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samedi 17 décembre 2011

SOPA danse

(Je confirme avoir fait usage des services d'un expert en jeux de mots pour ce titre)

Indépendamment de savoir s'il est bien pour les Wikipédiens de tenter de peser individuellement sur le débat politique ou, collectivement, d'utiliser Wikipédia pour le faire (deux options très distinctes), je poste ce petit film qui explique assez bien (en anglais) comment fonctionne le processus de rédaction d'une loi et l'influence qu'on peut avoir sur celui-ci, un rappel qui m'a l'air important vu l'actualité récente. 

C'est évidemment un peu différent dans chaque pays, mais si vous vivez dans une démocratie occidentale il y de fortes chances que les grandes lignes en soient les mêmes: l'essentiel, en fait, consiste à dire que c'est long et compliqué et qu'une grande partie du travail se fait en amont. 



Sinon vous pouvez aussi aller voir cette petite carte (façon de parler), en remplaçant le nom des institutions US par celles de chez vous (voire en virant le Sénat si vous vivez au Québec, ou en ajoutant 4 ou 5 niveaux si vous êtes belge):


Trouvée chez Mike Wirth.

Tout ça pour dire qu'il est plus efficace de se plaindre d'un projet de loi plutôt que d'une loi qui vient de sortir, vu que dans ce dernier cas toute modification revient à lancer un nouveau projet législatif.

jeudi 24 novembre 2011

Chacun son combat

Ainsi donc, l'amendement 22 au projet de loi sur la retribution de la copie privée, amendement qui visait à la mise en place de la liberté de panorama en France, a été rejeté par les élus français. On remerciera MM. Lionel Tardy (UMP - Haute Savoie) et Jean Dionis du Séjour (NC - Lot-et-Garonne), les proposants ainsi que, même si le sourire sera un peu plus crispé, le Ministre Mitterrand, la rapporteuse Marie-Hélène Thoraval (UMP - Drôme) et surtout Patrick Bloche (PS - Paris), qui se sont opposés à l'amendement.

Le débat, plutôt intéressant, est disponible ici par écrit et  en vidéo, et la liste des votants devrait sous peu être en ligne . Il semble en gros qu'on ait suivi des disciplines de parti, puisque seuls les Nouveau-Centre ont soutenu leur collègue, tous les UMP et PS présents ayant voté contre (sauf un, Lionel Tardy: on n'est jamais trahi que par ses amis). C'est en soi un premier enseignement.

Le second enseignement, c'est que la politique c'est dur. Ce que je retiens du débat, au final, c'est que selon nos représentants (en tout cas ceux en séance en pleine nuit) la liberté de panorama c'est un truc bizarre dont on ne sait pas trop les effets, oulah, ça pourrait être dangereux-sait-on-jamais-il-faut-vite-une-étude-d'impact-sur-le-fait-qu'on-soit-archaïques. Je caricature un peu méchamment, tous les acteurs présents connaissaient visiblement leur dossier, même la rapporteuse qui a montré qu'elle avait fait ses devoirs:
"Depuis la loi du 1er août 2006 sur les droits d’auteur et les droits voisins dans la société de l’information, s’agissant de l’article L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle, il permet de disposer de la reproduction d’une œuvre d’art graphique, plastique ou architecturale par voie de presse écrite, audiovisuelle ou en ligne dans un but exclusif d’information immédiate et ceci est autorisé. En outre, la jurisprudence a permis de faire émerger ce qu’on appelle la théorie de l’accessoire, à savoir la représentation d’une œuvre située dans un lieu public qui est accessoire au sujet traité et échappe à la qualification de contrefaçon pourvu qu’elle soit fugitive."
Je ne sais pas pour vous, mais j'aurais du mal à citer tout cela dans une conversation à 23h30 passées. Je vous renvoie toutefois vers les billets de Jastrow (notamment le dernier) sur les points spécifiquement évoqués.

Pourquoi l'échec?
Viennent maintenant les usuels commentaires d'après match, où l'on se demande quel crime a encore commis l'infâme Raymond Domenech et comment on peut apprendre de nos échecs.

Concernant le ministre, je le soupçonne d'après ses commentaires de suivre sa rapporteuse et d'avoir juste envie de se coucher sans rentrer dans les détails d'une proposition qui, il le sent, n'est pas totalement à sa place ce soir. Pour Mme Thoraval, elle défend probablement son texte devant des mecs de son camp qui n'étaient pas dans sa commission (zéros amendements autres que d'orthographe selon Tardy, qui en a déposé 38 pour sa part) et, si ça se trouve ne l'ont pas prévenue avant (c'est en tout cas toujours ce genre de dynamique qu'on voit parfois là où je travaille: c'est fou ce que les gens sont territoriaux parfois). 

Il présente plutôt bien, je trouve.
Reste le cas Patrick Bloche, de loin l'adversaire le plus virulent ce soir-là de ce qu'il appelle "l'amendement Wikipédia". Ce n'est pas anodin comme remarque: il sait visiblement de quoi (et qui) il parle, dans la mesure où il pointe directement vers l'intérêt particulier du projet chez qui, il est vrai, la liberté de panorama a fait couler beaucoup, beaucoup d'octets. 

J'ai du coup moi aussi fait mes devoirs, et je suis allé voir (1) s'il savait vraiment de quoi il parle et (2) s'il n'a pas en fait juste une dent contre Wikipédia (ça arrive). Réglons d'emblée le deuxième point: il n'y a priori pas de contentieux entre l'encyclopédie et lui, à tout le moins dans la mesure où (i) son article ne fait pas ses poubelles; (ii) l'historique ne montre aucune tentative d'hagiographie dont l'auteur aurait été prestement bloqué-révoqué; (iii) il est parfaitement au courant de l'existence de l'article, vu que c'est lui qui a directement ou indirectement fourni la photo pour l'illustrer (cf. utilisateur:LaurentParis11, dont l'unique contribution sur Commons est... la mise en ligne d'une jolie photo du député).

Côté boulot, j'apprends en consultant sa fiche sur le site de l'Assemblée qu'il est membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation et co-président du groupe d'études parlementaire sur Internet, audiovisuel et société de l'information. Il s'occupe aussi de l'audiovisuel extérieur de la France et est membre du Haut conseil des musées de France. A première vue, la culture et sa diffusion, c'est donc plutôt son truc, surtout qu'il s'est apparemment opposé à HADOPI et se serait prononcé pour la licence globale. Enfin, et c'est le point qui m'a le plus intéressé, c'est que M.Bloche est le rédacteur de l'avis de la Commission de la culture sur le projet de loi de finances 2012, modestement intitulé "Création ; Transmission des savoirs et démocratisation de la culture", dont je recommande la lecture (ou à tout le moins le survol).

Rien que sur pedigree, ce monsieur devrait donc être du côté wikipédien. Et pourtant pas. Ou pas vraiment. Ou pas encore.

Prises de position
Bon, je vais être honnête, je trouve que son intervention est pas mal empreinte d'une certaine mauvaise foi, notamment sur le point DADVSI (voir vers 4:00 sur la vidéo). Mais si je recommande la lecture du rapport ci-dessus, c'est en fait parce qu'il est extrêmement informatif sur les priorités du député (c'est encore plus clair sur son site, en fait): visiblement, il s'agit avant tout pour lui d'assurer la rémunération des créateurs de contenus. Je n'ai pas l'impression qu'il croie beaucoup au libre ou au libre marché (voire au marché du libre), et ses interventions montrent souvent une plaidoirie pour le soutien affirmé de l'État (un point de vue qui se défend).

On peut aimer les subventions, mais il serait temps pour lui d'enlever ses oeillères et se rendre compte que d'autres modèles fonctionnent, sont viables, complémentent les démarches étatiques et encouragent de fait la création et la démocratisation du savoir (genre... Wikipédia, monstre libertarien s'il en est). Il me semble à tout le moins qu'un système hyper-restrictif est un frein à l'innovation parce que, honnêtement, un architecte a mieux à faire que gérer les droits visuels de ses bâtiments en l'absence d'organisme de collecte pour le faire à sa place (et qui mangerait tout en frais de fonctionnement de toute façon). Le problème de l'innovation, c'est qu'on ne sait pas à quoi elle va ressembler: pourquoi, dès lors, vouloir la brider?

