mercredi 2 décembre 2009

Wikipédisation des WikiGrills

Le « WikiGrill » nouveau est arrivé et il provoque comme chaque fois quelques discussions parmi les contributeurs de Wikipédia. Au-delà du contenu particulier de l'article-cible, il est peut-être également temps de tirer un premier bilan du contenu de cette rubrique du magazine Books, qui existe depuis maintenant plus d'un an.

Il y a eu en effet une évolution assez nettes entre les premiers WikiGrills et les dernières critiques publiées. Au début, l'idée semblait être de confronter une entrée de Wikipédia et un spécialiste du sujet traité, capable de livrer une critique approfondie de l'article visé. Une rencontre entre l'encyclopédie des amateurs et les vrais détenteurs du savoir, en somme.

Avec le temps, les auteurs se sont apparemment fait plus difficiles à trouver et durant la deuxième moitié de l'année 2009 seul Olivier Postel-Vinay, le directeur de la rédaction de Books, a maintenu la rubrique en vie. D'abord en traitant de thèmes proches de sa formation en philosophie (Socrates, Foucault…) puis dernièrement sur un sujet, le réchauffement climatique, qui semble beaucoup plus éloigné de son champ de compétence. Et de fait, la critique est beaucoup plus superficielle et porte essentiellement sur des défauts – les références utilisées, leur présentation, la cohérence du texte – qui peuvent être décelés par tout lecteur vaguement au fait des canons de la publication scientifique, même s'il ignore tout des recherches sur le climat.

Certaines de ces observations semblent tout à fait raisonnables mais ce qu'il y a d'ironique dans tout cela, c'est qu'on ne serait pas surpris de trouver une critique de ce type sur le site Wikipédia lui-même, par exemple au détour d'une des interminables discussions préalables à l'obtention du label « article de qualité ».

Travaillez plus, gagnez autant.

Je n'ai pas de pétrole, pas de talent particulier, mais j'ai quelques idées. Si de votre côté vous savez pondre du code qui saurait extraire et compiler la substantifique moelle de la base de données wikipédienne (historiques de certaines pages, logs divers), envoyez-moi un mot à pp.lechien /a/ gmail.com.

M'est avis qu'il y a de quoi s'amuser.

mardi 1 décembre 2009

La rançon du succès

Peut-être est-ce la saison. Peut-être sont-ce les sanglots longs des violons de l'automne, qui blessent mon coeur d'une langueur monotone: toujours est-il que, ces derniers temps, j'ai vraiment l'impression que Wikipédia doit faire face à une invasion de boulets. Le pire, c'est que j'ai le troublant pressentiment que ce n'est que le début.

J'essplique.

Voici plus d'un -voire deux ou trois- mois que je suis embarqué à discuter sur plusieurs articles, tous aussi obscurs les uns que les autres et abordant autant de thèmes distincts, avec des individus voués à défendre envers et contre tout (et tous) une position plus ou moins minoritaire, déviante ou simplement fantaisiste. Pour le sommet du palmarès, j'hésite entre celui qui compare les diagrammes de longueur d'onde avec Jean-Marie Bigard, ou le monsieur qui s'évertue à vouloir affirmer que les trois derniers maires de sa commune (4'272 habitants) sont de gauche parce qu'ils ont autorisé la pose de gazon synthétique sur le terrain communal (je n'exagère pas, la mairie avec qui j'ai pris langue m'a envoyé une copie de ses tracts).

Nous sommes cernés par les fous.

Le problème, celui qu'on ne peut régler qu'à moitié en bloquant ou protégeant les pages comme cela se fait tous les jours, c'est que j'ai la désagréable impression qu'ils sont de plus en plus nombreux. Je me demande si ce n'est pas directement lié au fait que Wikipédia, bon gré mal gré, soit devenue une référence et que son mode opératoire ouvert, à défaut d'être compris, apparaisse pour les timbrés justiciers de tout poil comme l'occasion tant attendue de montrer enfin à un public qui n'attend forcément que cela ce qu'est la Vérité.

Avec la démocratisation de l'accès au net et la reconnaissance, ce ne sont donc plus les timbrés éduqués auxquels on doit faire face (les habitués penseront par exemple à JPP), mais désormais aussi les timbrés lambda. La rançon du succès, en quelque sorte, est que la participation contributive et collaborative appelle une autre forme de participation, désormais dénonciatrice et conspiratrice.

J'apporterai donc un bémol au démenti de Möller et Erik Zachte quand à la supposée diminution du nombre de contributeurs: celle-ci est faible et de toute façon attendue certes (les gens qui jouent la surprise n'ont visiblement pas compris pourquoi les chaînes pyramidales ne fonctionnent pas), mais elle cache probablement un élément non mesurable quant à la démographie des participants: les pionniers des premières années, partis au fur et à mesure que les grands thèmes étaient défrichés et ébauchés sont -en toute petite partie, ne soyons pas alarmistes- graduellement remplacés par des individus moins rompus aux technologies et au travail de recherche et rédaction d'une part, et qui d'autre part voient ce projet comme un moyen et non une fin.

C'était peut-être également prévisible, mais c'est troublant.



PS: l'image est un scan d'une manchette du quotidien lausannois 24 heures du lundi 30 novembre 2009. L'article correspondant (décevant au vu des attentes légitimement suscitées chez le Wikipédien lambda) est consultable ici.

mercredi 25 novembre 2009

Planter ses choux !

