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mercredi 21 décembre 2011

Effet vautour

La suite de ma petite réflexion de lundi sur le fait qu'il y a tous les jours des gens qui meurent, c'était de me demander si en fait Wikipédia, qui a atteint une certaine maturité depuis quelques temps déjà, "profite" encore de ces décès par effet piranha, ou si elle se contente simplement désormais d'offrir une information relativement complète au curieux de passage.

La réponse, comme toujours, est "les deux mon capitaine".

On a deux types de morts célèbres: les gens célèbres parce qu'ils sont morts (on pensera à Mohammed Bouazizi), et les gens célèbres qui meurent (Oussama ben Laden). Entre les deux, on trouve une catégorie intermédiaire et probablement plus vaste de gens anciennement célèbres, ayant pris leur retraite, et de retour pour un temps dans l'actualité parce que décédés.

Pour deux de ces catégories, il est évident que l'actualité apporte un flot d'informations qui n'étaient peut-être pas disponible auparavant. Dans le cadre du présent billet, je me suis du coup concentré sur les gens qui n'avaient pas besoin de mourir pour qu'on sache qu'ils existent. La première surprise que j'ai eue à ce niveau est que même les gens connus voient un pic de fréquentation assez époustouflant sur leurs articles lorsqu'ils quittent la scène. Voici ce que j'ai constaté pour neuf "célébrités" tirées un peu au hasard:

Croissance de la fréquentation des articles le jour de l'annonce du décès par rapport à la veille.
Vous lisez bien: la fréquentation de l'article sur la chanteuse Amy Winehouse a été multipliée par plus de 1'600 entre les 22 et 23 juillet 2011. De 280 visites on est passés d'un coup à 450'000, ce que pour le coup je trouve assez énorme. Même si les variations sont moins dramatiques pour les autres elles restent substantielles, avec des creux pour Gbagbo (qui n'est "que" mort militairement) et Khadafi, dont la chute aura été pour tous deux relativement longue et aura donc distribué le trafic sur une période plus étendue. Pour l'anecdote, l'ancien président Jiang Zemin n'est pas mort non plus, mais une rumeur diffusée sur une seule chaîne de Hong-Kong et reprise l'espace de quelques heures seulement en occident aura visiblement suffit à faire son petit effet.

L'augmentation du traffic étant établie, je suis allé voir la variation de la taille de ces mêmes articles entre la veille du décès et aujourd'hui:

Tailles des articles avant et après l'annonce de décès (kilooctets)
Nouvelle surprise: à hausses de fréquentation inégales, croissance des contenus à peu près égale - environ 20% de contenu en plus (en texte brut), avec Annie Girardot et Steve Jobs qui dépassent un peu1. Autre détail intéressant: les chiffres concernant l'ancien secrétaire d'État américain Warren Christopher sont pris sur la version anglophone mais totalement similaires (+17%). Non indiqué, Vaclav Havel est dans les mêmes termes sur le wiki en tchèque (+19%).

La conclusion immédiate que je tire, ou plutôt les conclusions, sont pour l'heure les suivantes:
  1. Même un article qu'on peut considérer comme relativement complet profite en terme de contenu d'un effet d'annonce lié à son sujet (en l'occurence un décès), et cette croissance est substantielle;
  2. La quantité de nouveau contenu apporté n'est pas liée à la taille initiale de l'article, et elle n'est pas liée à l'augmentation de la fréquentation: il faudrait par ailleurs voir s'il y a eu des protections ou semi-protections en écriture intempestives qui auraient pu brider les progrès.
Des chiffres intéressants, donc: il faudrait étendre la taille de l'échantillon pour voir si on a mis là le doigt sur une simple coïncidence ou une vraie règle empirique de Wikipédia. Ce sera toutefois pour un autre jour2.


1. +45 et +67%, respectivement, alors que les autres sont entre +13 et 26%. J'aurais tendance à mettre Annie Girardot dans la catégorie des gens dont on se rappelle à cause du décès, l'essentiel de sa carrière s'étant fait avant l'avènement de WP (j'ai retrouvé une progression similaire pour Jean Amadou, d'ailleurs).
2. Je lis toutefois que l'ex-président mexicain Miguel de la Madrid ne va vraiment pas fort: il sera intéressant de regarder ce qu'il se passe sur :es dans les prochains jours.

lundi 12 septembre 2011

C'était hier

C'était un mardi, je crois. Ma colocataire m'avait demandé de passer à l'agence lui acheter un billet d'avion pour Noël, et je suis arrivé à l'ouverture, un peu après 9h. Il y avait deux personnes dans le bureau. Je me suis dirigé vers une dame entre deux ages et lui ai indiqué que j'aimerais acheter un vol pour la France. "Impossible, m'a-t-elle répondu, tous les serveurs sont suspendus. Apparemment un avion s'est écrasé dans le World Trade Center à New York". "Pardon?" "Le site internet de CNN est inaccessible, je n'en sais pas plus."

C'est un détail idiot, mais c'est quand elle m'a dit que CNN était inatteignable que je me suis dit que ça devait être vrai. J'ai également tout de suite pensé à un attentat, et me souviens m'être fait la réflexion que celui qui avait goupillé cette affaire devait vraiment être un génie du Mal, un peu comme dans les comics américains1.

Je suis du coup retourné au labo. On avait sorti des télés de je-ne-sais-où pour les mettre dans la cafetéria, et les gens regardaient en silence. Un deuxième avion avait fait le plongeon pendant mon trajet jusqu'ici. On n'a pas beaucoup travaillé ce jour là - personne ne savait ce qu'il se passait, des rumeurs complètement délirantes de dizaines d'appareils manquant à l'appel circulaient. J'habitais Montréal, à 600 km de New-York, et toute la journée des gens en panique ont couru dans les écoles retirer leurs enfants.

Dix ans plus tard, je me dis que le 11 septembre 2001 aura eu assez peu d'influence sur ma petite vie. Mais c'est sûr que je m'en souviendrai.