Bref, il va falloir faire un peu de pédagogie. 

mardi 22 novembre 2011

Grassroots

L'info circule depuis quelques jours, notamment chez Moyg et sur le blog de Wikimédia France: un amendement à un projet de loi en discussion à partir du mercredi 23 novembre a été déposé à l'Assemblée nationale française. Le projet est le dernier à l'ordre d'une journée bien chargée, car dédiée au budget de la sécurité sociale1. Pour que la France avance dans l'ère internet, il nous faudra donc remplir trois conditions:
  1. Que les discussions sur la Sécu ne prennent pas tout le temps disponible;
  2. Que le projet de loi sur la copie privée soit accepté;
  3. Que l'amendement numéro 22 au projet de loi sur la copie privée soit accepté.
Ca fait beaucoup, mais avoir deux députés de l'actuelle majorité parlementaire pour présenter l'amendement, ça aide. Félicitations d'ailleurs aux gens de Wikimédia France qui les ont contactés et convaincus, c'est le genre d'exercice qui prend du temps. 

Comme c'est une opportunité qui ne se présente pas tous les jours, je vous propose d'aider et de faire un peu de grassroots campaign, c'est à dire une mobilisation à l'américaine: l'idée a été lancée dans un des commentaires chez Moyg et, franchement, c'est une bonne idée.

J'essplique.

Les enjeux
Le député lambda qui dans la même journée vote sur la sécu, la liberté de la presse, les accidents d'avion, la précarité professionnelle des femmes, les accidents nucléaires et la copie privée, on le comprendra, n'a pas forcément en tête l'importance que peut avoir la liberté de panorama pour Wikipédia et les projets libres (surtout si l'on pense qu'il s'agit là de l'Assemblée la plus grise de la Ve République).
En fait, et je schématise, pour n'importe quel élu la question de base pour un sujet qu'il ne connaît pas est:
  1. Qu'est-ce que ça rapporte? (à sa circonscription, à son parti, à sa plateforme, à sa réélection)
  2. Qu'est-ce que ça coute? (à la collectivité dont il est le plus proche, ou politiquement)
C'est assez basique mais c'est en fait le genre de choix qu'on fait tous, tous les jours. De votre côté, si vous vous êtes prononcé(e) sur la récente prise de décision sur l'abandon du fair use sur les bâtiments récents, que ce soit pour ou contre d'ailleurs, vous avez l'opportunité de mettre la loi en adéquation avec vos idées2. Ah oui, il faut être Français aussi.

Wikimedia prend l'Assemblée.
A ce stade la solution est en fait assez simple: à six mois des élections présidentielles et législatives il est important de faire comprendre à vos élus qu'ils doivent vous faire comprendre qu'ils ont à coeur les choses que vous, électeurs, avez à coeur. La phrase est compliquée, mais en gros cela veut dire une seule chose: appelez ou envoyez un mail à votre député et dites-lui exactement cela. Sinon, aucun moyen pour eux de savoir si ce qu'ils vont faire est bien ou pas. C'est un procédé assez courant aux États-Unis (c'est pratiquement une industrie à part entière), et beaucoup moins en Europe. Paradoxalement, cette relative nouveauté garantit l'efficacité du procédé: on aura autant de résultats avec 5 coups de fils dans la journée en France qu'avec 1'000 chez l'Oncle Sam. En Suisse, c'est légèrement différent vu l'importance des comités référendaires, mais le principe est le même: en démocratie, il ne faut pas s'attendre à être dirigés par des responsables omniscients.

La parole aux électeurs
La liste des 577 députés français est disponible ici, et si vous ne connaissez pas votre représentant la liste par département est . Je découvre qu'on en a parlé hier sur le Bistro wikipédien, mais tout le monde ne lit pas le bistro. Du coup, je vous propose un autre petit texte simple pour aller avec votre appel ou courriel.
Bonjour, 
Je suis un de vos administrés de la ville de Z et je me permets de vous appeler / de vous écrire car j'ai appris qu'à partir de mercredi allait être discutée la loi sur la copie privée, à propos de laquelle un amendement sera déposé par Messieurs Tardy et Dionis du Séjour. Cet amendement vise à permettre enfin la reproduction de bâtiments et oeuvres visibles sur le domaine public, ainsi que la libre circulation de ces images ou dessins - ce que dans d'autres pays européens on appelle la liberté de panorama.
Pour vous donner un exemple concret, il est en l'état interdit de prendre une photo de [nom d'un bâtiment public récent dans votre ville], et interdit de diffuser ces images sur internet. L'amendement en question vise à remédier à cette aberration qui empêche la publicisation d'oeuvres françaises, notamment via internet.
Je vous remercie d'avance de votre soutien et vous souhaite une excellente journée, 
XY
Et voilà, c'est tout, adaptez selon vos goûts mais restez simples. Pas besoin de parler du libre, de Wikipédia, de votre grand-mère malade. Ce n'est pas grave si votre député est PS ou Vert - il arrive que sur certains sujets tout l'échiquier se rejoigne (encore heureux!). Vous lui signalez juste un problème, et qu'il a une solution simple et pas chère à votre problème. Effort pour vous: environ 5 minutes.

Si jamais votre interlocuteur objecte qu'il doit défendre le droit d'auteur, prévoyez une ou deux réponses simples pour lui demander s'il trouve normal qu'un bâtiment ou monument payé par la collectivité ne puisse pas être entièrement à disposition du public (ou qu'on puisse parler de la Pyramide du Louvre mais pas la montrer sans autorisation préalable). Gardez des exemples simples et concrets.

Enfin, et c'est important, après le vote et quel que soit le résultat, envoyez un petit mot pour remercier votre député(e), surtout si il/elle vous a répondu. Ca ne coûte rien, ça fait plaisir, et ça met tout le monde dans de bonnes dispositions pour la prochaine fois.


1. On votera aussi sur la liberté de la presse, les accidents d'avion, la précarité professionnelle des femmes, et les accidents nucléaires. Être élu n'est pas une sinécure.
2. Je pars du principe que votants Pour et Contre préfèrent avoir des articles illustrés dans la légalité.

jeudi 6 octobre 2011

Lobbying

Je m'absente à peine 24h et voilà qu'à mon retour je découvre que Wikipédia en italien est fermée. La page d'accueil (et tout article auquel on essaie d'accéder) est remplacée par une note indiquant que face à la chienlit législative, la communauté avait décidé de tirer la plus grosse sonnette d'alarme qu'elle avait sous la main et, donc, de bloquer temporairement l'accès au contenu. Histoire d'inviter les gens à se soucier des risques que court, selon nos collègues italophones, le contenant.

Soit.

Je vous engage à lire bien sûr le billet d'Alexander Doria, qui a un peu pris le lead sur cette histoire, ainsi que les divers échos chez Wikimédia France, Linterweb, ainsi que chez David Monniaux, Moyg, Pierrot et Darkoneko (avec pour ce dernier le petit addendum qui va bien). Et ah, oui, tant qu'à faire, la  réaction officielle de la Fondation sur le sujet (en anglais). Du coup, on ne va pas faire un énième post sur ce qui se passe, mais essayer plutôt de savoir pourquoi ça s'est passé comme cela. 

Rien de nouveau sous le soleil
Reculons tout d'abord d'un pas: le projet de loi en question ne vise pas Wikipédia spécifiquement, ni ses contributeurs (ou son mode de contribution), mais concerne au premier chef la publication d'écoutes téléphoniques - d'où le nom de Loi sur les écoutes. Un paragraphe, le 29, exprime grosso-modo qu'en cas de publication contestée, la personne visée peut exiger la mise en ligne d'un correctif sous 48h et, très littéralement, sans autre forme de procès.

