samedi 31 décembre 2011

The End.

Tout a un début, tout a une fin, et c'est aujourd'hui, après quatre ans, que se termine pour moi l'aventure du blog wikipédien.

Il vient toujours un moment où il est bon de prendre un peu de recul et de se réinventer, ne serait-ce que pour éviter de tourner en rond : j'estime avoir suffisamment disserté sur ce projet "qui fonctionne très bien alors qu'il prouve tous les jours qu'il ne devrait pas fonctionner" pour mériter de passer à autre chose. 2011 touche à sa fin dans quelques heures, c'est une occasion comme une autre de clôre ce chapitre.

Merci du coup à ceux qui m'ont lu, lectorat étonnamment nombreux et fidèle: j'espère que l'expérience vous aura été aussi intéressante qu'elle m'a été enrichissante. Merci bien sûr à ma demi-douzaine de co-blogueurs, que j'encourage vivement, pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, à ouvrir leur propre boutique. Merci à la dizaine de livreurs de chaussures: c'est une collection inachevée, continuez à m'en envoyer. Mes excuses, pour finir, à ceux avec qui j'ai discuté d'un billet et que je n'aurai su concrétiser. C'est la vie.

Et comme il convient de le faire dans ce cas, on se quitte bien sûr en chanson:


vendredi 30 décembre 2011

Chaussure postale

Bouloz (FR), Suisse.
Vu que c'est la saison des cartes de voeux, j'ai trouvé qu'une photo de chaussure abandonnée dans une boîte aux lettres serait appropriée.

mardi 27 décembre 2011

Wikimedia Commons interdite aux Mongols

Il est gros, il est mongol: c'est un gros Mongol.
J'espère qu'il n'y a pas de dicton qui énonce qu'une amitié ne se réalise qu'avec de la vodka à dix heures du matin, parce que ça voudrait dire que je n'ai qu'un ami, et que c'est le monsieur présenté à droite. Il s'appelle Natsca, il est mongol et très sympa, d'ailleurs on a bu de la vodka ensemble à dix heures du matin, c'est dire.

Le problème de Natsca (et surtout le mien), c'est qu'il ne parle que mongol, avec un tout petit peu de russe: c'est dommage, parce que s'il savait sûrement plein de choses, il ne pouvait pas trop les partager. Ces choses qu'il savait, et qui à l'époque m'intéressaient énormément, concernaient bien sûr la faune locale, à commencer par les chevaux. 

Fun fact: il existe en mongol six mots pour distinguer un poulain, suivant qu'il ait un, deux, trois, quatre, cinq ou six ans. A sept ans, c'est un cheval (et donc un septième mot).

Imaginons, et c'est bien sûr un exercice de pensée, que Natsca décide de contribuer à Wikipédia. Voire à la banque d'images Wikimedia Commons, avec son savoir équestre et chevalin. C'est une proposition à moitié farfelue seulement quand je vois le temps et l'effort (et donc l'argent) dépensés par la Fondation pour adapter le logiciel MediaWiki à des langages dont j'ignorais l'existence il y a encore un mois.

Le problème toutefois, quand on contribue à Commons, c'est qu'il faut parler anglais, parce que les catégories sont en anglais, avec des translittérations toujours un peu hasardeuses (forcément) si c'est de l'étranger pas latin. Je sens que je perds ici un peu l'attention de mon lectorat, donc on va prendre un exemple concret:

Hop.
Vous pensez ne voir qu'un bête cheval marron/noir (il y a un mot en français pour ça d'ailleurs), alors qu'en fait ce n'est pas un cheval mais un -accrochez-vous- coëoлoн: un canasson de cinq ans. Allez donc me catégoriser ça, tiens. Et tant que vous y êtes, demandez-vous s'il ne serait pas pertinent de remplacer la catégorie Nil bleu par Nil vert ou noir, vu qu'une floppée de langues n'ont pas cette nuance1.

On aura bien compris que les langues étrangères c'est compliqué, et que parfois les étrangers savent des trucs que nous on ne sait pas2. L'étranger qui veut contribuer, puisque la mode c'est de chercher les contributeurs hors du monde occidental, est du coup confronté doublement à la barrière de la langue: non seulement il ne parle peut-être pas celle qu'il faut, mais en plus celle-ci ne décrit pas le monde de manière correcte.

Les catégories, c'est vraiment pourri.

Hors, puisqu'on en est à mettre de l'argent pour bricoler MediaWiki pour les non-romanisés, je me demande combien ça couterait de mettre en place (i) un système d'étiquettes (tags) plutôt que de catégories; et (ii) conjoitement mais au pire tout seul, de faire en sorte qu'on puisse catégoriser dans la langue de son choix. Le système reconnaît déjà ma langue de prédilection quand je me connecte (la plupart des cadres sont en français), il ne devrait donc pas être trop dur de me donner par défaut les catégories dans ma langue, et si elles sont absentes celles de la lingua franca de service. A charge pour moi de traduire au plus près.

C'est une question légitime, non?


1. Ce qui est fou quand on y pense. Ca me rappelle quand j'étais à l'école et essayais de me représenter la valeur de i, nombre "imaginaire". Idem pour les sinus et cosinus: autant vous dire que je n'ai jamais vraiment brillé en maths.
2. Par contre je me suis laissé dire que les eskimos n'avaient pas 50 mots pour la neige comme on le prétend souvent.

vendredi 23 décembre 2011

Rock'n'Grolles

Genève, Suisse.
Mon conseiller en jeux de mots, à qui je dois le titre du présent billet, a encore frappé. Deux fois. Comme c'est un poète, il a intitulé la première photo "la belle" et la seconde "les clochards" (vu la qualité un peu limite du cliché).

Et tant qu'à être exhaustif, les coordonnées de ces deux images sont 46°10'57.6582"N 6°9'22.0068"E pour l'une, et 46°11'49.905"N 6°9'11.5122" pour les autres - que vous aurez bien entendu reconnues comme étant situé au Bout-du-Monde et aux Tranchées, respectivement, noms de quartier poétiques s'il en est.


Les clochards, à Genève toujours.

mercredi 21 décembre 2011

Effet vautour

La suite de ma petite réflexion de lundi sur le fait qu'il y a tous les jours des gens qui meurent, c'était de me demander si en fait Wikipédia, qui a atteint une certaine maturité depuis quelques temps déjà, "profite" encore de ces décès par effet piranha, ou si elle se contente simplement désormais d'offrir une information relativement complète au curieux de passage.

La réponse, comme toujours, est "les deux mon capitaine".

On a deux types de morts célèbres: les gens célèbres parce qu'ils sont morts (on pensera à Mohammed Bouazizi), et les gens célèbres qui meurent (Oussama ben Laden). Entre les deux, on trouve une catégorie intermédiaire et probablement plus vaste de gens anciennement célèbres, ayant pris leur retraite, et de retour pour un temps dans l'actualité parce que décédés.

Pour deux de ces catégories, il est évident que l'actualité apporte un flot d'informations qui n'étaient peut-être pas disponible auparavant. Dans le cadre du présent billet, je me suis du coup concentré sur les gens qui n'avaient pas besoin de mourir pour qu'on sache qu'ils existent. La première surprise que j'ai eue à ce niveau est que même les gens connus voient un pic de fréquentation assez époustouflant sur leurs articles lorsqu'ils quittent la scène. Voici ce que j'ai constaté pour neuf "célébrités" tirées un peu au hasard:

Croissance de la fréquentation des articles le jour de l'annonce du décès par rapport à la veille.
Vous lisez bien: la fréquentation de l'article sur la chanteuse Amy Winehouse a été multipliée par plus de 1'600 entre les 22 et 23 juillet 2011. De 280 visites on est passés d'un coup à 450'000, ce que pour le coup je trouve assez énorme. Même si les variations sont moins dramatiques pour les autres elles restent substantielles, avec des creux pour Gbagbo (qui n'est "que" mort militairement) et Khadafi, dont la chute aura été pour tous deux relativement longue et aura donc distribué le trafic sur une période plus étendue. Pour l'anecdote, l'ancien président Jiang Zemin n'est pas mort non plus, mais une rumeur diffusée sur une seule chaîne de Hong-Kong et reprise l'espace de quelques heures seulement en occident aura visiblement suffit à faire son petit effet.