Sur Wikipédia, c'était un peu différent. La version francophone du projet existait depuis exactement quatre mois (création le 11 mai 2001), mais un changement de serveurs fait que les historiques ont disparu et qu'on ne saura peut-être jamais si cet événement aura fait partie de la cinquantaine (50!) d'articles créés pendant l'année 2001. Ce qu'on sait, par contre, c'est qu'un an plus tard celui-ci existait et qu'il ressemblait à ça:

Les faits

C'est le jour où les États-Unis subirent plusieurs attaques terroristes, deux avions de ligne ont été détourné pour s'écraser sur les tours jumelles du World Trade Center, un sur le Pentagoneet un qui n'a pas réussi sa mission grâce au courage des voyageurs. Ces attaques sont atribuées à Oussama Ben Laden.
Un groupe, le Réseau Voltaire, a fourni une explication différente de cette journée (http://www.reseauvoltaire.net/index-11sept.htm). Selon ce groupe, ces attaques seraient un complot du gouvernement américain. Cependant, aucun spécialiste n'a confirmé cette analyse. Elle est plus souvent considérée comme une élucubration que comme une révélation.
Théorie du complot et fautes d'orthographe sont d'origine et resteront là pendant quelques mois encore. Pour mémoire, l'article actuel ressemble désormais à ceci, contient plus de 160'000 signes, 231 notes et références, le tout s'étalant sur 38 pages. 

Il y a quand même eu pas mal de réécritures au cours des années: 4030 modification par près de 1300 personnes (vandales compris). Contre toute attente, j'ai été surpris de découvrir que la croissance du contenu aura été remarquablement régulière:

Taille de l'article sur les attentats du 11 septembre 2001 (en kilooctets).
Tout cela m'amène deux réflexions:
  1. La première, c'est que WP ne s'est vraiment pas construite en un jour. On peut difficilement tirer de grandes théories d'un cas unique -surtout s'il est aussi unique- mais j'aime à penser que cet exemple montre combien le contenu global doit un tout petit peu à beaucoup de monde. C'est l'accroche du projet depuis le début -1 millions de gars moyens écriront plus et pour moins cher que dix génies- mais, c'est toujours bon de le rappeler; 
  2. La deuxième, c'est que la Wikipédia d'il y a dix ans a disparu pour de bon. Le niveau de réactivité et de sophistication du rédacteur moyen en 2011 est incomparablement supérieur. Personne n'a pris de cours, mais pourtant tout le monde a appris l'outil.
Le second point me semble particulièrement important. On s'est beaucoup congratulés sur le fait que Wikipédia avait dix ans et plusieurs millions d'articles. Mais ça, en deux pannes de serveurs on peut le perdre. Le point saillant, pour moi, c'est qu'après dix ans on n'écrit plus et, surtout, on ne lit plus comme avant. Parce qu'elle était faillible et le revendiquait, Wikipédia a semé les graines d'un certain esprit critique et montré le potentiel d'une nouvelle culture de travail. C'est immatériel, mais c'est important. Et ça, pour le coup, ça a aura eu une sacré influence dans ma vie.


1. Incassable était sorti quelques mois plus tôt. Dans ce film Samuel Jackson (le méchant) provoque d'énormes attentats pour découvrir celui qui, contrairement à lui atteint de la maladie des os de verre, peut résister à tous les chocs (Bruce Willis, le gentil). Bon film.

jeudi 18 août 2011

Wikipédia et journalisme, une histoire d'amour

Pour plein de très bonnes raisons, j'ai passé le mois de juillet à faire du journalisme scientifique au sein de la rédaction d'un quotidien suisse romand plutôt bien réputé. Rien à voir avec ma vie de wikipédien, sauf que... difficile de faire des séparations claires quand on porte différentes casquettes: on y rencontre des journalistes qui vous ont interviewé au sujet de Wikipédia dans le passé, et à la première mention du mot "wikipédia" dans un briefing de la rédaction, un des rédacteurs en chef rigole en vous regardant en disant "attention, on est surveillé !" Car évidemment, il avait fouillé Google avant votre arrivée pour savoir ce que vous faites de votre vie.

Alors tant qu'à faire, voila un petit résumé de ce que j'ai appris des relations entre Wikipédia et le journalisme, que ce soit pendant ce mois ou lors d'interactions précédentes. Je préviens tout de suite: pour tous les lecteurs qui ont un peu de bon sens, aucune révélation fracassante n'est à prévoir.

Commençons par l'évidence: les journalistes utilisent Wikipédia (tous !), et les journalistes aiment Wikipédia. Tout le monde est au courant1, mais impossible d'avoir le moindre doute, entre les articles imprimés que j'ai vu sur divers bureaux2, les fois où j'ai entendu "même sur wiki, y'a rien à ce sujet"3, ou divers discussions surprises ici et là complimentant le site.

Surtout, les journalistes comprennent comment utiliser Wikipédia, et savent quel crédit apporter (ou non) à son contenu, quoi qu'en dise l'AFP. Bon, en théorie, juger la qualité des sources, c'est un peu leur métier, mais théorie et pratique ne sont pas forcément pareils... A ce sujet, je vous laisse lire l'excellente chronique de Jonas Pulver, journaliste au Temps:  Wikipédia et les médias, la poule et l’œuf qui résume bien la situation4.

Tout n'est pas parfait: la plupart des gens avec qui j'ai discuté ne comprennent pas comment est éditée Wikipédia. Mais ce n'est pas spécifique aux journalistes: je crois que c'est le cas d'à peu près tout le monde hors communauté wikipédienne. Combien de fois ai-je été présenté comme "celui qui décide de l'acceptation des modifications pour les articles concernant la Suisse". Euh... non. "Toi tu fais partie de ceux qui peuvent éditer sur Wikipédia ? Y'aurait un truc à changer ici". En gros, on sait qu'il n'y a pas besoin d'être spécialiste pour éditer Wikipédia. Mais on imagine quand même souvent une petite barrière à l'édition, ou un certain processus de modération.

Quid des journalistes qui contribuent dans Wikipédia ? J'ai trouvé un compte, avec quelques petites modifications au fil des ans (et une tentative de sauvetage désespérée d'une page proposée à la suppression). Les éditions faites via l'adresse IP partagée au sein du journal5 suivent le même profil. Rien de très étonnant: après une journée de travail, les journalistes n'ont pas forcément envie de ramener du travail à la maison.