Il me semble ici que Wikipédia en italien serait la victime collatérale d'un projet de loi qui ne la vise pas. Notez que ce n'est pas vraiment nouveau: on a eu il y a quelques années la version anglophone qui était bloquée au Royaume-Uni pour la mise en ligne de la pédopornographique pochette de l'album Virgin Killers du groupe de rock Scorpions, ou ce projet de loi portugais à l'automne dernier, toujours dans les cartons, qui vise à rendre les droits d'auteur inaliénables mais, en passant, condamnerait tout schéma alternatif de type Creative Commons - qui je vous le donne en mille sous-tend Wikipédia. Enfin, pour rappel, on a aussi vu le député allemand Lutz Heilmann qui par décision de justice avait fait bloquer en référé l'accès à l'adresse www.wikimedia.de. Et je ne parle pas ici des propositions un peu plus fantasques qu'on voit passer à l'occasion, comme ce tout récent rapport de sénateurs new-yorkais visant à interdire le troll et le bannissement sur les canaux informatiques... Le bouton de blocage des admins est menacé! 

La première conclusion qu'on peut en tirer, à ce stade, est probablement que les gens qui nous gouvernent n'ont pas forcément Wikipédia en tête au jour le jour (et moins encore son fonctionnement). Et sauf à penser que nos gouvernants sont omniscients et hypercompétents par la simple magie du suffrage qui les porte, c'est probablement dommage mais somme toute assez normal. 

Luttes d'influence
Du coup, il est aussi normal pour Wikipédia - sa Fondation, ses chapitres locaux, ses utilisateurs- d'essayer de corriger le tir quand un sujet que ses contributeurs connaissent assez bien peut être indirectement affecté par des décisions ou projets de loi qui, à tout le moins, manquent d'inspiration. C'est tout le principe du lobbying, qui en France en particulier a bien mauvaise presse: au final, celui-ci ne fait pourtant que refléter la prise en compte d'intérêts particuliers ayant une connaissance pointue d'un sujet. Ceux-ci essaient d'influer dans un sens ou l'autre ceux qui décident de la politique générale1. Les premiers lobbyistes, m'est avis, sont ainsi les élus par circonscription, censés défendre le bien commun mais aussi au passage les intérêts des gens de leur coin (ou en tout cas ceux de la grosse moitié qui les a mis en place). Autre exemple: parmi les lobbyistes enregistrés auprès des institutions européennes on trouve une bonne moitié d'industriels (les premiers impactés par la politique de ce qui reste essentiellement le plus gros bloc commercial au monde), mais aussi 40% d'ONG, think-tanks, groupes académiques ou régionaux. L'important, in fine, est de maintenir un haut niveau de concurrence entre différents groupes d'intérêts, de manière à ce que leurs influences se contrebalancent.

En revenant au contexte italien, on a donc un projet de loi qui a priori vise à répondre à un problème particulier et qui, par inadvertance et/ou une formulation un peu hasardeuse, vise plus loin que ce que ses créateurs auraient pu penser. La communauté wikipédienne concernée2 décide donc de réagir et d'essayer d'influer sur ce texte. La communauté wikipédienne italophone, consciemment ou pas, décide donc de faire du lobbying. Bouh.

Que faire?
Tout choix politique, au final, se résume à un arbitrage entre gains et pertes potentiels. Toute décision a des effets négatifs, et tout le jeu pour un décideur consiste à savoir minimiser ces derniers. Suivant les caractères les priorités changent, mais en démocratie -en tout cas dans une démocratie occidentale moderne- un bon indicateur du sens du vent vient du retour médiatique que donnera telle ou telle décision: gouverner n'est pas seulement chercher la meilleure décision, mais surtout celle qui plaira au maximum de gens - ou déplaira au minimum. L'élu lambda, donc, écoute le bruit qui l'entoure.

Les italophones avaient au départ plusieurs options pour se faire entendre:
  1. Mener une politique d'engagement avec la presse, les parlementaires. Des rencontres, des meetings, des explications. Ca a en partie été fait, mais c'est quelque chose qui demande du temps et des moyens. Or au dernières nouvelles Wikimedia Italia est une association de volontaires, ne roule pas forcément sur l'or, n'a pas à ma connaissance d'employé dédié au relationnel;
  2. Mener une politique d'engagement plus générique, moins précise: c'est ce qu'on a apparemment tenté avec un sitenotice mis sur le site il y a quelques temps. Pour que ce sitenotice atteigne ses objectifs, il aurait essentiellement fallu qu'un (voire des) journaliste(s) ou parlementaire(s) tombe(nt) dessus, prenne(nt) le temps de le lire, et soi(en)t convaincu(s). L'efficacité potentielle me semble marginale -surtout avec des Parlementaires en majorité d'un age avancé. De fait, le projet de loi est resté à l'ordre du jour, inchangé;
  3. Faire du bruit. Beaucoup de bruit.
On voit qu'à ce stade les options sont en fait assez limitées. Vous noterez que je ne cherche pas à discuter la pertinence de l'analyse italienne quant aux retombées possibles de cette loi ou le fait d'utiliser le matériel encyclopédique pour arriver à leurs fins: l'important ici est qu'eux, en temps que communauté, aient décidé que cela méritait action.

C'est ainsi qu'on est arrivés il me semble à cette décision de fermeture temporaire de la version italienne: l'attentat-suicide, au final, est l'arme du pauvre.

Boum
Quand j'ai appris la nouvelle de la fermeture du site, j'ai fait la chose la plus logique qui soit pour en mesurer l'efficacité: j'ai acheté le journal. La Repubblica, pour être exact. Et j'ai effectivement trouvé un article sur cette fermeture:


Un quart de page dans la section "Politique"3 plutôt que "Technologies", ça ne me semble pas si mal. Il y avait également des liens en première page des sites webs de la Repubblica et du Corriere della Serra: c'est bien aussi. Un rapide tour sur google news me montre qu'on a plusieurs milliers de citations à travers la presse nationale: c'est carrément bon - je connais peu de campagnes de presse qui peuvent se vanter d'une telle couverture, y compris à l'international. On en parle encore aujourd'hui dans la Repubblica, avec Jimmy Wales qui se fend d'une déclaration: un évènement couvert sur plusieurs jours, c'est vraiment, vraiment bon. Et 270'000 soutiens en 24h au groupe Facebook (et 430'000 liens vers le communiqué partagés sur des pages utilisateurs) c'est aussi toujours ça, pour ce que ça vaut.

La machine est donc lancée et, apprends-je toujours via l'excellent blog d'Alexander Doria, il semblerait que le projet soit déjà en cours de modification. Pas encore là où on le voudrait, mais les lignes de front ont commencé à bouger.

Victoire, ou bien?
Bon, au final il ne faut pas faire la fine bouche: sans vouloir vendre la peau de l'ours, il apparaît que les italophones soient plus près d'obtenir la modification du texte qui les intéresse qu'il ne l'étaient il y a trois jours. Sans non plus leur donner tout le crédit -il y avait un contexte de protestations non négligeable-, ils auront probablement concouru à ce changement.  La nouvelle du black-out a par ailleurs réussi à faire surface en dépit d'une actualité chargée: entre la dégradation de la note de la dette italienne et la mort de Steve Jobs, cela montre l'importance de Wikipédia au sein du paysage médiatique italien et, par extension, le crédit dont celle-ci jouit. Elle a contribué à faire évoluer le débat sur un point particulier qui la concerne, ce qui est une démonstration de force.

Victoire tactique, donc, comme on dit dans les infoboxes d'articles sur les batailles.