La lecture du jour: Wikipédia:Requête aux administrateurs#Dénigrement.

Hégésippe Cormier 1 - Reste du monde 0

Un match assurément engagé, avec de bonnes individualités qui se sont exprimées tout au long de la rencontre.

L'arbitre Moyg siffle la fin de la partie, le public siffle l'une des équipes.

Autant dire que la pression, encore une fois, monte sur les épaules de Raymond Domenech.

dimanche 22 novembre 2009

Faites entrer l'accusé

L'un des trucs sympa avec Wikipédia, c'est que quand on n'a pas envie de contribuer sur des articles, on peut aller voir les pages méta et être sûr qu'il s'y passe un truc intéressant, le plus souvent sous la forme d'échanges violents et emprunts d'une certaine dose de mauvaise foi, d'a priori ou d'idéologie n'ayant que peu à voir avec la construction d'un "projet d’encyclopédie libre que vous pouvez améliorer". Les pages de l'espace non-encyclopédique constituent, de fait, une zone éminemment politique.

Dans un tel projet, c'est un peu the West Wing qui rencontre La Caravane de l'Étrange (avec, nous l'avons vu à différente reprises, des éléments de Dallas et du Fugitif). J'aimerais dire que je suis au-dessus de tout cela, que le Vieux Sage sur sa montagne son blog regarde tout cela d'un air détaché et contribue avec sérénité mais en fait, soyons honnêtes, je ne m'en lasse pas (et n'ai pas la prétention d'être sage): sans toutes ces discussions stériles et futiles, ces pleurs, hauts cris et ronchonnements, la fréquentation des pages de maintenance lutterait pour susciter un intérêt supérieur à la rediffusion d'une vieille série polonaise. Pourquoi sinon aurait-on autant de non-admins qui suivent le BA?

Ces considérations oiseuses mises à part, on y lit aussi des choses très, très pertinentes, la dernière en date lors des nombreuses discussions autour de la (re-)candidature de Vyk au poste d'administrateur. Je parle ici de l'avis donné par l'utilisateur Buisson38 à propos de la façon qu'ont les bureaucrate d'aborder le décompte des votes lors desdites élections (la question étant: le même poids est-il donné aux votes pour et contre?).

Premier élément de pertinence qui me fait dire que derrière Buisson38 se cache quelqu'un de bien: à une question posée sur la page de discussion d'une candidature d'admins mais qui ne concerne in fine que les seuls bureaucrates, sa réponse commence par tu devrais directement la leur poser.

Vient ensuite le plat de résistance, que je recopie ici sans autres tellement il met exactement le doigt sur le processus tel qu'il est au jour d'aujourd'hui:
"ce ne sont pas le nombre ou les motivations de ceux qui votent pour qui importent mais bien le nombre et les motivations de ceux qui votent contre. Dit autrement, la charge de la preuve appartient à ceux qui s'opposent à l'attribution des outils d'administrateur à un utilisateur: c'est à eux de démontrer que le candidat n'en est pas digne. La procédure se rapproche donc plus de celle d'un procès ou l'accusé est présumé innocent et ou c'est à l'accusation de faire la preuve de sa culpabilité. Ce qui est cohérent avec le fait que WP ne soit pas une démocratie: nous ne sommes pas des votants, plutôt des jurés."
En voilà un qui n'a pas 600 éditions mais a déjà tout compris. Comme quoi, Wikipédia ça n'est pas si compliqué.

J'essplique (ou plutôt, je développe).

Dans un monde idéal, tout le monde devrait avoir des droits d'admins sur Wikipédia. Ou, plutôt, il ne devrait pas y avoir de contributeurs avec des droits supplémentaires de blocage et de protection de page. La réalité, c'est que dans toute population on trouve au moins la moitié des sujets en-dessous de la moyenne1. On a bien sûr des collégiens, mais aussi des artistes/universitaires en mal de reconnaissance, des individus avec un agenda (politique, religieux), ou des personnes manquant tout simplement parfois, soyons polis, d'une certaine sérénité dans l'action.

Une élection d'administrateur porte donc particulièrement mal son nom en ce qu'on n'élit pas quelqu'un sur un putatif programme ("Wikipédia aux Wikipédiens"; "Non aux expulsions d'IP"; etc.) mais en réponse à une simple question: fait-on assez confiance au candidat pour agir avec un minimum de bon sens et ne pas multiplier les erreurs de jugement dans l'usage de ses droits acquis?

Et c'est là, effectivement, que les votes contre comptent: quelqu'un n'ayant jamais eu de soucis avec le candidat peut se contenter de répondre d'un simple "oui" (ou des banalités du style "me paraît sympa"). Le votant contre, pour sa part, aura plus d'éléments de doute qu'avec un peu de chance il pourra substantier par des citations ou liens2.

Dans cette optique, il devient évident pour les bubus (en tout cas moi) que la lecture des avis est primordiale pour faire un usage raisonné de leur pouvoir discrétionnaire: autant je survole sans trop lire les rejets systématiques commis par Guil2027 (qui ne répond pas à la question), autant celui émis par un David Berardan (contributeur expérimenté et posé) compte pour dix.



1. Dit plus abruptement: nous sommes cernés par les andouilles.
2. Mais c'est accessoire, une impression émise de bonne foi suffit: ce n'est pas un vrai procès non plus.