Reste encore un point intéressant, mentionné par Jonas Pulver dans sa chronique: les journaux utilisés comme source sur Wikipédia, quelque chose qui fait peur à certains journalistes, parce que s'ils connaissent leur niveau de compétence sur un sujet ou un autre, le lecteur (ou le rédacteur wikipédien qui cherche une source) ne le connaît pas. Exemple: j'ai écrit un article dans un domaine où je ne suis pas spécialiste, mais j'ai eu quelques jours pour me documenter, lire les publications scientifiques correspondantes, m'entretenir avec deux spécialistes, puis, après écriture de l'article, le faire relire par l'un d'eux. Un autre jour, à 16 heures, on a encore un bout de page vide et ça tombe bien, voila un sujet qu'il faut traiter. Je dois partir dans deux heures. J'ai le temps de lire l'article scientifique en diagonale, parcourir deux sites de vulgarisation qui viennent de traiter ce sujet et m'apportent un peu de contexte, puis je dois écrire mes 1800 signes. J'ai à peine le temps de le relire moi-même, ne parlons même pas de le soumettre à un spécialiste. Même journal, même rubrique, même auteur, à peu près le même niveau de compétences sur le sujet. Dans un cas, je suis très confiant sur le résultat, dans l'autre, je n'ose même pas relire l'article maintenant de peur de ce que je pourrais y trouver. Comment jauger la qualité de cette source pour une personne externe ? Dans ce contexte, entendre un argument du style "La source est une publication réputée" fait sourire. C'est le cas du Temps en général, mais pas forcément de tous les articles pris individuellement...

A venir pour un prochain billet: un mot sur l'utilisation d'images libres dans les journaux, puis, s'il y a encore des lecteurs, mon expérience personnelle.

1. A part peut-être une bloggueuse qui a récemment décidé d'améliorer la qualité de la blogosphère francophone en arrêtant d'y publier.
2. Le premier que j'ai repéré était l'article sur Georges Pompidou.
4. Et si vous cherchez de la lecture, cette série de chroniques nommées La Vie Numérique sur le site du Temps est excellente.
5. Une bière samedi à celui qui arrive à l'identifier.

mardi 9 août 2011

Citez les sources qui vous citent

On a déjà parlé du fait que publier un article scientifique à propos Wikipédia n'est plus vraiment une nouveauté. Le graphique ci-contre est celui que je vous présentais en avril dernier: quand bien même on n'y voyait que les chiffres jusqu'en 2007, la tendance y est plutôt nette.

Pour l'anecdote (et pour rappel), sachez que la plupart sont des articles liés à l'informatique et à l'organisation de connaissances en réseau. Un peu aride et pas très surprenant.
La bonne nouvelle, c'est qu'une nouvelle publication sur le sujet vient de sortir, avec des chiffres quelque peu mis à jour. On a désormais quelque chose qui ressemble plus au graphique de gauche1. En tant que tel on n'y voit rien de nouveau, si ce n'est qu'on remarquera un début de tassement - vient bien un moment où après dix ans l'essentiel de ceux qui ont quelque chose à dire se sont fait connaître.


Le petit plus de cet dernière publi, par contre, vient d'un nouvelle donnée que les auteurs ont choisit d'inclure dans leurs recherches: le nombre de fois où Wikipédia est citée comme source:

Outre le fait qu'elles sont beaucoup plus nombreuses, le tassement me paraît également beaucoup moins évident: on hésite apparemment de moins en moins, dans les publications sérieuses, à admettre par exemple que la définition introductive donnée sort directement de Wikipédia - et qu'elle est tout à fait correcte.

Ceci devrait faire plaisir aux contributeurs wikipédiens il me semble, car cela montre la progression de l'image du projet et la popularisation de son usage. Mais un point amusant qui en découle est que Wikipédia, à terme, pourrait se voir citer des articles qui la citent: ça ressemble drôlement à de la référence circulaire, qui comme chacun le sait est un des nombreux avatars du Mal™.



1. Les chiffres sont différents du premier car les auteurs utilisent une autre base de données (scopus), et ne distinguent pas les articles publiés des publications lors de conférences scientifiques.

mardi 2 août 2011

Trois heures pour un article

Comme Jack Bauer, mais en plus cérébral.
J'ai participé aujourd'hui à la seconde édition de 24 heures pour un article, sorte de mini-wikiconcours où il n'y a rien à gagner d'autre que d'améliorer un article sur Wikipédia. Le thème du jour: la traduction d'articles liés aux projets GLAM et ses Wikipédiens en résidence.

Bon, celui que j'ai choisi était relativement court (Jacques Seligmann & Company, illustre maison d'art dont j'ignorais jusqu'à l'existence à mon réveil ce matin), et ni une ni deux la traduction aura été pliée en tout juste trois heures et à quatre mains. Et je suis content.

Il n'empêche, traduire des articles en règle générale m'ennuie prodigieusement; et voilà que je boucle en trois coups de cuiller à pot un sujet sur lequel je ne connais rien et qui, a la base, ne m'intéressait pas (mais beaucoup plus maintenant - j'ai quand même appris pas mal de trucs, c'est la magie des articles connexes).

On sous-estime parfois beaucoup ce petit côté défi pour aider à la motivation des troupes.

Ps: il en reste, si jamais.

mercredi 6 juillet 2011

Tout est philosophy

Moyg l'avait mentionné sur son blog, il y a quelques semaines: en cliquant sur le premier lien interne de chaque article de Wikipédia en anglais, on finit par arriver à l'article philosophy. C'est la glaneuse/Alithia qui a du être contente.

Ce postulat est maintenant vérifiable de manière plus systématique grâce à Xefer, qui en plus produit une sorte d'arbre phylogénétique du chemin à parcourir (et le fait aussi en français!):

Batman, artichaut, cochon d'Inde: même combat.
Je soupçonne que c'est peut-être aussi révélateur de la manière dont le savoir à l'occidentale se construit: j'ai essayé avec la version japonaise, et ça n'a pas vraiment marché.

lundi 4 juillet 2011

Suivez son blanc panache

FYI, Jimbo Wales (qpssl) commente ses éditions dans l'espace encyclopédique, virgule, lui.


Plus étonnant (et digne d'être souligné), même en cas de vandalisme/erreur factuelle il ne se contente pas d'appuyer sur le bouton de révocation, mais il commente le pourquoi du comment. 

Je doute être ici seul dans ma paroisse: s'il vous arrive de surveiller votre liste de suivi en vous basant sur les pseudonymes, la taille des éditions et les commentaires de modification, vous serez bien d'accord pour dire que ça facilite pas mal la vie que de savoir à quoi s'attendre (et ça évite des clics inutiles si le commentaire est suffisamment limpide - genre "corrections typographiques" ou "ajout de références").