Au niveau stratégique, par contre, il faudra attendre de voir le texte final pour décider. Mais on a déjà plusieurs questions qui se posent:
  • ce qu'on a fait une fois, qui prend tout le monde par surprise et les fait réagir, est toujours moins efficace quand on le ressort une deuxième fois. Quid de la prochaine proposition législative de la même eau, dans un, deux ou cinq ans? 
  • Est-ce que cela donnera aussi l'idée de faire pareil à d'autres versions linguistiques, avec le risque de dilution du crédit dont bénéficie Wikipédia si de telles décisions sont moins bien inspirées ou plus partisanes? Il est relativement inquiétant de penser que quelques dizaines de personnes puisse aussi rapidement prendre une telle décision - et WP.it est un gros projet: combien pourraient décider sur WP en danois?
  • Cela aura-t-il un impact sur la toute prochaine campagne de dons?
On risque aussi d'avoir de sérieuses critiques: que ce soit à l'interne pour avoir abandonné une neutralité stricte, sorti la grosse artillerie et mis la Fondation devant le fait accompli; ou à l'externe pour avoir indirectement pris position contre le Parti des Libertés, qui n'est pas encore voué à disparaître4.

Bref, tout ça pour dire que c'était un développement intéressant. Et à suivre.


1. Il faudra sinon m'expliquer comment on peut attendre que des élus du peuple soient tout d'un coup experts en éducation, droit matrimonial, droit pénal, assurance maladie, recherche fondamentale, droit bancaire et promotion de l'activité économique. Et ça, c'était uniquement pour les membres du Conseil national suisse, et uniquement pour le 30 septembre dernier.
2. A leur décharge, il faut souligner que dans de récents conflits la loi a permis l'assignation individuelle de membres de Wikimédia Italia pour des problèmes de contenu avec lesquels ils n'avaient rien à voir.

3. En fait c'est même "politique et justice", ce que je trouve très italien, comme association.
4. Et est même encore au pouvoir. Quoi que sur ce point c'était assez finement joué pour ne pas s'opposer à la loi dans son entier, qui dépasse le cadre wikipédien: WP.it a donc bien fait du lobbying et pas de la politique. Un des premiers amendements déposés l'a d'ailleurs été par un député PdL.

dimanche 17 avril 2011

L'option nucléaire

Aux grands maux, les grands remèdes.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        
                                                   

Remarque liminaire: on a ici et là exprimé une certaine gêne que je puisse à l'occasion exprimer franchement mon point de vue. Cette remarque, tout à fait valide et dont je prends bonne note, fait cependant abstraction du salaire actuellement versé aux arbitres pour se faire cracher dessus (zéro francs/mois), et de ce que j'accepte déjà et avec une relative grâce bon nombre de critiques et insultes. Mais si l'on veut mentir à mon sujet ou me traiter ouvertement de malhonnête, il faut alors être prêt à en payer le prix. Chacun sa ligne rouge et c'est la mienne, Wikipédia ou pas.

Autre point fondamental, si quelques-uns des 198 visiteurs uniques de ce billet  (pour la seule journée de jeudi) m'auront donc parfois reproché la forme, personne il me semble n'a encore pointé un défaut de raisonnement sur le fond: nous avons effectivement sur la Wikipédia francophone un problème d'administrateur dont la légitimité est contesté/able, et qui se refuse à clarifier les choses.

C'est un problème problématique.

Il est dans ce genre de situation toujours profitable d'aller consulter les Anciens Textes. Coup de chance, ceux-ci ont deux choses à nous dire sur le sujet et qui semblent être sorties de la mémoire collective wikipédienne, la communauté ayant il est vrai souvent la capacité de concentration d'un chimpanzé adolescent en rut:
  • La première chose, c'est qu'il a été décidé à l'issue d'une première prise de décision (PdD) qu'on peut totalement révoquer un administrateur qui fait consensus contre lui;
  • La deuxième chose, c'est que ce "consensus contre" à été défini lors d'une autre prise de décision, extemporanée à la première, comme situé à 75% des voix.
Vu qu'on passe son temps à voter sur ce projet, ce serait bête d'oublier ce sur quoi on l'a fait. Il se trouve donc que nous sommes bien, dans les faits, en mesure de forcer Grimlock (ou un autre) à passer devant la Communauté pour un vote de confirmation. C'est une procédure lourde de sens, que je qualifierai donc d'option nucléaire.

Pour avoir une idée de tout ce que cela implique, faisons une rapide FAQ nucléaire:

Ta bombinette n'est-elle pas un peu périmée?
Comme il n'y a pas de date de péremption sur les prises de décision datant de 20051, et qu'il faudrait une nouvelle prise de décision pour le décider, on va dire qu'a priori non, surtout si en outre un tiers des répondants à un récent sondage trouvent que les conditions de perte de statut ne sont pas satisfaisantes.

Si c'est écrit, c'est que c'est vrai.
Le nucléaire n'est-il pas un peu dangereux?
Absolument, c'est pour ça qu'on parle de nucléaire et pas d'éolien2. D'ailleurs, si ce n'était pas dangereux on risquerait de le voir utilisé à tout bout de champ, ce qui n'est ni l'objectif ni une bonne idée.

Le Comité d'arbitage (CAr) ne permet-il pas de garder une certaine sérénité?
Oui, et c'est pour cela que cela reste la voie à privilégier. Sauf s'il s'agit pour les arbitres de se faire harceler (merci pour eux) et sauf si, après intervention dudit CAr, la balle se trouve dans le camp d'un impétrant qui se refuse à risquer son joujou ego en demandant un vote de confirmation.

Les conditions de cette consultation forcée n'étant pas fixées (à part le seuil), il est par ailleurs tout à fait possible d'interdire les commentaires de votes, comme on le fait déjà par exemple pour les élections d'arbitres. Ca devrait limiter les débats stériles et commentaires assassins à l'heure où, déjà, on aura eu beaucoup trop de débats stériles et de commentaires assassins.

Ok j'ai confiance en toi, mais que faire si un autre la lance sans prévenir?
Le bon sens est effectivement parfois une denrée rare, et il faudra que celui qui voudra pousser sur le bouton sur un coup de tête soit prêt à en payer les conséquences. Comme dans la vie réelle, il doit d'abord être conscient que celui qui est visé le fera peut-être aussi. Ou peut-être qu'un idéaliste révolutionnaire, soutenant l'idée du mandat à durée limitée pour tous (par exemple), lancera sans crier gare une bombinette sur chacun des 190 admins. C'est possible, et il est bon que tout le monde y pense afin de bien réagir en cas d'attaque nucléaire généralisée.

Dans le premier cas (rétorsion), il faut si on agit par vengeance être prêt à vivre avec l'étiquette de troll vindicatif, espèce qui généralement finit très vite bloquée pour, hmmm, trollage vindicatif3. Dans le deuxième cas (révolution), le justicier devra être conscient qu'il va antagoniser un paquet de monde, ce qui serait contre-productif: dans les deux cas c'est ce qu'on appelle de toute façon un POINT en jargon local, infraction wikipédienne pour laquelle le niveau de tolérance serait dans le cas d'espèce faible.

75% c'est beaucoup. Que faire s'il y a un survivant?
C'est à voir, la bombinette n'a jamais été vraiment lancée. Mais même si on n'obtient pas l'unanimité, il faut espérer qu'un admin se prenant plus de 50% de rejets aura l'honnêteté intellectuelle de démissionner. S'il refuse, on peut toujours demander au Comité d'Arbitrage de revenir pour finir le travail en le démissionnant: je vois mal les arbitres refuser. S'il fait un score honorable, ça sera par contre le moment pour les demandeurs de se remettre en question.

Je suis admin et je ne veux pas être atomisé! Que faire?
Ne pas braquer contre vous 75% des gens, y compris et surtout ceux avec qui vous n'intéragissez pas, est un premier pas. Ouvrir une page de contestation peut être un deuxième. Mais si on vous traîne régulièrement au Comité d'arbitrage et que vous perdez tout aussi régulièrement, et pour les mêmes raisons, et que ça génère du bordel, vous pouvez aussi prendre les devant et démissionner (ou demander une confirmation, dont vous pourrez en plus fixer les termes). 

