Bien sourcé, neutre.

Conserver.Idem ci-dessus.

Conserver.On a de la place, c'est sourcé, et il est visiblement plus connu qu'un footballeur de 1ère division qui, lui, est dans les critères.

Conserver.Je songe à demander un arbitrage contre le proposant.

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Supprimer. HC.

Supprimer. Pokémon.