Conclusion, au moins pour ceux qui ont peur de ne pas être assez disciplinés pour le faire systématiquement:
Note: valider c'est complémentaire et c'est bien aussi.

dimanche 15 mai 2011

Les trois solitudes

Pain+frites+fricadelles+mayo = EPIC WIN!
Contrairement à ce qu'on pourrait penser ce billet ne parle pas des Canadiens mais, actualité personnelle aidant, de nos amis les Belges.

J'étais donc cette fin de semaine dans le Plat Pays, mangeant d'excellentes frites1 et découvrant qu'une bière de taille moyenne y fait quand même 0,5 litres. Mon voisin d'avion à l'aller, haut fonctionnaire européen, m'entretint de sa vision du pays à l'aune de sa propre expérience tchécoslovaque2.

Je vous épargne les détails, mais il semble qu'en lisant la presse la presse wallone (Le Soir) et flamande (De Standaard, donc pas non plus les tabloïds), on soit confronté à deux versions totalement différentes de la même histoire - un peu, selon la propre expérience de mon interlocuteur, comme ce qu'on voyait de Prague et Bratislava circa 1991-92. Détail inquiétant pour les Belges: ça n'était selon lui pas le cas il y a encore dix ans.  

Comme on m'a judicieusement appris à faire confiance mais à vérifier, je suis allé voir ce qu'en disait Wikipédia. Ou plutôt ce qu'en disaient les Wikipédias, la néerlandophone et la francophone.

Échantillon totalement non représentatif mais toutefois symbolique, j'ai choisi deux articles potentiellement connotés, à savoir 
  1. Bart de Wever, leader de la N-VA d'extrème-droite flamande (dixit mes potes belges); et
  2. la Wallonie, repère de chômeurs depuis trois générations (dixit mon collègue belge - vous aurez compris que les premiers et le second ne vivent pas dans le même coin).
Commençons par l'ami Bart, qui avec un prénom comme ça ne peut être totalement mauvais homme. En fait si, car les deux versions parlent de Controverse à son sujet. En néerlandais, on apprend donc que
Le Vlaams Belang a tenté de compromettre De Wever en montrant une photo de 1996 le trouvant aux côtés de Jean-Marie Le Pen, du parti français d'extrème-droit Front national, prise lors d'une conférence à Anvers du club de débat Vlaams-Nationale. De Wever a par la suite nié tout lien avec l'extrème-droite. La photo a été publiée sur le site de Filip Dewinter3.
Chez les francophones, c'est presque la même histoire. A quelques détails près. La section pour commencer ne s'appeller pas juste Controverse, mais Controverse sur ses liens avec l'extrême-droite:
Le Vlaams Belang a essayé de mettre De Wever en difficulté en faisant publier une photo datant de 1996 et le représentant aux côtés de Jean-Marie Le Pen du parti d'extrême droite français Front national, prise à l’occasion d’une conférence organisée par le Vlaams-Nationale Debatclub à Anvers. De Wever s’est défendu d’avoir un quelconque lien avec l’extrême droite, mais certains mettent en doute la sincérité de ses explications103. La photographie fut dévoilée sur le site web de Filip Dewinter.
Tout pareil, à 10 mots prêt. On retrouvera ces mots qui font toute la différence dans le paragraphe suivant, qui traite d'un accrochage au sujet de l'attitude d'Anvers dans la déportation de Juifs pendant la guerre avec, en français toujours, un "ce qui n'empêcha pas certains commentateurs de considérer qu'il frôlait le négationnisme105". Ces commentateurs-là ne parlaient visiblement pas le flamand (c'était La Libre Belgique), car on ne les y a apparemment pas lus.

La Wallonie est traitée un peu différemment4. On apprend chez les francophones et dans une section dédiée qu'elle dispose d'un "Projet de Société" socialiste (article détaillé: le renardisme), français (article détaillé: rattachisme) et comme région d'Europe. Les néerlandophones parlent plus simplement d'un mouvement wallon (Waalse Beweging), né vers 1912 et qui prit son essor avec la grève générale menée par André Renard en 1960-61. On apprend toutefois que le mouvement, surtout en regard de son équivalement flamand, est d'une envergure "marginale".

Tout ça pour dire qu'on a apparemment deux façons de voir les choses et que si on me demandait mon avis c'est pour l'instant du côté francophone qu'on a un soucis de neutralité. Ne nous leurrons pas, ce n'est pas un problème belge: on trouvera sûrement pareilles nuances entre wikis catalan et hispanophone, bretonnant et francophone, russe et ukrainien. Et vu l'usage extensif des sources qui est de plus en plus fait, ce n'est certainement pas un problème wikipédien.

Je n'ai, bien évidemment, pas de solution à apporter, sinon qu'il faut toujours se méfier de ce qu'on lit.



1. Les meilleures ne se trouvent pas à la Maison Antoine, qui mérite pourtant le détour, mais dans une baraque à frites d'Ixelles dont je garderai le nom et l'emplacement cachés au fond d'un coffre dont la clef est elle-même au fond d'un puit.
2. Ma règle est que si quelqu'un parle couramment trois langues de plus que moi, dont le tchèque, l'estonien et le néerlandais, il mérite d'être écouté.
3. Leader du parti concurrent Vlaams Belang.
4. J'étais quand même surpris de découvrir qu'il n'y a de section " Économie de la Wallonie" dans aucune des deux versions.

jeudi 12 mai 2011

Wikipédia, produit occidental

Je répercute ici le dernier billet d'Erik Zachte, statisticien de la Fondation Wikimedia, et qui nous parle encore une fois de géolocalisation des éditions. Sauf que comme il est très fort et qu'il a accès au Ventre de la Bête, ça donne un résultat vraiment pas mal. Le principe: répertorier l'intensité et l'origine des éditions réalisées sur divers projets linguistiques le 14 février dernier, et voir leur évolution au cours de la journée.

Le lien direct vers l'animation est ici. Jouez avec tout votre soûl, j'aimerais pour ma part soulever quelques points qui m'ont paru intéressants.

Première image: la distribution des éditions, tous langages confondus.