Pourquoi ne l'utiliserait-on pas tout de suite?
Parce que plein de raisons. La première, c'est qu'après toutes les émotions de cette semaine il serait bon de passer à autre chose4. La deuxième est que Grimlock vient juste d'être sanctionné par le Comité d'arbitrage, et qu'en dépit de ses récriminations cette décision sera appliquée: il devra donc désormais choisir entre son balai (qu'il aime visiblement beaucoup) et ses copains (qui l'aiment visiblement beaucoup). 

Enfin, on a déjà dix élections en cours (plus les sondages, plus une ou deux Prises de décision), ça fait beaucoup de nombrilisme communautaire: il est grand temps de passer à quelque chose de plus productif. Jusqu'à la prochaine fois bien sûr.

Et donc?
Le fait d'en parler à l'avance et publiquement permet de s'assurer que l'idée fera gentiment son chemin chez tout le monde. Si elle est lancée, personne ne pourra crier à l'attaque surprise: c'est la motivation principale de ce billet. En attendant, ce chapitre est -provisoirement- clos.

Demain, ce blog vous parlera à nouveau de géolocalisation.



1. Heureusement, car sinon il faudrait peut-être supprimer la page d'annonces, créée en décembre 2005.
2. Auquel cas ce serait du vent, bien sûr.
3. Présentons les choses différemment: vous lancez une bombinette contre un ou plusieurs admin(s), et la consultation se termine par une solide confirmation pour lui/eux: si votre cas venait par la suite à être évoqué sur le bulletin des admins pour une histoire ou une autre, quelle attitude pensez-vous que les administrateurs auront vis-à-vis de quelqu'un qui aura trollé un des leurs à tort? Vae victis, comme on dit.
4. Ce billet est prêt depuis jeudi mais j'ai un peu différé sa publication, histoire que les humeurs se calment pendant le week-end.

jeudi 14 avril 2011

Dont acte

Ainsi donc, le Comité d'Arbitrage (CAr) a été plutôt sympa avec Grimlock qui, en retour, a eu besoin de quasiment 12'000 octets pour dire que les décisions du CAr il s'asseoit dessus, et que pour ce qui est de remettre son mandat d'administrateur en jeu en demandant un vote de confiance à la communauté (vu que le CAr est si manifestement dans l'erreur), il s'asseoit dessus aussi  .

Comme disait l'autre, plus on se justifie, plus on sait qu'on a des trucs à se reprocher.

Mais je suis d'humeur badine; je n'hésite donc pas à vous donner un petit historique complet:

Grimlock est cet administrateur un peu atypique dans la mesure où il a eu besoin de non pas une mais deux candidatures pour être élu. Et encore, il est passé aux repêchage, grâce au fameux pouvoir discrétionnaire de bureaucrates qu'on a vu mieux inspirés (notamment par exemple avec Bokken, élu dans la même foulée et qui à mon souvenir n'a jamais antagonisé autant de monde à la fois). J'ai vérifié, il y a eu avant lui un seul candidat sysopé avec autant de votes contres.

Mais c'est de l'histoire ancienne.
Et ça, c'est un forceps.
Grimlock est élu en avril 2007, donc, et administre somme toute pas si mal que ça puisqu'il faut quand même huit mois pour qu'un arbitrage soit lancé à son encontre sous prétexte qu'il empêchait quelqu'un de jouer avec les boîtes utilisateurs des autres. Bon, soyons honnête, à part un ou deux arbitres lui reprochant ses "remarques cassantes" on lui donne globalement raison - et on a bien, euh, raison.

Six mois, non, cinq mois, non quatre mois passent entre le rendu du 19 février 2008 et ce mois de mai où les fleurs volent au vent et, apparemment, les requêtes en arbitrage à son encontre aussi. D'abord le 4, de concert avec.. Meodudlye1, puis le 15, seul mais cette fois pour "comportement anti-wikipédien inadmissible". La vache. On y allait pas avec le dos de la cuiller, à l'époque.

Grimlock est bloqué les deux fois (+un désysopage d'un mois), mais c'est au final assez léger.

J'aimerais m'arrêter un instant sur ce désysopage, qui en fait suit la démission de l'impétrant. Les arbitres avaient été malins, car le désysopage ne prenait effet que si celui-ci venait à redemander ses outils. Il est à noter qu'entre juin (démission) et octobre (retour), le nombre de contributions de Grimlock aura été exactement de une (1). Ah ben non, en fait c'était pour confirmer sa démission, donc on dira plutôt zéro (0).

Grimlock nous revient et rapidement, c'est à dire en moins de 100 contributions, se rend compte que le balai d'admin lui manque pour pouvoir contribuer: il demande donc à récupérer ses "pouvoirs" (le terme est de lui) et un bureaucrate qu'on a connu plus inspiré les lui rend. 

Ah, le pouvoir. 

Son taux de contributions remonte un peu, et cahin-caha la vie reprend, en tout cas jusqu'à ce wheel war splendide avec un autre administrateur, concernant le (dé-)blocage de... Meodudlye. Un troisième arbitrage est lancé. On est le 28 décembre, Grimlock aura tenu exactement un an sans faire de vagues (en tout cas dont on se souvienne sans trop fouiller les historiques). On est toutefois entre gens de qualité, on s'arrange à l'amiable et Grimlock démissionne le 28 décembre 2009, pour deux mois. Il contribuera exactement dix fois en janvier suivant: quatre fois sur sa page utilisateur, six fois sur le bulletin des admins.

Wikipédia, pendant ce temps, dépasse allégrement les 900'000 articles. Ca sera, pour le coup, sans son aide.
Il était probablement sorti.
Mais Grimlock nous revient, il est en forme, et à peine les outils réattribués fin février par le même bureaucrate qui décidément n'apprend rien2, le voici qui se présente aux élections du 12e Comité d'arbitrage.

Le bureaucrate qui n'y comprend rien est élu arbitre et Grimlock, étonnamment, recueille 61,25% des suffrages... contre lui.

Il n'y a pas de justice.

Si j'étais lui et s'il devait y avoir un moment où l'épiphanie se réalise que le CAr, c'est pour les andouilles, c'est bien celui-ci. En tout cas j'aurais cette épiphanie si je n'étais pas capable de me remettre en question. Sinon je commencerais à me dire qu'il y a un soucis quand à ma légitimité. Les élections d'admins, après tout, sont une question de confiance, et visiblement plusieurs personnes semblaient d'avis que la réponse n'était plus la même que quatre années auparavant. 

Avance rapide jusqu'en février 2011 où, après moult péripéties et interventions sur le bulletin des admins pour objecter à dix des vingt admins qui se prononcent pour le blocage de Meodudlye2, parfois en des termes peu amènes et en leur demandant au passage de s'autobloquer pour avoir osé se conduire comme les punks qu'ils sont.

Résultat, un contributeur pas admin et un peu sorti de nulle part lance -un peu n'importe comment- un méga arbitrage contre lui.
Ressemble à Zorro, se bat dans l'arène wikipédienne comme le sergent Garcia.
Requête qui tombe bien évidemment en eau de boudin. Arrive enfin Hamelin qui en lance une nouvelle le mois dernier. Le reste, comme on dit, c'est l'histoire qui vient de s'écrire: les arbitres disent que oui, Grimlock s'est mal conduit, qu'il devrait se tenir loin de tous ces endroits où la tentation de troller est forte (par opposition à tous ces endroits où la tentation de contribuer à des articles l'est un peu moins) et, si jamais il n'y avait pas pensé, il pourrait demander confirmation de son statut, à ses conditions, auprès de la communauté.

J'apprécie énormément mes collègues, mais là je vais être franc et avouer que je les ai trouvés un peu naïfs.

Grimlock leur dit de se mettre leur arbitrage là où le soleil ne brille pas, et d'emmener avec eux le bubu sournois et incompétent -et sournois- qui l'avait resysopé (et qui pour le coup était de toute façon récusé, parce que sournois).