L'augmentation du traffic étant établie, je suis allé voir la variation de la taille de ces mêmes articles entre la veille du décès et aujourd'hui:

Tailles des articles avant et après l'annonce de décès (kilooctets)
Nouvelle surprise: à hausses de fréquentation inégales, croissance des contenus à peu près égale - environ 20% de contenu en plus (en texte brut), avec Annie Girardot et Steve Jobs qui dépassent un peu1. Autre détail intéressant: les chiffres concernant l'ancien secrétaire d'État américain Warren Christopher sont pris sur la version anglophone mais totalement similaires (+17%). Non indiqué, Vaclav Havel est dans les mêmes termes sur le wiki en tchèque (+19%).

La conclusion immédiate que je tire, ou plutôt les conclusions, sont pour l'heure les suivantes:
  1. Même un article qu'on peut considérer comme relativement complet profite en terme de contenu d'un effet d'annonce lié à son sujet (en l'occurence un décès), et cette croissance est substantielle;
  2. La quantité de nouveau contenu apporté n'est pas liée à la taille initiale de l'article, et elle n'est pas liée à l'augmentation de la fréquentation: il faudrait par ailleurs voir s'il y a eu des protections ou semi-protections en écriture intempestives qui auraient pu brider les progrès.
Des chiffres intéressants, donc: il faudrait étendre la taille de l'échantillon pour voir si on a mis là le doigt sur une simple coïncidence ou une vraie règle empirique de Wikipédia. Ce sera toutefois pour un autre jour2.


1. +45 et +67%, respectivement, alors que les autres sont entre +13 et 26%. J'aurais tendance à mettre Annie Girardot dans la catégorie des gens dont on se rappelle à cause du décès, l'essentiel de sa carrière s'étant fait avant l'avènement de WP (j'ai retrouvé une progression similaire pour Jean Amadou, d'ailleurs).
2. Je lis toutefois que l'ex-président mexicain Miguel de la Madrid ne va vraiment pas fort: il sera intéressant de regarder ce qu'il se passe sur :es dans les prochains jours.

lundi 19 décembre 2011

Open Data Monument Mashup

C'est le projet français du jour: l'essentiel est à lire sur antidot, mais en gros il s'est agit pour un petit malin de:
  1. Prendre la liste des monuments historiques mise en ligne sur opendata, site du gouvernment français; faire pareil avec les gares SNCF;
  2. Prendre les photos de monuments historiques, notamment collectées lors du récent Wiki loves monuments (12500+), avec leur description;
  3. Géolocaliser ce qui ne l'était pas, grâce à Yahoo et Open Street Map, notamment;
  4. Bien mélanger.
et hop, on se retrouve avec un outil assez pratique pour savoir quel monument (ou quel type, ou de quelle époque) se trouve où (et réciproquement):

Des fois que vous alliez vous perdre dans le Finistère pour les fêtes.
Tout ça par une seule personne en quatre jours. C'est sobre, facile à naviguer, potentiellement utile et mieux fait que chacune des sources prises individuellement: et ça se trouve ici

Sale temps pour les vivants

Après les décès de Cesaria Evora et Vaclav Havel au cours du week-end, qui suivaient de peu celui de Christopher Hitchens jeudi, je me disais que la fin d'année n'était pas tendre avec les célébrités de tout poil: si on m'avait demandé ce dimanche matin, j'aurais probablement pu citer Oussama ben Laden, Mouammar Khadafi et Steve Jobs comme disparus supplémentaires de 2011.

Et puis je suis allé voir la R'vue genevoise, qui m'a remis Amy Winehouse en mémoire. Et Jean Amadou. Pour la chanteuse britannique j'avais l'impression que ça s'était passé il y a des siècles alors qu'en fait ça ne date que de juillet dernier. Pour Amadou c'est encore pire, je ne suis même pas sûr que j'étais au courant. Je vous engage d'ailleurs à faire cet exercice un peu morbide avant de poursuivre, c'est instructif (et la saison y est de toute façon propice).

Je suis du coup allé jeter un oeil à la catégorie wikipédienne habilement intitulée "décès en 2011", pensant y retrouver deux ou trois autres noms familiers.

Elle en contient en fait 1311. Et l'année n'est pas finie.

EDIT: ah ben tiens, au moment où je publie j'apprends le décès de Kim Jong-Il.

Ca m'a aussi appris que la célébrité est toute relative: de ces mille trois cents et quelques disparus, j'en ai reconnu tout juste une douzaine, plus quelques autres dont le nom ne m'était pas totalement étranger, mais impossibles à resituer sur le moment. 

J'avoue que je ne suis pas très branché vie -et mort- des stars (et qu'on ne peut pas passer sa journée à lire la rubrique nécrologique du journal, sauf si l'on est comme ma défunte grand-mère), mais j'avoue que ce nombre m'a surpris.

samedi 17 décembre 2011

SOPA danse

(Je confirme avoir fait usage des services d'un expert en jeux de mots pour ce titre)

Indépendamment de savoir s'il est bien pour les Wikipédiens de tenter de peser individuellement sur le débat politique ou, collectivement, d'utiliser Wikipédia pour le faire (deux options très distinctes), je poste ce petit film qui explique assez bien (en anglais) comment fonctionne le processus de rédaction d'une loi et l'influence qu'on peut avoir sur celui-ci, un rappel qui m'a l'air important vu l'actualité récente. 

C'est évidemment un peu différent dans chaque pays, mais si vous vivez dans une démocratie occidentale il y de fortes chances que les grandes lignes en soient les mêmes: l'essentiel, en fait, consiste à dire que c'est long et compliqué et qu'une grande partie du travail se fait en amont. 



Sinon vous pouvez aussi aller voir cette petite carte (façon de parler), en remplaçant le nom des institutions US par celles de chez vous (voire en virant le Sénat si vous vivez au Québec, ou en ajoutant 4 ou 5 niveaux si vous êtes belge):


Trouvée chez Mike Wirth.

Tout ça pour dire qu'il est plus efficace de se plaindre d'un projet de loi plutôt que d'une loi qui vient de sortir, vu que dans ce dernier cas toute modification revient à lancer un nouveau projet législatif.

vendredi 16 décembre 2011

Ex-chaussures

Joal-Fadiouth, Sénégal.
Il faut toujours garder contact avec ses ex, surtout celles qu'on laisse dans un port ou une contrée lointaine : on pourrait un jour revenir, et si elle vous emmène par exemple visiter le village de naissance du Président-poète Léopold Sédar Senghor, elle pourra vous montrer où cette photo à été prise et, peut-être,  vous expliquer pourquoi on abandonnerait ses sandales devant un calvaire.

Pour info et pour les touristes potentiels, le village de Fadiouth est en fait bâti sur un îlot constitué de coquillages accumulés depuis des milliers d'années par les habitants du coin. 

jeudi 15 décembre 2011

Starcraft II

Vous l'aurez sans doute vu mentionnée ici ou , peut-être même aurez vous commencé à jouer avec: je parle bien sûr de la nouvelle interface d'édition de médiawiki, le logiciel qu'on trouve sous le capot de Wikipédia. Il n'y a pas à dire, c'est bien fait

C'est pareil, mais différent.
En gros on a supprimé la fenêtre d'édition pour permettre l'écriture directement dans le texte. Je me suis même pris à penser "wow, vivement qu'ils mettent tout ça en place!"