Cliquez pour agrandir.
C'est une évidence mais c'est toujours mieux quand on le dit: pour éditer sur Wikipédia il faut 1. une connexion internet et 2. du temps de loisir, deux choses pas forcément disponibles de par le monde.

Du coup, à part l'Europe, la Côte Est américaine, le Japon et une ou deux grandes zones urbaines par-ci par là (Sydney, l'axe Buenos Aires-Rio, Taiwan et Israel), c'est plutôt calme.

Deuxième info d'intérêt: les wikipédiens sont polyglottes. Cela se voit un peu sur cette carte des contributions sur les principaux langages (mais distingués par couleur):

Cliquez pour agrandir.
Où l'on constate que les Indiens et Philippins contribuent avant tout en anglais (les points rouges y dominent). C'est encore mieux sur cette carte là, qui justement n'indique que les éditions en anglais:

Cliquez pour agrandir.
Où l'on s'aperçoit que l'Europe continentale contribue substantiellement dans la langue de Shakespeare. Un phénomène évidemment moins évident pour le français, mais qu'on trouve un peu hors de ses frontières linguistiques traditionnelles quand même:

Cliquez pour agrandir.
On relèvera l'intensité du côté Sud-Ouest de l'Ontario, pas énorme mais pas inexistante à côté de la vallée du Saint-Laurent, le Sud-Ouest de l'Allemagne et, surtout, le désert abyssal que représente l'Afrique, tant maghrebine que sub-saharienne. Je sais d'expérience qu'on y parle un très bon français mais, que ce soit pour des raisons économiques ou culturelles, on a visiblement mieux à faire de ses journées.

Et donc quoi? C'est intéressant, mais il manque une certaine granularité et longueur de temps (un mois? une année?) pour en profiter réellement.

Ce que je relève surtout avec ces contributions en anglais qu'on voit un peu partout en Europe et en Inde, c'est que Wikipédia est encore un produit occidental pour élites occidentalisées. Ce n'est pas un mal en soi, mais ça permet en tout cas de contextualiser l'importance des plans de la Fondation visant à faciliter l'accès aux locuteurs de nouveaux idiomes. Il y a du potentiel, vu que les classes moyennes indienne et chinoise comptent paraît-il entre 50 et 300 millions d'individus chacune, mais il y a peut-être aussi un fossé culturel qu'il faudra franchir pour y arriver.

mercredi 4 mai 2011

Anniversaire

Je viens de réaliser qu'il y a sept ans la semaine dernière (fin avril 2004) je commettais ma première modification sur Wikipédia, sous IP et depuis mon boulot de l'époque. Je suis revenu un mois plus tard, puis plus rien pendant cinq mois, où j'ai eu la bonne idée de vouloir rédiger un pavé plus ou moins pompé d'une fiche pays que j'avais pondue... en me basant notamment sur des infos glanées sur Wikipédia en anglais (c'était le temps où Wikipédia en français n'était qu'un grand vide parsemé de liens rouges).

3'000 octets d'un coup et sans interwikis, je me dis avec le recul que c'était logique pour le patrouilleur RC de l'époque de me révoquer - article blanchi car "copié de jesaispasoù".

J'ai réussi à argumenter de ma bonne foi, l'article a été "déblanchi" par un admin (je n'avais visiblement pas compris ces questions d'historique) qui en plus a wikifié tout ça. C'est avoir le sens du service.

Je ne suis pourtant revenu créer un compte que trois mois plus tard (mi-janvier) - il aura donc fallu huit ou neuf mois avant de se lancer dans le bain. 
Sept années de wikiévolution (allégorie).
Ca peut paraître long, mais finalement c'est passé assez vite.

mercredi 27 avril 2011

Les nouveaux

Les nouveaux ne sont pas des Wikipédiens comme les autres. En fait, si l'on y regarde de très près, à peine un cinquième se conduisent d'emblée comme de bons petits Wikipédiens - il faut donc croire que c'est une attitude beaucoup plus acquise qu'elle n'est innée.

J'essplique.

Je suis allé ce matin consulter le journal des créations des comptes utilisateur sur Wikipédia, histoire de voir ce que nos potentiels nouveaux correligionaires avaient sous le capot. J'ai comme d'habitude pris au hasard une tranche de 100 comptes que j'ai utilisés comme étalon de ce qui suit. Caveat emptor, donc: cela ne représente qu'un échantillon restreint à un instant t, et peut légèrement différer de la réalité des 450 comptes créés quotidiennement. D'un autre côté, ça peut aussi permettre de se donner une bonne idée ce à quoi ces 450 peuvent ressembler.

Bref. Premier constat (et première surprise), ce n'est pas parce qu'on crée un compte qu'on va se mettre à contribuer dans la foulée. Bien au contraire:

Même en ayant eu le temps nécessaire à la rédaction de ce billet, j'avoue ne pas avoir d'explication au fait que 60% des comptes créés ce matin n'ont commis aucune contribution - même pas une qui fut effacée par la suite. Quelque chose qui me surprend moins par contre, c'est que les quatre cinquièmes de ceux qui se lancent dans la grande aventure du bouton modifier ne le font que sur une seule et même page. Je dirais que c'est la variante 2.0 du "trempons un doigt de pied pour voir si ça mouille".

Zoomons un peu pour regarder ce que font ces nouveaux contributeurs un peu plus déshinibés que les autres:

Je vais partir du principe que tout le monde sait lire et que les catégories sont suffisamment explicites -à défaut d'avoir pu trouver des couleurs suffisamment tranchées-, et faire court dans l'analyse: on a au final assez peu de comptes créés pour vandaliser, pas mal d'autopromotion1, et quelques personnes qui soit comprennent la machine soit, dans un cas sur six, pas du tout - c'est cette dernière catégorie qui pour moi regroupe à la fois ceux qui "font un essai" sur leur page utilisateur, écrivent sur une page méta parce qu'ils se croient sur un forum, et enfin commettent une violation de copyright (le fameux "copyvio"), parce que c'est bien connu que tout ce qu'on trouve sur internet, c'est gratuit. 

De l'autre côté, même si la plupart de ces gens n'auront au final et comme indiqué plus haut contribué que sur un seul article, une bonne moitié l'aura fait pour l'améliorer. C'est pas si mal pour un début.