Car l'important, voyez-vous, ce n'est pas les doutes que les autres peuvent avoir. Ce n'est pas de s'être pris trois ou quatre requêtes d'arbitrage sur trois ans et pour quasiment le même motif. Ce n'est pas non plus que les gens qu'on critique et dont on dénonce la légitimité soient régulièrement -et largement- réélus. L'important enfin ce n'est pas, dans un dernier baroud d'honneur, de vouloir prouver qu'on a raison contre les Méchants en prenant la communauté à témoin, quitte à retourner contribuer comme tout un chacun en cas d'échec.


L'important c'est de garder son pouvoir, bande d'andouilles.


1. Ce sont les vieilles blessures de guerre qui créent les plus longues amitiés. Dans ce registre ne lisez d'ailleurs pas Sourire de loup, de Zadie Smith, encensé par la critique et qui est, très objectivement, mauvais.
2. Et réattribue les outils sans qu'il y ait besoin d'en faire la demande! Quel con!
3. Je vous l'avais dit: frères d'armes un jour, frère d'armes toujours. Le (mauvais) bouquin se termine d'ailleurs par un des personnages prenant une balle pour son copain de régiment.

lundi 28 mars 2011

Gaming the system

Pierrot l'avait rapidement noté dans son tout dernier billet: une dizaine de personnes ont décidé, lors des dernières élections du Comité d'arbitrage wikipédien (CAr), de voter de manière systématique contre tous les candidats.

On pourrait bien évidemment se féliciter de la supérieure rectitude de ces votants qui trouvent tant à redire à propos de chacun des douze candidats mais, (mal)heureusement, il y a une autre motivation derrière: on s'oppose en fait à l'élection de nouveaux membres au CAr non pas parce qu'ils ne sont pas assez bons pour la fonction, mais parce qu'en fait on est contre l'existence même du CAr. Les raisons de ce rejet varient d'une personne à l'autre, elles semblent parfois même aux antipodes les unes des autres, mais au final c'est la même chose: le CAr, c'est le Mal.

Soit. Jusque là, je suis presque d'accord.

Beaucoup de paille.
S'agissant de Wikipédia, j'aurais toutefois pensé que la meilleure façon de changer les choses consisterait à i) se présenter pour prendre soi-même les choses en main et montrer la Voie ou ii), si le cas est trop desespéré, demander la dissolution dudit CAr à la communauté. Ce n'est pas une révolution que je propose là, c'est par exemple ce qui est arrivé aux défunts wikipompiers il y a un peu plus de 18 mois.

Evidemment, si l'on pose une question il faut être prêt pour la réponse, et tout le monde n'a pas le forcément envie de se voir dédire par la communauté. Du coup, on en viendra presque à se dire que Thémistocle et Iluvalar, en maintenant leurs candidatures respectives jusqu'à terme en dépit de résultats sans équivoque dès la première journée, sont beaucoup, beaucoup plus couillus que neuf de ces dix réunis1. On pourra bien sûr se cacher derrière son petit doigt en objectant que ça n'a rien à voir, que voter neutre ou ne pas voter n'aurait pas été pareil, mais en fait tout cela n'est pas très intéressant.

Ce qui est intéressant, voyez-vous, c'est que cela nous permet de mettre en lumière une nouvelle classe de contributeurs:

Les électeurs zombis.

Figurez-vous que trois, voire quatre, de ces personnes qui ont tant à coeur le bien du projet wikipédien qu'elles essaient d'empêcher le fonctionnement de l'un de ses organes ne sont, pour l'essentiel, plus vraiment des contributeurs actifs sur Wikipédia.

Bertrand Grondin, multi-admin extraordinaire, n'a depuis novembre dernier commis qu'une centaine de contributions dans l'espace encyclopédique - pas 100 par mois, hein, mais 100 au total. Savant-fou, administrateur lui aussi: le même nombre (100) en dix mois. Idem pour Vyk, qui faillit en son temps devenir également administrateur. Je me suis laissé dire qu'ils seraient plus actifs sur d'autres projets. Tant mieux pour eux.

Mais ça permet de relativiser pas mal de choses.

Une seule poutre.
Alors bien sûr on peut dire que Wikipédia est une démocratie et qu'on vote comme on veut, hein, on a le droit. Certes. Sauf que Wikipédia n'est pas une démocratie, que c'est un projet encyclopédique où voter n'est pas un droit mais un privilège censitaire réservé aux habitués: c'est pour ça que les IP et comptes avec moins de 300 et quelques contributions ne sont pas admis aux votes. L'objection inverse, à savoir qu'il y a certainement des supporters zombis en faveur des candidats, serait intellectuellement honnête si on ne parlait pas ici d'obstruction systématique dans le cadre d'un projet collaboratif2.

Les anglophones, qui ont le malheur de vivre une ou deux médiocrités d'avance, ont un nom pour cette attitude peu cashère: ils appellent ça gaming the system.



1. Addacat s'est présentée il y a exactement un an, elle.
2. On évitera donc de prendre les gens pour des andouilles en soulevant cette objection là.

vendredi 4 mars 2011

Bite

Or doncques, Irønie a décidé de demander la confirmation de son statut d'admin, et ce pour principalement deux raisons:
  1. Il avait prévenu qu'il le ferait au bout de sa première année d'activité;
  2. Son constat que la procédure de contestation (une sous-page où ceux qui objectent aux actions d'un administrateur peuvent demander sa démission) n'est pas optimale, au moins pour l'expérience qu'il en a eue.
La demande de reconfirmation est un évènement rare s'il en est dans le microcosme wikipédien: les deux seules autres occurences que j'ai en tête sont à mettre au crédit -ou au passif- de Vigneron et d'Esprit Fugace pour qui, si on fait abstraction des critiques, ça s'est plutôt bien passées: ils auront tous deux gardé qui son balai d'admin, qui son super-balai de bureaucrate. 

Si l'on tient compte des critiques, par contre, on pourra par contre se demander sérieusement si les Wikipédiens ont goûté l'exercice: immature, arrogant, démarche inutile - certains n'y sont pas allés avec le dos de la cuiller dans leurs commentaires et, franchement, auraient gagné à se rappeler que si la démarche n'était pas requise, des commentaires aussi désagréables et/ou aggressifs l'étaient encore moins. Mais soit.

Nouveauté dans le cas qui nous occupe aujourd'hui, on a des opinions exprimées de manière beaucoup plus lyrique: une section "Bite" (4 votes), une "Caca prout" (4 aussi), sans compter les Autres, Entre autres, Contrescarpe et Lapin crétin (11 voix au total). J'ai toujours su que dans beaucoup de votations on ne répondait pas forcément à la question posée, mais dans le genre je crois qu'un nouveau jalon a été posé. Avec cet épisode, le candidat semble voué à devenir le Lionel Jospin (version avril 2002) de Wikipédia.

Cela m'amène à deux - non, trois- remarques:
  1. Il y a finalement plus de personnes qui rejettent prima facie ce genre de demande de reconfirmation qu'on n'en entend usuellement qui se plaignent de la durée illimitée du statut;
  2. Avec 57 Pour et 31 Contre, on a un ratio d'un peu moins des deux tiers et donc, logiquement, une non-confirmation. C'est balot, parce que beaucoup de Contre s'opposent non pas tant à l'action de l'impétrant qu'à son humour, ou même au fait qu'il demande confirmation1;
  3. Il y ici et là de vagues remarques comme quoi ce serait aux bureaucrates de trier le bon grain de l'ivraie (et des bites). Bon, j'ai une mauvaise nouvelle, en tout cas en ce qui concerne ma propre position: j'estime que ce n'est pas notre charge. La démarche est volontaire, et c'est logiquement à lui de tirer les conséquences qu'il a demandées, i.e. soit garder le statu quo, soit démissionner. Les bureaucrates ne pouvant de toute façon retirer les droits de quelqu'un, je  nous vois mal discuter de tout cela pour ensuite aller sur Meta demander le retrait. Quelle que soit sa décision finale, il faudra l'assumer jusqu'au bout.
Le plus ironique, dans tout cela, c'est que si l'on compte les cacas et autres votes neutres ou rigolos comme autant de confirmations (sous-entendu: pas de problème suffisamment significatif pour s'opposer à la poursuite des activités d'admin), Irønie pourrait légitimement se dire que le contrat est rempli et continuer de l'avant. On aurait peut-être même un piste intéressante pour le futur, par exemple comme contrepoids au pouvoir discrétionnaire des bureaucrates.