Et puis je me suis souvenu de Starcraft II.

Starcraft II, pour les ignares1, est la suite de Starcraft tout court, un des meilleurs jeux de stratégie en temps réel qui fut, et dont le scénario n'est pas fondamental au propos de ce billet. Ce dont il faut se souvenir, c'est que le premier opus fut un énorme succès à sa sortie en 1998. Un tel succès, à vrai dire, qu'on a assez rapidement compris (et annoncé) la sortie d'une deuxième version, vers le milieu des années 2000. Photos d'écrans et synopsis à l'appui.

La suite est effectivement sortie.

Douze ans après la première version. 

D'où l'intérêt de lire les petits caractères dans l'annonce faite sur le blog de la Fondation: mise en place prévue pour juin 2012, sur un petit wiki (e.g. un qui n'a pas trop d'infoboites ni de modèles imbriqués, a priori). Vu le temps qu'il a fallu pour sortir le "simple" redesign vector, la machine à chatons, et les boites à feedback (ces deux derniers n'étant il me semble toujours par disponibles de partout), je me dis que pour ce qui nous concerne, les francophones du troisième plus gros wiki, ça n'est pas gagné.



1. Ou les filles, soyons honnêtes dans le sexisme geek.

La petite différence

Vous aurez sans doute remarqué l'apparition de l'inévitable bannière de levée de fonds en haut de chaque page de Wikipédia: on a, au choix, le fan de heavy-metal, la sorcière hippie, et Jimmy Wales qui nous demandent chacun leur tour des sous pour payer le bistro les serveurs, et le service en général. 

J'ai bien sûr ma propre opinion sur l'impact que peuvent avoir deux de ces trois individus sur l'envie de donner d'une population de consommateurs - non contributeurs des classes moyennes occidentales, mais je peux me tromper. La preuve, c'est que j'étais surpris de voir l'image ci-dessous présentée comme une parodie de mauvais goût alors que je la prévoyais pour la levée de fonds 2012:

Sacré Jimmy.
Le détail qui change cet année, pour autant que je me souvienne, c'est que c'est la première fois que l'objectif de collecte n'est pas vraiment publicisé. Les autres années on nous disait quelque chose du genre "il nous faut 5 millions, mettez la main à la poche et la bannière disparaît", alors que là, rien.

Ca, c'était en 2009.

Vu que le budget provisionnel progresse à pas de géant (de 28 millions de dollars cette année à cinquante dans 4 ans), qu'il a fallu presque l'entier des deux mois en 2010 pour collecter 16 millions, que le lectorat progresse modérément, et que les nouveaux accords de répartition des collectes avec les chapitres locaux ont été particulièrement agressifs1, je me demande si ça ne cache pas quelque chose, du genre "on ne met pas d'objectif parce qu'on ne va probablement pas l'atteindre". C'est très américain de ne pas vouloir passer pour des losers.

Bref je spécule, mais le changement général d'attitude m'a quand même surpris.


1. Plutôt qu'une répartition à 50/50 le modèle de base semble s'orienter grosso-modo vers 100% pour la Fondation et des subventions distribuées au cas par cas pour les chapitres. Bizarrement, ce raclement de fonds de tiroirs est assez mal passé, ne serait-ce que dans la manière et parce que dans beaucoup de pays ce n'est pas vraiment légalement applicable.

mercredi 14 décembre 2011

Berne

Une intéressante remarque cet après-midi d'Udufruduhu sur le Bulletin des Administrateurs wikipédiens: on n'a plus de nouveaux admins depuis presque deux mois - un phénomène connu depuis près de deux ans chez les anglophones sous le nom d'admin drought, mais assez inédit sur la Wikipédia en français. Chacun a probablement son idée sur le sujet, j'en ai moi-même plusieurs dont aucune n'est indépendamment satisfaisante, et plusieurs se sont d'ailleurs exprimés (voir plus bas). J'ai toutefois particulièrement relevé cette (courte) sortie d'Addacat:
"Il y a surtout un gros problème chez quelques admins qui se croient tout permis. Je ne crois pas qu'un appel au Bistro soit la solution idéale pour le moment. Enfin, les énormités de beaucoup d'admins-arbitres ont provoqué un ras-le-bol général, du moins amha."
Je suis pourtant joignable.
A moins qu'il y ait une erreur typographique et qu'elle parlât d'admins-arbitrés (il y en aura eu huit rien que sur les 3 derniers mois), je parierais mon chapeau qu'elle parle de moi. J'ai ce tempérament un peu mégalo parano et, surtout, j'étais entre autres énormités l'admin-arbitre ayant incidemment participé pas plus tard que cet été au quatrième arbitrage la concernant1 et la trouvant, encore une fois, coupable d'un comportement pas très très collaboratif (ce qui est bien sûr une litote pour dire que les cinq arbitres l'ont unanimement trouvée prête à jeter systématiquement l'anathème sur tous ses détracteurs). Sombre coïncidence s'il en est.

Indépendamment de mes mérites propres, je trouve assez élégante cette approche opportuniste qui consiste à utiliser un problème général pour régler ses comptes personnels par des insinuations: ça aide à la réflexion et ça met tout le monde de bonne humeur. Tout ça me rappelle fort à propos l'élection des conseillers fédéraux suisses qui s'est déroulée ce même jour à Berne et que j'ai regardée avec intérêt: l'UDC était la première à y appeler une sacro-sainte concordance de ses voeux, tout cela pour mieux la piétiner dès que les choses n'allaient pas dans le sens qui lui plaisait: la juxtaposition des deux mondes m'a fait sourire2. Bref, c'était juste pour l'anecdote.

In other news, ou plutôt dans une section juste en-dessous, on commence à s'interroger sur le sexe des anges et surtout à réaliser que la prise de décision sur la contestation des admins est, au bas mot, mal formulée3. Je vous renvoie là à Monsieur Cormier, voire aussi sur au BA, avec quatre interventions successives et différentes qui apportent autant d'éclairages ma foi très pertinents et complémentaires. 

En tout cas àmha, comme on dit.


1. Avec il est vrai l'"infâme" admin-arbitre gede
2. Plus ça change, et plus c'est pareil. Mais le Conseil fédéral va bien, merci pour lui.
3. C'est apparemment ce qu'il faut se dire si on est roux, motivation litigieuse mais acceptable par défaut.

vendredi 9 décembre 2011

Chaussures doublonnées

Monastère Wenshu, Chengdu, Chine.

Deux amis sont allés visiter le même temple à Chengdu et chacun a trouvé le moyen de prendre une photo de chaussures. Là où c'est original, c'est qu'ils ont pris deux photos identiques et différentes à la fois.

Pourquoi des gens iraient laisser leurs chaussures à cet endroit, par contre, personne n'en sait rien.

vendredi 2 décembre 2011

Chaussures cablées

Ljubljana, Slovénie.
J'ai, pour une raison qui m'échappe encore, décidé de sauter la semaine dernière dans un train pour Ljubljana - il y a un direct depuis Zurich, le billet n'est pas très cher et les 12h de trajet totalement supportables.

J'ai fini à Lyon, plus proche.

Je n'ai pas tout perdu, un ami m'ayant envoyé ces chaussures, à ranger bien sûr dans la catégorie ad hoc, avec celles-ci et celles-la.



vendredi 25 novembre 2011

Chaussures commentées

Saint-Michel-Chef-Chef, France.
Une paire de chaussures citée dans les commentaires d'un précédent billet.