Derniers chiffres qui n'en sont pas, en guise de conclusion:
  • Toutes les créations autopromotionnelles ont été supprimées, et tous les vandalismes ont été révoqués;
  • La plupart des nouveaux comptes ayant contribué positivement ont vu leur page de discussion gratifiée d'un bandeau de bienvenue (quelques autres aussi), alors que ce bandeau est quasi-inexistant sur les pages des contributeurs "non-contribuant";
  • A l'inverse, tous les vandales / autopromoteurs n'ont pas eu de message d'avertissement sur leur page (ce qui en soit n'est pas forcément un mal, j'y reviendrai à l'occasion).
Il faudra à l'occasion regarder quelle proportion de ces "bons contributeurs" reviennent dans les semaines qui suivent, et quelle proportion de ces vandales et apparentés fait de même. M'est avis que dans les deux cas on aura pas mal de pertes.



1. par exemple le compte "Toto productions" qui créera un article sur, hmm, Toto productions.

mardi 12 avril 2011

Géolocalisation

Sur ce blog l'aspect géolocalisation des articles a déjà abordé avec l'angle de vue utilisation externes : quelques sites webs faisant des trucs plutôt sympa. De mon coté, je vais tenter de décrire l'utilisation de quelques outils pour la géolocalisation des articles.

Géolocaliser un article c'est quoi ?

Géolocaliser un article c'est lui affecter une position géographique précise, le positionner sur une carte. Le problème est que pour l'instant on ne géolocalise qu'un infiniment petit ; on ne peut pas géolocaliser une surface. On comprend rapidement qu'il est assez pertinent et aisé de géolocaliser la Tour Eiffel ou tout autre bâtiment de taille raisonnable. En revanche, la géolocalisation du lac Léman ou de la France ce n'est jamais que faire un choix sur un hypothétique centre géographique de l'entité. A ce niveau l'avenir serait de pouvoir donner une information sur la surface géolocalisée.

Comment géolocaliser ?
Géolocaliser c'est mettre une information géographique dans un article. Dans un premier temps il faut aller chercher cette information. On peut par exemple utiliser Google Maps, ou les géoportails nationaux : le français ou le suisse. Nos amis de la francophonie pourront peut-être nous indiquer des tels outils chez eux : Belgique, Québec, etc.

Vous avez trouvé l'objet que vous souhaitez géolocaliser sur Wikipédia. Ces outils webs permettent souvent par un clic droit de récupérer l'information géographique, elle se compose d'un couple de données numériques : la latitude et la longitude (par exemple : 38.331042,-0.490534). Voir la capture d'écran ci-contre.

Dans l'article deux choix s'offrent à vous. Soit l'article dispose d'une infobox dans laquelle il existe des paramètres latitude et longitude, dans ce cas parfait il faut juste remplir les trous. Soit l'article ne dispose pas d'infobox et il faut utiliser un modèle de géoloc. Je vous invite à prendre connaissance de cet cet outil très pratique. Dans le premier champ, vous copiez le couple de données géographiques, ensuite un clic sur Apply et vous obtenez une liste de modèle pré-remplis avec vos informations géographiques. Il n'y a plus qu'à copier-coller ce modèle dans votre article. On notera que cet outil transforme lui même les données géographiques depuis un système décimal vers un système degré/minute/seconde. On peut donc aussi ne s'en servir que pour cela si l'infobox n'accepte que des géodonnées en degré/minute/seconde.

Géolocalisation et modèle KML :

La géolocalisation trouve une utilisation considérable avec l'util isation du modèle KML. Je place ce modèle dans la catégorie concernant les lacs situés en France; le paramètre de récursion c'est la profondeur de recherche dans les sous-catégories. Les articles inclus dans cette arborescence de catégorie apparaissent sur la carte choisie. C'est super intéressant pour le lecteur. Il peut se promener sur sa carte et découvrir des lacs et aller lire les articles sur Wikipédia.

Autre exemple sur la carte ci-contre, on visualise les monuments historiques dans le centre de Paris.


Effet de bord plutôt intéressant de ce modèle : la détection des erreurs de localisation. Je suis toujours avec ma catégorie de lac en France. Je vais me promener en Corse et hop je trouve un lac en pleine mer Tyrrhénienne. Je corrige donc l'article concernant l'étang de Diane. Rapide et efficace. Ça marche pour plein de sujets à partir du moment où vous avez l’œil pour vous dire que le truc n'est pas à sa place.


Un autre outil !

Maintenant vous savez géolocaliser un article, on peut aussi vous proposer de faire de la maintenance sur le sujet. Parlons donc d'un outil très sympa développé en français par Myst. Le but premier de cet outil est de trouver autour d'un endroit donné des articles non-illustrés. Je reparlerai de cette utilisation dans un prochain billet. Ici l'effet secondaire de cet outil en fait est qu'il donne une liste d'articles mal ou pas géolocalisés. En effet, des infobox donnent par défaut une géolocalisation à (0;0) si les données ne sont pas renseignées. Par bonheur l’intersection du Méridien de Greenwich et de l'équateur se trouve en pleine mer, dans une zone sans vrais articles. Du coup vous pourrez aisément vous dire que l'amphithéâtre de Lucques n'y est pas forcément à sa place.

L'outil de Myst doit être mis à jour de temps en temps. Ainsi quand vous avez fini la liste qu'il vous a généré, il faut demander à Myst de mettre l'outil jour.

Conclusion

Géolocalisez tout ce qui peut l'être et corrigez les erreurs présentes !

samedi 2 avril 2011

Waterloo, morne plaine

Hier c'était le premier avril, jour honni, et pourtant ma liste de suivi (4'750 items quand même) est restée plutôt calme. Trois vandalismes révoqués, trois corrigés par d'autres contributeurs, et aucune modification qui sentait le poisson. Un jour somme toute ordinaire.

Peut-être avons-nous atteint ce point où modifier Wikipédia est devenu un concept tellement banal que plus personne ne pense à y aller exprès pour faire des blagues?

mardi 22 mars 2011

C'est arrivé, et c'était près de chez vous

Trouvé sur Ragtag, une intéressante animation de Gareth Lloyd et Tom Martin basée sur les articles à la fois géolocalisés et datés: condensées sur 100 secondes, les 2'500 dernières années et 14'500 points liés feront frémir l'historien qui sommeille en chacun de nous:







Hérodote avait raison: tout se passe en Europe. On remarque aussi assez facilement de grandes poussées vers 1500, 1800, et 1910. Le temps (ou la narration de l'Histoire) s'accélère, et c'est proprement fascinant.