Mais en l'état, et en partie grâce au message envoyé ces jours, on sait désormais que la démarche de reconfirmation volontaire, en tout cas sous ce format2, est un échec.



1. A décharge, il y a aussi des votes Contre qui saluent la démarche.
2. Il aurait pu par exemple proposer une désélection, où 20-25% des votants l'auraient destitué.

dimanche 19 décembre 2010

Что делать?

Comme me le disait récemment un collègue arbitre, ce n'est vraiment pas un rôle facile sur Wikipédia: "les gens viennent exprimer le peu de bien qu'ils pensent de ce qu'on fait quand on discute, ils renchérissent quand on donne la décision en disant qu'on a fait n'importe quoi, et les admins ne seront jamais foutus de se mettre d'accord pour appliquer les décisions".

C'est un assez bon résumé. Heureusement qu'on est bien payés, ça compense.

Mais ce n'est pas aujourd'hui que je vais essayer de faire pleurer dans les chaumières. Parlons plutôt de ce à quoi doit correspondre une décision et comment, tout seul dans mon coin d'arbitre, j'essaie d'y arriver: il s'agit en fait ici surtout d'une réflexion inaboutie -probablement parce qu'il n'y a pas de formule magique à découvrir à la clef- mais qui recoupe plusieurs remarques que je me suis faites depuis pas mal de temps:
Alternative séduisante au blocage et disponible en 4 coloris,
mais peu pratique pour une communauté virtuelle.
  • Le blocage sert essentiellement à la protection immédiate de l'encyclopédie;
  • Avec les utilisateurs enregistrés "normaux", le blocage punitif sert surtout à marquer le coup;
  • On ne peut pas défaire le passé, notamment si deux contributeurs ont décidé qu'ils se méprisaient cordialement;
  • Notre vie serait pourtant bien-plus simple si on n'avait pas à rediscuter des mêmes trucs à propos des mêmes personnes tous les trois mois;
  • J'ai enfin une confiance toute relative dans la capacité des admins à appliquer les décisions du Comité d'arbitrage sur le long terme, par opposition à un blocage immédiat inclus dans la décision: j'ai de manière croissante l'impression que chaque requête qui commence par "Demande d'application d'une vieille décision d'arbitrage"1 est vouée à se transformer en loooongues discussions, quelle que soit la limpidité de la situation.
D'où l'idée qu'il faut effectivement trouver des solutions pour, justement, éviter que les mêmes personnes -a priori pourtant des contributeurs au potentiel encyclopédique- se retrouvent devant les admins ou arbitres à intervalles réguliers, car sauf exceptions notables on sait très bien où cela mène: claquement de porte et/ou ban, frustrations, mise en place de camps, et perte sèche pour le projet. Autant bannir d'emblée à la première incartade, on s'économisera du temps et des octets. Qu'on pourrait utiliser du coup sur des articles (par exemple).

Sauf que le bannissement systématique et immédiat n'est pas vraiment dans les moeurs. Pas encore. Toute la difficulté d'un arbitrage tient donc à éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, avec pour seuls outils des recommandations de bon sens et le bouton de blocage. Si en plus il faut peser chaque mot pour ne pas froisser les uns et les autres et se faire traiter de vendu partial (idéalement par les deux bords), vous conviendrez que ce n'est pas gagné.

Toutes suggestions simples et d'application universelle sont les bienvenues2.



1. Avec "vieille" > 1 semaine.
2. Et n'oubliez pas de vous présenter aux élections, juste pour confirmer.

lundi 13 décembre 2010

La suspicion comme état d'esprit

Ne me demandez pas pourquoi mais ce matin, dans un de mes rares moments d'oisiveté, mon oeil a dérapé sur le bistro wikipédien, endroit fascinant où l'on trolle sans trop de conséquences (il me semble) et qui, en outre, permet désormais de lancer et commenter les effets de mode du moment.

Les effets de mode du microcosme wikipédien, on peut parfois les voir arriver. Il suffit qu'une personne aie une idée, s'y accroche et la répète suffisamment pour qu'à terme deux ou trois individus ayant plus de temps que de bon sens reprennent le choeur - on se retrouve alors au mieux avec une longue discussion qui ne sert qu'à brasser de l'air, au pire avec une Prise de Décision (ou tentative de) abracadabrantesque qui, selon la loi de l'abracadabrantisme, fera "Pschitt". En vérité je vous le dis, Wikipédia c'est distrayant, même sans les articles.

L'an dernier on nous parlait de l'accession au statut de bureaucrate pour tous les administrateurs, cette année on semble s'acheminer joyeusement vers l'opposé dans le domaine de la confiance, à savoir le contrôle préalable de l'existence des faux-nez pour tout candidat.

Pour rappel, on n'a eu qu'un cas avéré d'élu avec bourrage d'urnes par fôné: il s'agissait de Nezumidumousseau, élu en avril 2005 avec une trentaine de voix dont 8 faux-nez. Oui, en 2005 on pouvait être administrateur sur Wikipédia avec 2'000 contributions, et ça n'intéressait jamais qu'une grosse vingtaine de personnes. D'ailleurs on voit clairement dans le graphique ci-contre l'effet délétère sur la croissance du projet que peut avoir la présence d'un administrateur voyou: ça fait tout simplement froid dans le dos.

Bref. Plus sérieusement, et outre les obstacles techniques1, on érige ici et sans fondements la suspicion en mode de pensée. C'est un peu le dégré zéro de la politique interne, et on se demande qui a intérêt à faire qu'un groupe de volontaires et encyclopédistes amateurs considère comme venant de soit une telle mentalité.

C'est dommage.



In other news (et tout le monde s'en fout): j'ai eu confirmation de mon retour en Europe pour début janvier, ma participation reprendra donc -a priori- bientôt son cours normal.


1. En clair: le CU n'est pas fait pour ça, et en plus ça ne prouvera rien.

mardi 24 août 2010

Sois belle et tais-toi

Je découvre, à la dure, que ce qu'on attend d'un arbitre, essentiellement, c'est qu'il se garde bien d'essayer d'arbitrer. C'est en tout cas la leçon que je retire de la deuxième récusation dont je suis l'objet, cette fois de la part de Gustave Graetzlin dans l'arbitrage qui l'oppose à Moyg. A ce rythme, et comme on me l'a très justement fait remarquer, je suis bien parti pour être le premier arbitre qui aura passé tout une session du Comité d'arbitrage... sans avoir déposé d'avis (auquel cas on revient au postulat premier).

Tout cela est révélateur de bien des choses - à commencer par le fait que je devrais apprendre à me tenir tranquille, mais on ne se refait pas -, et l'on voudra certainement commenter l'inclusion par 48 personnes de cet arbitrage dans leur liste de suivi.

Mais dans le cas d'espèce, j'ai surtout l'impression que Gustave a commis à la fois une erreur tactique, et une erreur stratégique.

J'essplique.

Le contexte d'abord. Moyg dépose une demande d'arbitrage contre Gustave Graetzlin, arguant du fait que celui-ci est inutilement agressif avec ceux avec qui il est en désaccord préférant "aller les critiquer sur le bistro" - en clair anti-collaboratif, crime quasi-suprême sur Wikipédia pour un utilisateur enregistré1. Ca, c'était il y a dix jours, l'arbitrage etant déclaré recevable le 16 août.