Comme je ne sais jamais vraiment si les gens lisent les commentaires (et/ou suivent les liens qui y sont indiqués), je reposte: la photo est jolie, et vient qui plus est de Saint-Michel-Chef-Chef, village typique à ne pas confondre avec Saint-Louis-du-Ha! Ha!.

jeudi 24 novembre 2011

Jimbo star

Le problème quand on accède au statut de star, c'est qu'on a une image à défendre: ainsi va de Jimbo, dont j'ai l'impression qu'il sera surpris d'apprendre qu'on peut acheter une poupée à son effigie:


Enfin bon, peut-être que ça l'amusera.


Wordpress

C'est officiel: si jamais vous songez à ouvrir un blog (une riche idée en soi) allez chez Wordpress. La nouvelle interface de blogger n'est pas terrible, et over-blog vient de manger le commentaire que j'avais laissé chez Pierrot en réponse à son dernier billet. J'ajoute qu'en plus Wordpress est apparemment très bon pour gérer les photos.  

Or doncques, petit billet "stupéfait" chez Pierrot. Bon bon bon. J'aime bien ce genre de commentaires qui me rappellent le fait que j'écris manifestement dans un style obscur où je suis le seul à me comprendre et qu'il faut sortir le nez du guidon. Amis lecteurs, en vérité je vous le dis: pas besoin d'aller chez Wordpress le jour où vous ne comprenez rien à ce que je raconte, souvenez-vous juste qu'il existe un formulaire de commentaires au bas de chaque post. 

Quoi qu'il en soit et comme il se doit, essplications (j'espère) de texte [Je reprends ici les principaux points qu'il soulève]:
J'aimerais qu'on explique une bonne fois pour toutes, et clairement si possible en quoi :

1. le mode d'attribution des "oeillères" à qui déplait (la démarche est aussi valable au sein de Wikipédia).
Bon, j'ignore quelle est la référence à Wikipédia, mais là je faisais expressément référence au rapport de la commission qu'il a rédigé, voire à son intervention sur LCP en général et qui font la part belle à la rétribution des auteurs et à l'intervention de l'État. La section sur les contenus audiovisuels est assez défensif quand à l'arrivée de nouveaux acteurs qui sortiraient du cadre actuel et, selon l'auteur, le mettraient dès lors en péril. Je trouve donc qu'il se limite à une vision un peu surrannée de la création de contenu sur un sujet qu'il connait pourtant bien (bon, j'ai lu entre-temps qu'il se positionnerait pour le prochain Ministère de la Culture). Je précise aussi que ce monsieur ne me déplait pas, mais que je ne suis pas d'accord sur un sujet spécifique1.
2. le mode de "complémentation" des démarches étatiques. Parce qu'une encyclopédie (Wikipédia) ne complète rien du tout aux démarches étatiques (ou cantonales ou fédérales, puisqu'il faut étendre le domaine de la lutte), et que l'Etat ne complète pas Wikipédia.
Il me semble que si Wikipédia offre quelque chose que l'État n'offre pas, alors oui elle complémente ses services (si le but est non lucratif et l'offre similaire, on se complète/complémente plus qu'on ne se concurrence). Je donnais sinon aussi le lien vers le blog de la BNF qui se félicitait de pouvoir héberger du gallica chez Wikisource. Les GLAMs sont aussi un bon exemple.
3. en quoi le modèle Wikipédia encourage la création de savoir : il me semblait, naïvement, et à la lecture de certaines lignes, que le but de Wikipédia était de rapporter certain savoir, et non pas de le créer. Le modèle Wikipédien encourage la libre création de pages sur internet, mais ne produit aucun savoir en tant que tel (plusieurs restrictions qui devraient être normalement respectées sont prohibitives pour cette affirmation).
Je suis bien d'accord, la création de savoir, sur Wikipédia, s'appelle du Travail inédit. Ce que j'ai écrit (et mal écrit, apparemment) était "d'autres modèles (...) encouragent de fait la création et la démocratisation du savoir". Je trouve qu'une virgule après création pourrait aider ("encouragent de fait la création, virgule, et la démocratisation du savoir") mais donnerait un rythme bizarre. Ce que j'entends par création, bien sûr, ce sont des projets comme Wiki loves monuments, où l'on a "créé" des illustrations et photos qui n'étaient pas disponibles, ou simplement le fait qu'en laissant le contenu librement réutilisable, on encourage les gens à créer des choses inédites.
4. en quoi le modèle Wikipédia constitue une démocratisation du savoir. Parce qu'il y a confusion claire entre la libre participation (ou consultation) et la démocratisation, déjà. La démocratisation de l'accès à la connaissance fut assurée bien avant la création de Wikipédia en France (et ailleurs). La démocratisation du savoir est autre chose (il faudra que j'y revienne, mais pas forcément dans ce blog).
D'après le Wiktionnaire: démocratisation /de.mɔ.kʁa.ti.za.sjɔ̃/ féminin (..) Fait de rendre une chose accessible au plus grand nombre. Pour le 5e site le plus visité au monde, avec un contenu gratuit, je trouve que ça colle plutôt bien. Donc pour le coup c'est moi qui ne comprends pas cette remarque particulière (surtout que Wikipédia n'a pas été créée en France mais qu'elle s'adresse aux francophones).
5. en quoi Wikipédia est libertarienne (d'une part, si j'en crois le "résumé introductif" de Wikipédia, la propriété est reconnue, d'autre part, il me semble que Wikipédia n'a pas vocation à préfigurer un état). Ceci étant, on peut comprendre certains comportements individuels à cette lumière, mais dans ce cas, on peut s'étonner que les mêmes individus n'hésitent pas à préférer la coercition au collaboratif.
Là pour le coup je crois qu'il y a une différence d'interprétation sur ce qu'est un libertarien. C'est philosophique. Mais disons que 1) Jimmy Wales (pbuh) se revendique comme tel (bon ok, il refuse l'étiquette mais il coche toutes les autres cases); 2) WP ne dépend pas de subventions étatiques (que les donations ici ou là soient déductibles est un phénomène purement local); 3) la création d'articles suit la loi du marché - d'où le nombre intéressant d'intervenants spécialisés dans le catch, les mangas, les arrêts de bus et autres sujets "non encyclopédiques" (au sens traditionnel); et 4) la structure assez horizontale du projet. Note: j'ai vu des gens considérer WP comme une entreprise communiste, anarchiste voire démocratique; mais là c'est mon avis et, comme on dit, je le partage.

Donc voilà. C'était un bout plus long que mon commentaire original. Après, on a le droit de ne pas être d'accord, mais c'est une autre question. 

Réflexion faite, si quelqu'un doit me déplaire c'est Marcel Rogemont (PS - Ille-et-Vilaine), dont l'intervention pourtant courte montre que contrairement aux autres il n'a pas fait ses devoirs et n'a aucune idée de quoi on parle.

Chacun son combat

Ainsi donc, l'amendement 22 au projet de loi sur la retribution de la copie privée, amendement qui visait à la mise en place de la liberté de panorama en France, a été rejeté par les élus français. On remerciera MM. Lionel Tardy (UMP - Haute Savoie) et Jean Dionis du Séjour (NC - Lot-et-Garonne), les proposants ainsi que, même si le sourire sera un peu plus crispé, le Ministre Mitterrand, la rapporteuse Marie-Hélène Thoraval (UMP - Drôme) et surtout Patrick Bloche (PS - Paris), qui se sont opposés à l'amendement.