En y regardant de très très près, on s'aperçoit aussi que l'Angleterre se taille la part du lion, biais naturel d'un wiki anglophone qui géolocalisera et datera plus facilement les articles qui lui sont culturellement proche. Du coup, comme Lloyd donne sa recette, si quelqu'un veut faire pareil en y ajoutant les résultats d'autres wikis pour contrebalancer, qu'il ne se gène pas.

lundi 14 mars 2011

Effet Fukushima

On le sait tous, wikipédia est devenu l'un des sites les plus populaires et les plus visités au monde, et est bien souvent la première chose que l'on va voir quand on ne connait rien à un sujet, ou si peu.

Lorsqu'un sujet (heureusement) relativement inhabituel, comme la probable fusion d'un réacteur de centrale nucléaire suite à un tremblement de terre ayant lui-même déclenché un raz-de-marée, fait les gros titres de la plupart des médias, on peut donc s'attendre à ce que les gens se précipitent sur les articles attenant au dit sujet.

Je ne vais pas faire ici la liste des articles en rapport plus ou moins lointain avec ce sujet (allant du principe du réacteur nucléaire à la tectonique des plaques, en passant par la géographie du Japon et les statues géantes de Gundam qui ont disparu dans la catastrophe - ou pas) pour aller par la suite sur http://stats.grok.se pour dire "Wah, ça monte les consultations". Ça serait vraiment perdre mon temps, et faire perdre celui de ceux qui n'ont rien d'autre à faire que lire ce billet.

Non je ne vais faire ça que pour quelques articles de chimie ciblés (parce qu'après tout je m'occupe de Chimie, Moi).

Or donc (on m'a dit que c'était obligatoire pour faire un billet sur ce blog, alors je m'y plie) , on peut en effet observer un « effet Fukushima » sur quelques articles de chimie, en particulier:
  • iode (stats)
  • iodure de potassium (stats) (modeste article que j'ai créé il y a 2 ans, sans doute par traduction rapide de quelques bouts de l'article de en:, et dont les événement actuels m'encouragent à faire la traduction complète, maintenant que j'ai fini de classer la partie émergée de l'iceberg sur les archevêques français sur commons — cherchez pas y a aucun rapport)
On peut le voir, la consultation a bien progressé, mais c'est presque sans commune mesure avec ce qui se passe sur :en :
Pour ceux qui ne le sauraient encore pas, malgré ce déferlement médiatique, l'iode, et plus particulièrement l'iodure de potassium, est ce que l'on donne préventivement aux gens sur une zone de potentielle contamination nucléaire afin de saturer leur thyroïde (qui est la réserve naturelle d'iode dans le corps humain) en iode127, isotope naturel non radioactif, et éviter ainsi que celle-ci n'absorbe de l'iode131, isotope radioactif produit lors d'une explosion d'un réacteur à fission, et que celui-ci y reste longtemps après exposition entrainant notamment un cancer de la thyroïde.

Par contre, étrangement on observe rien, walou, peau de zob sur fr: (du moins à l'heure à laquelle je parle) - ou si peu - concernant l'acide borique (stats), qui lui sert dans une centrale nucléaire à absorber les neutrons et ainsi arrêter la réaction en chaîne d'une fission nucléaire. Trop technique pour le commun des mortels me direz-vous ? Très bien. Alors pourquoi la consultation de l'article a explosé de 800% sur en: (stats) et de près de 6000% sur de: (stats) ? Alors ?

Alors vous allez me dire, "c'est parce que l'article de fr:, il est naze." Alors d'abord tu surveilles ton langage (p'tit con), et si t'es pas content, tu te sors les doigts du *** et tu l'améliores. On est sur un wiki après tout.

Non, pour reprendre plus posément le fil de mon exposé, la qualité des articles dans les différentes langues n'influe à mon avis pas autant que ça, puisque ne serait-ce que pour savoir si l'article de fr: est... léger... encore faudrait-il aller le voir.

Donc si je devais chercher une explication, je me dirais que c'est extérieur à wikipédia, et probablement vient de ce qui nous envoie cet afflux de lecteurs: les médias. Une rapide recherche google actualités en français me donne, toujours à l'heure où j'écris ce billet, 4 résultats en français, dont 2 pertinents (un article du Figaro et un du Point sur le sujet). Le résultat est évidemment tout autre en anglais et en allemand.

Si je devais en conclure quelque chose, c'est qu'a priori, les médias français semblent plus prompts à informer sur les conséquences d'une explosion nucléaire et le moyen de se protéger des radiations que sur le fonctionnement, et les actions à effectuer pour stopper un réacteur nucléaire. Après tout, comme le soulignait un certain contributeur wikipédien (habituellement à tentacules, en ce moment ressemblant à un un gros canard à l'air débile), ce n'est pas dans un média français qu'on trouverait ce genre de choses...

mercredi 19 janvier 2011

State of Wikipedia

10 ans racontés en 3 minutes, c'est toujours pratique. Bon, la video est en anglais, mais les images sont sympa et ceux qui ne comprennent pas auront au moins entendu la voix du Fondateur (les vrais fans devront juste arrêter de se laver les oreilles après ça). On y apprend notamment que le projet compte deux fois plus de doctorats que la population moyenne... et que 14.6% des contributeurs francophones se revendiquent pastafariens!

Comme il le dit, les Wikipédiens ne sont pas n'importe qui.

via jess3.com.

dimanche 19 décembre 2010

Les premiers Dix Mille

Pour info et via BoingBoing: on a retrouvé les 10'000 premières éditions (à ne pas confondre avec les 10'000 premiers articles) de Wikipédia, commises circa début 2001.

Pas mal de choses suprenantes, et notamment le fait qu'Abbeville est dans le lot (contrairement à la Chine - sic transit gloria mundi). Des fautes typographiques dans les titres, un contenu -forcément- un peu américano-centré (on y trouve tous les amendements à la Constitution) et, cherchez l'erreur, plusieurs dizaines de pages sur la bible libertarienne d'Ayn Rand, La Révolte d'Atlas.

vendredi 17 décembre 2010

Temple of the mind

Pour rebondir sur le dernier billet de Darkoneko, je mets ici en copie le deuxième email que j'ai reçu de Jimmy Wales1 cette semaine et dont le titre est, de manière un peu lyrique, Temple of the mind ("Temple de l'esprit"). La traduction en français faite par Zetud se trouve sur Meta, mais j'explique après pourquoi je garde ici la version anglaise:
Dear Popo,
I'm a volunteer.
I don't get paid a cent for my work at Wikipedia, and neither do our thousands of other volunteer authors and editors. When I founded Wikipedia, I could have made it into a for-profit company with advertising, but I decided to do something different.