Hier (le 24), Gustave demande s'il lui est possible de battre le rappel des gens "à qui [il] a rendu service, et qui ont apprécié [son] esprit collaboratif". Je précise qu'à l'heure où il dépose sa demande, une douzaine de personnes se sont déjà exprimées, une majorité pour protester de la bonne tenue de l'intimé. J'ignore aussi à ce moment (ce n'est pas dans le mot de GG), que Moyg avait signalé la recevabilité de l'arbitrage par le biais de son compte Twitter2.

Ignorant de tout cela3, je réponds donc que battre le rappel de ses copains n'est pas utile, que les arbitres ont bien compris et que, de toute façon, un arbitrage n'est ni un procès, ni un concours de beauté où l'on recensera ses amis (ce que la plupart des gens semblent avoir du mal à comprendre).

Gustave Graetzlin signale qu'il demande ma récusation un peu plus tard dans la nuit.

L'erreur tactique, premièrement, aura été de demander à pouvoir spammer ses copains pour multiplier les témoignages. C'est insultant pour les arbitres (vous ne connaissez pas WP, vous ne me connaissez pas, mais attendez de voir combien j'ai de gens derrière moi, je ne peux être que quelqu'un de bien) et, plus prosaïquement, c'est probablement inutile de faire répéter 30 fois la même litanie de compliments quand il n'y a pas si longtemps les arbitres étaient ceux qui demandaient que les argumentations se limitent à 500 mots. En clair, lire des trucs inutiles et répétitifs gonfle tout le monde - quel intérêt dès lors à vouloir en rajouter?

L'erreur stratégique, après cela, aura été dans l'usage de la récusation. Sitôt la recevabilité déclarée, Moyg annonçait ne pas vouloir demander de récusation. A tort ou à raison, il joue la confiance. Gustave s'est pour sa part bien gardé de le faire, à tel point que je me suis même demandé s'il était au courant de ce "droit".

Mais quel est le message que l'on transmet aux arbitres restant, quand on est accusé de ne pas tolérer la contradiction et qu'on se garde un joker dans la manche pour éjecter le premier arbitre qui ne va pas immédiatement dans votre sens?

Ce message, vous l'aurez deviné c'est que ce qu'on lui reproche est probablement vrai.


1. Le crime suprême des IP anonymes étant bien sûr le vandalisme.
2. Je donne un franc à qui m'explique et me convainc de l'utilité de ce service.
3. En fait même si je l'avais su ma réponse aurait été la même.

vendredi 13 août 2010

La telenovela de l'été

Quand il y a débat chez les admins, la comparaison la plus pertinente n'est pas de parler de duels au couteau, au pistolet ou au corps-à-corps, mais à la grenade. On commence par un conflit délimité, et c'est une personne extérieure à tout cela au début qui finit dans la mouise. Le dégat collatéral du jour, c'est l'administrateur Irønie.

J'essplique.

Croyez-moi ou pas, donc, mais depuis hier c'est le boxon chez les admins wikipédiens. Bizarrement, il y a pourtant eu une majorité d'interventions pertinentes et de bon sens (les admins vieillissent) mais, heureusement pour toi lecteur, ceux qui restent ont brillamment réussi à faire chuter la moyenne.

Il y a eu jusqu'à présent tellement d'intervenants aux intérêts divergents que j'ai du en louper une partie, mais je vais essayer de résumer (Spoiler alert: un point godwin est attribué). N'hésitez pas à me corriger dans le commentaires, si besoin. Dernier avertissement: il y a beaucoup de liens qui pointent vers de loooongues discussions.

Le contexte immédiat, je pense, est l'éviction d'Illuvalar sur le bulletin des admins, suite à une requête de Mogador qui se sent marqué à la culotte. Hamelin trouve le procédé grossier1 et le fait savoir. Une discussion s'engage à côté entre lui-même et Lgd, à propos cette fois du blocage de Suprememangaka2, où il apparaît - suprise et horreur!- que certains contributeurs ne s'apprécient pas (et qu'Hamelin, pour être clair, n'apprécie pas Mogador).

Tout commence toujours par un duel...

Après un échange à tout le moins déplaisant sur le sujet des listes noires avec l'impétrant, Mogador décide de porter la chose sur la place publique.

Ami lecteur tu pensais que c'était déjà compliqué, mais c'est que tu n'avais encore rien vu. Car à partir de là, tout dégringole.

Des gens à qui on n'en demandait probablement pas tant débarquent déposer des avis plus ou moins heureux. Grimlock voit ces listes lui rappeler des "heures sombres"3, mais ne tranche pas "pour cause de conflit d'intérêt" (je suppose là qu'il n'apprécie pas l'un des protagonistes), sans que cela ne l'empêche pour autant de jeter un peu d'huile sur le feu.

Mais ça finit toujours par dégénérer.
Bref, la discussion continue de déraper et de tourner en rond, et l'admin Irønie décide de bloquer les deux principaux protagonistes en prenant soin de justifier sa décision. Garfieldairlines débloque quelques minutes plus tard sans discussion (ou autre contestation). Grimlock rajoute de l'huile mais ça ne prend pas. En tout cas pas ici. Quelques flammèches se déplacent sur le bulletin des admins, mais tout semble ici aussi rester sous contrôle.

Nan. Là où cela se met à brûler, c'est désormais chez Irønie. Un trio improbable4 décide de porter l'affaire sur la page de contestation qu'il s'est créée.

Bon.
A ce stade, on a un constat et plusieurs solutions:

Le constat, c'est que la page de contestation n'est pas là pour faire plaisir, et il fallait bien s'attendre à ce que lorsque celle d'un admin serait utilisée, cela ferait des vagues. J'attends le jour où quelqu'un viendrait en disant "je t'aime trop fort, il faut que tu démissionnes". Nan. On peut prendre les précautions qu'on peut, mais le seul moyen de ne pas avoir de contestation, c'est de ne pas être admin (ou de ne rien faire, ce qui revient au même).

La solutions, les solutions, sont pour Irønie:
  • de faire de la politique, et prendre ces trois demandeurs à leur jeu en passant devant la vox populi. Vu le contexte, les demandeurs, et son plutôt bon passif d'admin (et pour peu qu'il prenne les enseignements de sa candidature en ne traitant pas cette mascarade par dessus la jambe), le risque me paraît calculé. S'il perd tant pis, on vit très bien (voire mieux) sans être admin. Et s'il gagne, j'en connais plusieurs qui pourront aller se cacher dans une poubelle;
  • de ne pas faire de politique, et d'ignorer cette requête en la traitant pour ce qu'elle est: un moyen pour chacun des trois demandeurs de régler d'autres comptes5. Ce serait dommage, car cela leur donnerait un avantage moral relatif, sans compter que cela mettrait un sacré coup à cette procédure, dont le principe est justement basé sur la confiance.
Sinon, pour le principe, je rappelle que moi aussi ça fait un bail que j'ai ma liste. Mais comme son contenu change régulièrement, je ne vous dirai pas qui est dessus.





1. Sur la forme j'aurais tendance à lui donner raison, on était loin du vandalisme. Mais bon.
2. Lors du blocage de Suprememangaka, Lgd avait bloqué par erreur l'admin Garfieldairlines (j'ai la flemme d'expliquer). L'erreur était admise et pardonnée, mais ça n'a pas empêché le pardonnant de traîner le pardonné devant le Comité d'arbitrage.
3. Désolé mais même avec toute la bonne volonté du monde c'est un point Godwin, pas un rappel de ce qu'a fait l'armée française en 1917 comme (pauvrement, je trouve) justifié.

4. Je dis improbable parce que deux d'entre eux les trois ont des trucs à se reprocher et ne sont, certes à des degrés divers, pas les mieux placés pour donner des leçons. Et ah oui, j'oubliais, il ne s'agit aucunement des deux bloqués, qui ont séparément indiqué accepter/pardonner le blocage, à défaut d'en être satisfait.
5. Je précise qu'en l'état je ne pense pas que nos trois pieds nickelés aient agit de manière coordonnée - il n'y a pas de cabale, juste une convergence d'intérêts.