Le débat, plutôt intéressant, est disponible ici par écrit et  en vidéo, et la liste des votants devrait sous peu être en ligne . Il semble en gros qu'on ait suivi des disciplines de parti, puisque seuls les Nouveau-Centre ont soutenu leur collègue, tous les UMP et PS présents ayant voté contre (sauf un, Lionel Tardy: on n'est jamais trahi que par ses amis). C'est en soi un premier enseignement.

Le second enseignement, c'est que la politique c'est dur. Ce que je retiens du débat, au final, c'est que selon nos représentants (en tout cas ceux en séance en pleine nuit) la liberté de panorama c'est un truc bizarre dont on ne sait pas trop les effets, oulah, ça pourrait être dangereux-sait-on-jamais-il-faut-vite-une-étude-d'impact-sur-le-fait-qu'on-soit-archaïques. Je caricature un peu méchamment, tous les acteurs présents connaissaient visiblement leur dossier, même la rapporteuse qui a montré qu'elle avait fait ses devoirs:
"Depuis la loi du 1er août 2006 sur les droits d’auteur et les droits voisins dans la société de l’information, s’agissant de l’article L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle, il permet de disposer de la reproduction d’une œuvre d’art graphique, plastique ou architecturale par voie de presse écrite, audiovisuelle ou en ligne dans un but exclusif d’information immédiate et ceci est autorisé. En outre, la jurisprudence a permis de faire émerger ce qu’on appelle la théorie de l’accessoire, à savoir la représentation d’une œuvre située dans un lieu public qui est accessoire au sujet traité et échappe à la qualification de contrefaçon pourvu qu’elle soit fugitive."
Je ne sais pas pour vous, mais j'aurais du mal à citer tout cela dans une conversation à 23h30 passées. Je vous renvoie toutefois vers les billets de Jastrow (notamment le dernier) sur les points spécifiquement évoqués.

Pourquoi l'échec?
Viennent maintenant les usuels commentaires d'après match, où l'on se demande quel crime a encore commis l'infâme Raymond Domenech et comment on peut apprendre de nos échecs.

Concernant le ministre, je le soupçonne d'après ses commentaires de suivre sa rapporteuse et d'avoir juste envie de se coucher sans rentrer dans les détails d'une proposition qui, il le sent, n'est pas totalement à sa place ce soir. Pour Mme Thoraval, elle défend probablement son texte devant des mecs de son camp qui n'étaient pas dans sa commission (zéros amendements autres que d'orthographe selon Tardy, qui en a déposé 38 pour sa part) et, si ça se trouve ne l'ont pas prévenue avant (c'est en tout cas toujours ce genre de dynamique qu'on voit parfois là où je travaille: c'est fou ce que les gens sont territoriaux parfois). 

Il présente plutôt bien, je trouve.
Reste le cas Patrick Bloche, de loin l'adversaire le plus virulent ce soir-là de ce qu'il appelle "l'amendement Wikipédia". Ce n'est pas anodin comme remarque: il sait visiblement de quoi (et qui) il parle, dans la mesure où il pointe directement vers l'intérêt particulier du projet chez qui, il est vrai, la liberté de panorama a fait couler beaucoup, beaucoup d'octets. 

J'ai du coup moi aussi fait mes devoirs, et je suis allé voir (1) s'il savait vraiment de quoi il parle et (2) s'il n'a pas en fait juste une dent contre Wikipédia (ça arrive). Réglons d'emblée le deuxième point: il n'y a priori pas de contentieux entre l'encyclopédie et lui, à tout le moins dans la mesure où (i) son article ne fait pas ses poubelles; (ii) l'historique ne montre aucune tentative d'hagiographie dont l'auteur aurait été prestement bloqué-révoqué; (iii) il est parfaitement au courant de l'existence de l'article, vu que c'est lui qui a directement ou indirectement fourni la photo pour l'illustrer (cf. utilisateur:LaurentParis11, dont l'unique contribution sur Commons est... la mise en ligne d'une jolie photo du député).

Côté boulot, j'apprends en consultant sa fiche sur le site de l'Assemblée qu'il est membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation et co-président du groupe d'études parlementaire sur Internet, audiovisuel et société de l'information. Il s'occupe aussi de l'audiovisuel extérieur de la France et est membre du Haut conseil des musées de France. A première vue, la culture et sa diffusion, c'est donc plutôt son truc, surtout qu'il s'est apparemment opposé à HADOPI et se serait prononcé pour la licence globale. Enfin, et c'est le point qui m'a le plus intéressé, c'est que M.Bloche est le rédacteur de l'avis de la Commission de la culture sur le projet de loi de finances 2012, modestement intitulé "Création ; Transmission des savoirs et démocratisation de la culture", dont je recommande la lecture (ou à tout le moins le survol).

Rien que sur pedigree, ce monsieur devrait donc être du côté wikipédien. Et pourtant pas. Ou pas vraiment. Ou pas encore.

Prises de position
Bon, je vais être honnête, je trouve que son intervention est pas mal empreinte d'une certaine mauvaise foi, notamment sur le point DADVSI (voir vers 4:00 sur la vidéo). Mais si je recommande la lecture du rapport ci-dessus, c'est en fait parce qu'il est extrêmement informatif sur les priorités du député (c'est encore plus clair sur son site, en fait): visiblement, il s'agit avant tout pour lui d'assurer la rémunération des créateurs de contenus. Je n'ai pas l'impression qu'il croie beaucoup au libre ou au libre marché (voire au marché du libre), et ses interventions montrent souvent une plaidoirie pour le soutien affirmé de l'État (un point de vue qui se défend).

On peut aimer les subventions, mais il serait temps pour lui d'enlever ses oeillères et se rendre compte que d'autres modèles fonctionnent, sont viables, complémentent les démarches étatiques et encouragent de fait la création et la démocratisation du savoir (genre... Wikipédia, monstre libertarien s'il en est). Il me semble à tout le moins qu'un système hyper-restrictif est un frein à l'innovation parce que, honnêtement, un architecte a mieux à faire que gérer les droits visuels de ses bâtiments en l'absence d'organisme de collecte pour le faire à sa place (et qui mangerait tout en frais de fonctionnement de toute façon). Le problème de l'innovation, c'est qu'on ne sait pas à quoi elle va ressembler: pourquoi, dès lors, vouloir la brider?

Bref, il va falloir faire un peu de pédagogie. 

mercredi 23 novembre 2011

Un de moins

Ou un de plus pour WP, au choix. 
Google vient d'annoncer (entre autres) la fermeture de Knol, service annoncé en son temps comme le concurrent mortel de Wikipédia. Après tout juste cinq années de service, après Quid et Encarta, c'est le modèle de Mountain View qui mord la poussière. Celui-ci sera définitivement clos le 30 avril prochain, avec une option pour les usagers actuels de migrer vers Wordpress (la plate-forme de blogs) et notamment Annotum, qui semble a priori plus orienté vers la publication scientifique (au sens large).

Je ne crois pas qu'on puisse se permettre une explosion de Schadenfreude (ou alors juste un tout petit peu): d'une part parce que même si le service et le contenus n'étaient pas toujours terribles, ils avaient le mérite d'exister et d'offrir une alternative; et d'autre part parce que quand sur Wikipédia on tombait sur quelqu'un qui contre vents et marées s'acharnait à vouloir publier ses théories très personnelles, il y avait toujours la possibilité de l'orienter diplomatiquement vers Knol, en vantant par exemple le plus grand contrôle éditorial donné à chacun et la variété des points de vue autorisés. C'était sournois, mais pratique: je ne compte plus le nombre de fois où je l'ai fait. Il reste bien Larousse et Citizendium, mais ils n'ont pas la même attractivité qu'un produit Google.