Commerce is fine. Advertising is not evil. But it doesn't belong here. Not in Wikipedia.
To keep Wikipedia ad-free, we ask for donations every year on the site. We're sending you this email because we are scaling up our infrastructure this year, and we're simply not able to raise the whole budget from the banners alone.

We have an easy way to make an automatic monthly donation to Wikipedia, and we're looking for people who would like to become sustainers. (Of course you can make a one-time donation as well.)
Please make a monthly recurring gift of $25, $50, $75 -- or whatever you can:

Wikipedia is something special. It is like a library or a public park. It is like a temple for the mind. It is a place we can all go to think, to learn, to share our knowledge with others. It is a unique human project, the first of its kind in history. It is a humanitarian project to bring a free encyclopedia to every single person on the planet.

Every single person.

If all of Wikipedia's 400 million users would donate $1 each, we would have 20 times the amount of money we need. We're a small organization, and I've worked hard over the years to keep us lean and tight. We fulfill our mission, and leave waste to others.

To do this without resorting to advertising, we need you. It is you who keep this dream alive. It is you who have created Wikipedia. It is you who believe that a place of calm reflection and learning is worth having.

This year, please consider making a sustaining monthly donation of whatever amount you like to protect and sustain Wikipedia.

Thanks,
Jimmy Wales
Wikipedia Founder
P.S. -- If you can't commit to a recurring monthly donation, I hope you'll consider making another one time gift to help us reach our goal before the end of the year. Please make your donation today.
Ceux qui auront reçu la première mouture trouveront peut-être comme moi le ton légèrement plus implorant dans cette version.

Comme indiqué par gede dans son commentaire chez Darkoneko, la grande innovation -qui n'est pas présentée dans la version francophone que j'ai trouvée- c'est la possibilité de faire une donation mensuelle. Le système devient quand même sacrément sophistiqué, et ça devrait donner de bons résultats (en fait, c'est déjà le cas): on peut en effet penser qu'il est -paradoxalement- plus facile pour certaines personnes motivées de donner douze fois dix euros qu'une seule fois 100 euros.

La prochaine étape sera quoi qu'il en soit de personnaliser un peu tout ça, car si le message me renvoie correctement vers une page de donation suisse, le langage n'y est pas encore (question corollaire: à quoi servent alors ces traductions? aux bannières? Je l'ignore, j'ai supprimé celles sur mon ordinateur et ne sais comment les retrouver).

Sinon, je rappelle que le site cubain Ecured (qui, étonnamment, à édité l'article espagnol sur Wikipédia pour en enlever entre autres les sections sur son manque de fiabilité) manque elle aussi un peu de moyens:


1. J'aime bien recevoir des emails. La dernière fois qu'un Jimmy m'a écrit, il avait 8 ans et le cancer. Si je faisais suivre sa note à 30 de mes amis, il allait guérir pour sûr. J'espère qu'il va mieux.

dimanche 5 décembre 2010

Demandeur d'asile

Tiens, une fois n'est pas coutume, je vais faire un peu de retape et reprendre des billets ici ou là, les croiser et vous sortir une info incroyable dont vous aurez déjà entendu parler, en fait.

Première chose: il y a quelques jours, David Monniaux nous rappelait que Citizendium, c'est la louze. Pas d'articles, pas de sous, pas de bras, pas de chocolat;

Levée de fonds, circa 2014 (thefrogman)
Et puis ce matin, Darkoneko indique que la levée de fonds wikimédienne de 2010, c'est la louze. C'est vrai qu'ils ont été franchement ambitieux pour le coup, à vouloir quasi-tripler leur objectif de 2009. Mettre la photo de Jimmy Wales aura été utile, mais ce n'est pas non plus un filon inépuisable (et je doute personnellement que cela marche aussi bien l'année prochaine et les suivantes: on s'habitue à tout).

Je me demande du coup si la discussion qui avait récemment eu lieu sur la Mailing-list de la Fondation en novembre et visant à héberger Citizendium sur les serveurs Wiki (de manière à assurer un minimum de diversité) est toujours d'actualité.

La bonne nouvelle, en parcourant Charity Navigator, un site (à but non lucratif?) qui évalue l'efficacité des ONG en fonction des dépenses liées à la réalisation des objectifs, c'est qu'on a une sacrée marge de manoeuvre. Si la Fondation Wikimédia obtient au final 3 étoiles sur 4, c'est essentiellement par sa capacité à faire croître ses revenus de manière exponentielle, pas parce que sa gestion du fundraising est super efficace: à quasi 20% du budget, je trouve que ça fait beaucoup, surtout que je n'ai jamais entendu parler que des bannières sur le site, qui a priori ne coûtent rien.

Rassurons nous, il n'y aura pas de problèmes de tréso: en 2009, la Fondation a apparemment dépensé 3 millions de moins qu'elle n'en a gagnés. L'idée des 16 millions, à ce que j'en comprends, c'était justement de s'affranchir des levées de fonds en vivant des intérêts.

Mais sachant que les Chapitres nationaux gardent 50% des recettes de la collecte effectués chez eux (j'ignore d'ailleurs si les évaluations actuelles prennent en compte ces dons indirects, ou s'ils seront intégrés en fin de campagne), je me demande combien de temps il reste avant que le QG décide de réduire leurs marges.

mardi 16 novembre 2010

T'as d'beaux yeux tu sais

Via Information is Beautiful: vous pourrez inventer les slogans les plus sympas du monde, mais rien ne vaut un contact humain. Ce contact, en l'état, c'est Jimmy Wales, mais ça pourrait probablement être n'importe qui:


Et c'est pareil dans toutes les langues dans lesquelles le message est passé. Apparemment, c'est psychologie 101: j'avais déjà lu une histoire similaire au cours de laquelle les gens laissaient plus d'argent pour du café en libre service quand le propriétaire avait collé une paire d'yeux à côté du pot.