Bref, une victoire pour le modèle Wikipédia, une de plus, mais dans la pratique on va finir par se sentir bien seuls.

mardi 22 novembre 2011

Grassroots

L'info circule depuis quelques jours, notamment chez Moyg et sur le blog de Wikimédia France: un amendement à un projet de loi en discussion à partir du mercredi 23 novembre a été déposé à l'Assemblée nationale française. Le projet est le dernier à l'ordre d'une journée bien chargée, car dédiée au budget de la sécurité sociale1. Pour que la France avance dans l'ère internet, il nous faudra donc remplir trois conditions:
  1. Que les discussions sur la Sécu ne prennent pas tout le temps disponible;
  2. Que le projet de loi sur la copie privée soit accepté;
  3. Que l'amendement numéro 22 au projet de loi sur la copie privée soit accepté.
Ca fait beaucoup, mais avoir deux députés de l'actuelle majorité parlementaire pour présenter l'amendement, ça aide. Félicitations d'ailleurs aux gens de Wikimédia France qui les ont contactés et convaincus, c'est le genre d'exercice qui prend du temps. 

Comme c'est une opportunité qui ne se présente pas tous les jours, je vous propose d'aider et de faire un peu de grassroots campaign, c'est à dire une mobilisation à l'américaine: l'idée a été lancée dans un des commentaires chez Moyg et, franchement, c'est une bonne idée.

J'essplique.

Les enjeux
Le député lambda qui dans la même journée vote sur la sécu, la liberté de la presse, les accidents d'avion, la précarité professionnelle des femmes, les accidents nucléaires et la copie privée, on le comprendra, n'a pas forcément en tête l'importance que peut avoir la liberté de panorama pour Wikipédia et les projets libres (surtout si l'on pense qu'il s'agit là de l'Assemblée la plus grise de la Ve République).
En fait, et je schématise, pour n'importe quel élu la question de base pour un sujet qu'il ne connaît pas est:
  1. Qu'est-ce que ça rapporte? (à sa circonscription, à son parti, à sa plateforme, à sa réélection)
  2. Qu'est-ce que ça coute? (à la collectivité dont il est le plus proche, ou politiquement)
C'est assez basique mais c'est en fait le genre de choix qu'on fait tous, tous les jours. De votre côté, si vous vous êtes prononcé(e) sur la récente prise de décision sur l'abandon du fair use sur les bâtiments récents, que ce soit pour ou contre d'ailleurs, vous avez l'opportunité de mettre la loi en adéquation avec vos idées2. Ah oui, il faut être Français aussi.

Wikimedia prend l'Assemblée.
A ce stade la solution est en fait assez simple: à six mois des élections présidentielles et législatives il est important de faire comprendre à vos élus qu'ils doivent vous faire comprendre qu'ils ont à coeur les choses que vous, électeurs, avez à coeur. La phrase est compliquée, mais en gros cela veut dire une seule chose: appelez ou envoyez un mail à votre député et dites-lui exactement cela. Sinon, aucun moyen pour eux de savoir si ce qu'ils vont faire est bien ou pas. C'est un procédé assez courant aux États-Unis (c'est pratiquement une industrie à part entière), et beaucoup moins en Europe. Paradoxalement, cette relative nouveauté garantit l'efficacité du procédé: on aura autant de résultats avec 5 coups de fils dans la journée en France qu'avec 1'000 chez l'Oncle Sam. En Suisse, c'est légèrement différent vu l'importance des comités référendaires, mais le principe est le même: en démocratie, il ne faut pas s'attendre à être dirigés par des responsables omniscients.

La parole aux électeurs
La liste des 577 députés français est disponible ici, et si vous ne connaissez pas votre représentant la liste par département est . Je découvre qu'on en a parlé hier sur le Bistro wikipédien, mais tout le monde ne lit pas le bistro. Du coup, je vous propose un autre petit texte simple pour aller avec votre appel ou courriel.
Bonjour, 
Je suis un de vos administrés de la ville de Z et je me permets de vous appeler / de vous écrire car j'ai appris qu'à partir de mercredi allait être discutée la loi sur la copie privée, à propos de laquelle un amendement sera déposé par Messieurs Tardy et Dionis du Séjour. Cet amendement vise à permettre enfin la reproduction de bâtiments et oeuvres visibles sur le domaine public, ainsi que la libre circulation de ces images ou dessins - ce que dans d'autres pays européens on appelle la liberté de panorama.
Pour vous donner un exemple concret, il est en l'état interdit de prendre une photo de [nom d'un bâtiment public récent dans votre ville], et interdit de diffuser ces images sur internet. L'amendement en question vise à remédier à cette aberration qui empêche la publicisation d'oeuvres françaises, notamment via internet.
Je vous remercie d'avance de votre soutien et vous souhaite une excellente journée, 
XY
Et voilà, c'est tout, adaptez selon vos goûts mais restez simples. Pas besoin de parler du libre, de Wikipédia, de votre grand-mère malade. Ce n'est pas grave si votre député est PS ou Vert - il arrive que sur certains sujets tout l'échiquier se rejoigne (encore heureux!). Vous lui signalez juste un problème, et qu'il a une solution simple et pas chère à votre problème. Effort pour vous: environ 5 minutes.

Si jamais votre interlocuteur objecte qu'il doit défendre le droit d'auteur, prévoyez une ou deux réponses simples pour lui demander s'il trouve normal qu'un bâtiment ou monument payé par la collectivité ne puisse pas être entièrement à disposition du public (ou qu'on puisse parler de la Pyramide du Louvre mais pas la montrer sans autorisation préalable). Gardez des exemples simples et concrets.

Enfin, et c'est important, après le vote et quel que soit le résultat, envoyez un petit mot pour remercier votre député(e), surtout si il/elle vous a répondu. Ca ne coûte rien, ça fait plaisir, et ça met tout le monde dans de bonnes dispositions pour la prochaine fois.


1. On votera aussi sur la liberté de la presse, les accidents d'avion, la précarité professionnelle des femmes, et les accidents nucléaires. Être élu n'est pas une sinécure.
2. Je pars du principe que votants Pour et Contre préfèrent avoir des articles illustrés dans la légalité.

vendredi 18 novembre 2011

Chaussure hobby

Avenue de Clichy, Paris, France.
Un Wikipédien dont je tairai l'identité m'envoie cette photo. Extrait choisi du message d'accompagnement:
"Il se trouve que l'année dernière je faisais une série de photos de vélos. Cette année je fais les poubelles, mais je me retrouve en fait à faire les vélos, les poubelles, et surtout les poubelles avec des vélos."
Je me sens moins seul dans ma quête, mais il faut bien admettre qu'il y en a qui ont vraiment des passe-temps bizarres.

mercredi 16 novembre 2011

lundi 14 novembre 2011

Les gagnants WLM Suisse

Et puisque le message précédent parle du concours Wiki Loves Monument dans sa version hélvète, voici les gagnants récompensés ce dimanche:

Le premier prix:
Rotonde pour locomotives à la gare d'Uster (ZH)

Le deuxième prix:

Détail d'une chaise du choeur de l'Église de Burgdorf (BE)

Et le troisième:

Musée Ariana (GE)
Tout cela bien sûr en CC-by-SA, il suffit de cliquer sur les images pour avoir les détails. Il y aura eu au total une quinzaine de photos récompensées, mais on va dire que c'est celles-là qui comptent; les autres seront toutefois probablement publiées sur wikilovesmonuments.eu, site européen, et/ou wikilovesmonuments.ch son pendant suisse.

Le seul truc qui me chagrine un peu au final, c'est qu'il y en aura eu pas mal d'autres vraiment très bien et qui n'auront rien gagné - ce serait dommage de les laisser tomber dans le relatif anonymat de Commons: il faudra penser à faire un lot de propositions d'images de qualité (ou quel que soit le lable local) à l'occasion.

Le film du concours de photos

Ce dimanche 13 novembre se tenait à Berne la remise des prix pour le concours Wiki Loves Monuments, qui en Suisse aura duré tout l'été 2011. Cérémonie, poignées de mains, discours et petits fours dans une ambiance bilingue et bon enfant, et comme une image vaut mille mots je vous montre d'emblée le petit film-bilan réalisé pour l'occasion:



Avec un peu moins de 7'500 images déposées en trois mois, on est passés d'un taux de couverture de 40% à 75%1 des biens culturels d'importance nationale (voire 100% pour les cantons de Zoug et Zurich). 

C'est plutôt pas mal, surtout si l'on considère que la plupart des 3 ou 400 participants n'étaient, à la base, pas wikipédiens: un bon exercice de recrutement, donc. Je dirais même plus: c'est un franc-succès.


1. De quarante à septante-cinq pour cent!

vendredi 11 novembre 2011

Chaussures littéraires

Civilians' Park, Tunxi, Chine. 
Cette photo me rappelle cette nouvelle d'Hemingway, la plus courte qu'il ait jamais écrite:
A vendre: chaussures d'enfant, jamais portées.

vendredi 4 novembre 2011

Chaussures géolocalisées

Fontenay-sous-Bois, France. 
Autre paire wikipédienne, à ranger directement dans la catégorie spéciale des paires-de-chaussures-suspendues-aux-cables.

Le petit plus: la photo m'a été livrée avec de très exactes coordonnées: 48°51'9.4428"N et 2°27'17.7624"E. Il me semble même reconnaître le bâtiment sur Streetview.

Si avec ça vous ne les retrouvez pas, c'est que vous le faites exprès.

vendredi 28 octobre 2011

Chaussure encylopédique

Paris, France.
La présente chaussure est assez unique, et ce pour plusieurs raisons:
  • Présentée sur le stand Canon du salon de la photographie 2011, il est peu probable qu'elle soit effectivement abandonnée (quoi que d'un autre côté je doute que son propriétaire légitime la rechausse à l'issue de l'exposition), ce qui en ferait la première exception à la règle énoncée pas plus tard que la semaine dernière;
  • Elle a les honneurs de ce blog et d'un article (en tant qu'illustration) sur la version tchèque de Wikipédia. On aura tout vu.
In other news: beaucoup de boulot ces jours-ci, beaucoup de déplacements, et pas forcément le temps de bloguer d'ici décembre, voire janvier. L'avantage des chaussures, à ce niveau, c'est que j'ai un stock de photos -et donc de billets- d'avance.

vendredi 21 octobre 2011

Chaussures inadmissibles

Tunxi, Chine.
Photographes en goguette, attention: le but du jeu n'est pas de collectionner des photos de chaussures, même des jolies, mais bien de recenser celles qui ont selon toute probabilité été abandonnées par leur propriétaire.

A la vue de certains clichés, on peut parfois s'interroger.

lundi 17 octobre 2011

Attention aux ébauches


Je viens de découvrir que Jimmy Wales est sur Facebook, et que les rares fois où il y va c'est pour poster des bêtises (à commencer par la vignette ci-dessus).

vendredi 7 octobre 2011

Chaussures d'aventure

Washington DC, USA.
J'ai croisé cette fille à Irkoutsk en mai. On s'est revus à Oulan-Bator puis Pékin en juin. Voyageuse comme moi, elle est en plus douée pour la photo (pas comme moi).

La plupart des chaussures d'Asie que vous avez vues jusqu'à présent sont d'elle, ainsi que celles, américaines, d'aujourd'hui: cette paire a été trouvé en l'état, "don" du précédent locataire de l'appartement où elle a emménagé à son retour. 

C'est un signe.

jeudi 6 octobre 2011

Lobbying

Je m'absente à peine 24h et voilà qu'à mon retour je découvre que Wikipédia en italien est fermée. La page d'accueil (et tout article auquel on essaie d'accéder) est remplacée par une note indiquant que face à la chienlit législative, la communauté avait décidé de tirer la plus grosse sonnette d'alarme qu'elle avait sous la main et, donc, de bloquer temporairement l'accès au contenu. Histoire d'inviter les gens à se soucier des risques que court, selon nos collègues italophones, le contenant.

Soit.

Je vous engage à lire bien sûr le billet d'Alexander Doria, qui a un peu pris le lead sur cette histoire, ainsi que les divers échos chez Wikimédia France, Linterweb, ainsi que chez David Monniaux, Moyg, Pierrot et Darkoneko (avec pour ce dernier le petit addendum qui va bien). Et ah, oui, tant qu'à faire, la  réaction officielle de la Fondation sur le sujet (en anglais). Du coup, on ne va pas faire un énième post sur ce qui se passe, mais essayer plutôt de savoir pourquoi ça s'est passé comme cela. 

Rien de nouveau sous le soleil
Reculons tout d'abord d'un pas: le projet de loi en question ne vise pas Wikipédia spécifiquement, ni ses contributeurs (ou son mode de contribution), mais concerne au premier chef la publication d'écoutes téléphoniques - d'où le nom de Loi sur les écoutes. Un paragraphe, le 29, exprime grosso-modo qu'en cas de publication contestée, la personne visée peut exiger la mise en ligne d'un correctif sous 48h et, très littéralement, sans autre forme de procès.

Il me semble ici que Wikipédia en italien serait la victime collatérale d'un projet de loi qui ne la vise pas. Notez que ce n'est pas vraiment nouveau: on a eu il y a quelques années la version anglophone qui était bloquée au Royaume-Uni pour la mise en ligne de la pédopornographique pochette de l'album Virgin Killers du groupe de rock Scorpions, ou ce projet de loi portugais à l'automne dernier, toujours dans les cartons, qui vise à rendre les droits d'auteur inaliénables mais, en passant, condamnerait tout schéma alternatif de type Creative Commons - qui je vous le donne en mille sous-tend Wikipédia. Enfin, pour rappel, on a aussi vu le député allemand Lutz Heilmann qui par décision de justice avait fait bloquer en référé l'accès à l'adresse www.wikimedia.de. Et je ne parle pas ici des propositions un peu plus fantasques qu'on voit passer à l'occasion, comme ce tout récent rapport de sénateurs new-yorkais visant à interdire le troll et le bannissement sur les canaux informatiques... Le bouton de blocage des admins est menacé! 

La première conclusion qu'on peut en tirer, à ce stade, est probablement que les gens qui nous gouvernent n'ont pas forcément Wikipédia en tête au jour le jour (et moins encore son fonctionnement). Et sauf à penser que nos gouvernants sont omniscients et hypercompétents par la simple magie du suffrage qui les porte, c'est probablement dommage mais somme toute assez normal. 

Luttes d'influence
Du coup, il est aussi normal pour Wikipédia - sa Fondation, ses chapitres locaux, ses utilisateurs- d'essayer de corriger le tir quand un sujet que ses contributeurs connaissent assez bien peut être indirectement affecté par des décisions ou projets de loi qui, à tout le moins, manquent d'inspiration. C'est tout le principe du lobbying, qui en France en particulier a bien mauvaise presse: au final, celui-ci ne fait pourtant que refléter la prise en compte d'intérêts particuliers ayant une connaissance pointue d'un sujet. Ceux-ci essaient d'influer dans un sens ou l'autre ceux qui décident de la politique générale1. Les premiers lobbyistes, m'est avis, sont ainsi les élus par circonscription, censés défendre le bien commun mais aussi au passage les intérêts des gens de leur coin (ou en tout cas ceux de la grosse moitié qui les a mis en place). Autre exemple: parmi les lobbyistes enregistrés auprès des institutions européennes on trouve une bonne moitié d'industriels (les premiers impactés par la politique de ce qui reste essentiellement le plus gros bloc commercial au monde), mais aussi 40% d'ONG, think-tanks, groupes académiques ou régionaux. L'important, in fine, est de maintenir un haut niveau de concurrence entre différents groupes d'intérêts, de manière à ce que leurs influences se contrebalancent.

En revenant au contexte italien, on a donc un projet de loi qui a priori vise à répondre à un problème particulier et qui, par inadvertance et/ou une formulation un peu hasardeuse, vise plus loin que ce que ses créateurs auraient pu penser. La communauté wikipédienne concernée2 décide donc de réagir et d'essayer d'influer sur ce texte. La communauté wikipédienne italophone, consciemment ou pas, décide donc de faire du lobbying. Bouh.

Que faire?
Tout choix politique, au final, se résume à un arbitrage entre gains et pertes potentiels. Toute décision a des effets négatifs, et tout le jeu pour un décideur consiste à savoir minimiser ces derniers. Suivant les caractères les priorités changent, mais en démocratie -en tout cas dans une démocratie occidentale moderne- un bon indicateur du sens du vent vient du retour médiatique que donnera telle ou telle décision: gouverner n'est pas seulement chercher la meilleure décision, mais surtout celle qui plaira au maximum de gens - ou déplaira au minimum. L'élu lambda, donc, écoute le bruit qui l'entoure.

Les italophones avaient au départ plusieurs options pour se faire entendre:
  1. Mener une politique d'engagement avec la presse, les parlementaires. Des rencontres, des meetings, des explications. Ca a en partie été fait, mais c'est quelque chose qui demande du temps et des moyens. Or au dernières nouvelles Wikimedia Italia est une association de volontaires, ne roule pas forcément sur l'or, n'a pas à ma connaissance d'employé dédié au relationnel;
  2. Mener une politique d'engagement plus générique, moins précise: c'est ce qu'on a apparemment tenté avec un sitenotice mis sur le site il y a quelques temps. Pour que ce sitenotice atteigne ses objectifs, il aurait essentiellement fallu qu'un (voire des) journaliste(s) ou parlementaire(s) tombe(nt) dessus, prenne(nt) le temps de le lire, et soi(en)t convaincu(s). L'efficacité potentielle me semble marginale -surtout avec des Parlementaires en majorité d'un age avancé. De fait, le projet de loi est resté à l'ordre du jour, inchangé;
  3. Faire du bruit. Beaucoup de bruit.
On voit qu'à ce stade les options sont en fait assez limitées. Vous noterez que je ne cherche pas à discuter la pertinence de l'analyse italienne quant aux retombées possibles de cette loi ou le fait d'utiliser le matériel encyclopédique pour arriver à leurs fins: l'important ici est qu'eux, en temps que communauté, aient décidé que cela méritait action.

C'est ainsi qu'on est arrivés il me semble à cette décision de fermeture temporaire de la version italienne: l'attentat-suicide, au final, est l'arme du pauvre.

Boum
Quand j'ai appris la nouvelle de la fermeture du site, j'ai fait la chose la plus logique qui soit pour en mesurer l'efficacité: j'ai acheté le journal. La Repubblica, pour être exact. Et j'ai effectivement trouvé un article sur cette fermeture:


Un quart de page dans la section "Politique"3 plutôt que "Technologies", ça ne me semble pas si mal. Il y avait également des liens en première page des sites webs de la Repubblica et du Corriere della Serra: c'est bien aussi. Un rapide tour sur google news me montre qu'on a plusieurs milliers de citations à travers la presse nationale: c'est carrément bon - je connais peu de campagnes de presse qui peuvent se vanter d'une telle couverture, y compris à l'international. On en parle encore aujourd'hui dans la Repubblica, avec Jimmy Wales qui se fend d'une déclaration: un évènement couvert sur plusieurs jours, c'est vraiment, vraiment bon. Et 270'000 soutiens en 24h au groupe Facebook (et 430'000 liens vers le communiqué partagés sur des pages utilisateurs) c'est aussi toujours ça, pour ce que ça vaut.

La machine est donc lancée et, apprends-je toujours via l'excellent blog d'Alexander Doria, il semblerait que le projet soit déjà en cours de modification. Pas encore là où on le voudrait, mais les lignes de front ont commencé à bouger.

Victoire, ou bien?
Bon, au final il ne faut pas faire la fine bouche: sans vouloir vendre la peau de l'ours, il apparaît que les italophones soient plus près d'obtenir la modification du texte qui les intéresse qu'il ne l'étaient il y a trois jours. Sans non plus leur donner tout le crédit -il y avait un contexte de protestations non négligeable-, ils auront probablement concouru à ce changement.  La nouvelle du black-out a par ailleurs réussi à faire surface en dépit d'une actualité chargée: entre la dégradation de la note de la dette italienne et la mort de Steve Jobs, cela montre l'importance de Wikipédia au sein du paysage médiatique italien et, par extension, le crédit dont celle-ci jouit. Elle a contribué à faire évoluer le débat sur un point particulier qui la concerne, ce qui est une démonstration de force.

Victoire tactique, donc, comme on dit dans les infoboxes d'articles sur les batailles.

Au niveau stratégique, par contre, il faudra attendre de voir le texte final pour décider. Mais on a déjà plusieurs questions qui se posent:
  • ce qu'on a fait une fois, qui prend tout le monde par surprise et les fait réagir, est toujours moins efficace quand on le ressort une deuxième fois. Quid de la prochaine proposition législative de la même eau, dans un, deux ou cinq ans? 
  • Est-ce que cela donnera aussi l'idée de faire pareil à d'autres versions linguistiques, avec le risque de dilution du crédit dont bénéficie Wikipédia si de telles décisions sont moins bien inspirées ou plus partisanes? Il est relativement inquiétant de penser que quelques dizaines de personnes puisse aussi rapidement prendre une telle décision - et WP.it est un gros projet: combien pourraient décider sur WP en danois?
  • Cela aura-t-il un impact sur la toute prochaine campagne de dons?
On risque aussi d'avoir de sérieuses critiques: que ce soit à l'interne pour avoir abandonné une neutralité stricte, sorti la grosse artillerie et mis la Fondation devant le fait accompli; ou à l'externe pour avoir indirectement pris position contre le Parti des Libertés, qui n'est pas encore voué à disparaître4.

Bref, tout ça pour dire que c'était un développement intéressant. Et à suivre.


1. Il faudra sinon m'expliquer comment on peut attendre que des élus du peuple soient tout d'un coup experts en éducation, droit matrimonial, droit pénal, assurance maladie, recherche fondamentale, droit bancaire et promotion de l'activité économique. Et ça, c'était uniquement pour les membres du Conseil national suisse, et uniquement pour le 30 septembre dernier.
2. A leur décharge, il faut souligner que dans de récents conflits la loi a permis l'assignation individuelle de membres de Wikimédia Italia pour des problèmes de contenu avec lesquels ils n'avaient rien à voir.

3. En fait c'est même "politique et justice", ce que je trouve très italien, comme association.
4. Et est même encore au pouvoir. Quoi que sur ce point c'était assez finement joué pour ne pas s'opposer à la loi dans son entier, qui dépasse le cadre wikipédien: WP.it a donc bien fait du lobbying et pas de la politique. Un des premiers amendements déposés l'a d'ailleurs été par un député PdL.