dimanche 22 novembre 2009

Faites entrer l'accusé

L'un des trucs sympa avec Wikipédia, c'est que quand on n'a pas envie de contribuer sur des articles, on peut aller voir les pages méta et être sûr qu'il s'y passe un truc intéressant, le plus souvent sous la forme d'échanges violents et emprunts d'une certaine dose de mauvaise foi, d'a priori ou d'idéologie n'ayant que peu à voir avec la construction d'un "projet d’encyclopédie libre que vous pouvez améliorer". Les pages de l'espace non-encyclopédique constituent, de fait, une zone éminemment politique.

Dans un tel projet, c'est un peu the West Wing qui rencontre La Caravane de l'Étrange (avec, nous l'avons vu à différente reprises, des éléments de Dallas et du Fugitif). J'aimerais dire que je suis au-dessus de tout cela, que le Vieux Sage sur sa montagne son blog regarde tout cela d'un air détaché et contribue avec sérénité mais en fait, soyons honnêtes, je ne m'en lasse pas (et n'ai pas la prétention d'être sage): sans toutes ces discussions stériles et futiles, ces pleurs, hauts cris et ronchonnements, la fréquentation des pages de maintenance lutterait pour susciter un intérêt supérieur à la rediffusion d'une vieille série polonaise. Pourquoi sinon aurait-on autant de non-admins qui suivent le BA?

Ces considérations oiseuses mises à part, on y lit aussi des choses très, très pertinentes, la dernière en date lors des nombreuses discussions autour de la (re-)candidature de Vyk au poste d'administrateur. Je parle ici de l'avis donné par l'utilisateur Buisson38 à propos de la façon qu'ont les bureaucrate d'aborder le décompte des votes lors desdites élections (la question étant: le même poids est-il donné aux votes pour et contre?).

Premier élément de pertinence qui me fait dire que derrière Buisson38 se cache quelqu'un de bien: à une question posée sur la page de discussion d'une candidature d'admins mais qui ne concerne in fine que les seuls bureaucrates, sa réponse commence par tu devrais directement la leur poser.

Vient ensuite le plat de résistance, que je recopie ici sans autres tellement il met exactement le doigt sur le processus tel qu'il est au jour d'aujourd'hui:
"ce ne sont pas le nombre ou les motivations de ceux qui votent pour qui importent mais bien le nombre et les motivations de ceux qui votent contre. Dit autrement, la charge de la preuve appartient à ceux qui s'opposent à l'attribution des outils d'administrateur à un utilisateur: c'est à eux de démontrer que le candidat n'en est pas digne. La procédure se rapproche donc plus de celle d'un procès ou l'accusé est présumé innocent et ou c'est à l'accusation de faire la preuve de sa culpabilité. Ce qui est cohérent avec le fait que WP ne soit pas une démocratie: nous ne sommes pas des votants, plutôt des jurés."
En voilà un qui n'a pas 600 éditions mais a déjà tout compris. Comme quoi, Wikipédia ça n'est pas si compliqué.

J'essplique (ou plutôt, je développe).

Dans un monde idéal, tout le monde devrait avoir des droits d'admins sur Wikipédia. Ou, plutôt, il ne devrait pas y avoir de contributeurs avec des droits supplémentaires de blocage et de protection de page. La réalité, c'est que dans toute population on trouve au moins la moitié des sujets en-dessous de la moyenne1. On a bien sûr des collégiens, mais aussi des artistes/universitaires en mal de reconnaissance, des individus avec un agenda (politique, religieux), ou des personnes manquant tout simplement parfois, soyons polis, d'une certaine sérénité dans l'action.

Une élection d'administrateur porte donc particulièrement mal son nom en ce qu'on n'élit pas quelqu'un sur un putatif programme ("Wikipédia aux Wikipédiens"; "Non aux expulsions d'IP"; etc.) mais en réponse à une simple question: fait-on assez confiance au candidat pour agir avec un minimum de bon sens et ne pas multiplier les erreurs de jugement dans l'usage de ses droits acquis?

Et c'est là, effectivement, que les votes contre comptent: quelqu'un n'ayant jamais eu de soucis avec le candidat peut se contenter de répondre d'un simple "oui" (ou des banalités du style "me paraît sympa"). Le votant contre, pour sa part, aura plus d'éléments de doute qu'avec un peu de chance il pourra substantier par des citations ou liens2.

Dans cette optique, il devient évident pour les bubus (en tout cas moi) que la lecture des avis est primordiale pour faire un usage raisonné de leur pouvoir discrétionnaire: autant je survole sans trop lire les rejets systématiques commis par Guil2027 (qui ne répond pas à la question), autant celui émis par un David Berardan (contributeur expérimenté et posé) compte pour dix.



1. Dit plus abruptement: nous sommes cernés par les andouilles.
2. Mais c'est accessoire, une impression émise de bonne foi suffit: ce n'est pas un vrai procès non plus.

6 commentaires:

DC a dit…

ça fait plaisir de retrouver tes billets toujours bien sentis. :-)

NB : "de la façon qu'on les bureaucrate" -> ont

Popo le Chien a dit…

Ca fait plaisir de savoir que je peux toujours compter sur ton oeil aiguisé!

Guil2027 a dit…

"rejets systématiques" : pas tout à fait.

Je viens de compter, j'ai participé à 65 élections sur wikipédia, dont :
- 30 votes "pour"
- 28 votes "contre"
- 4 votes "réticence"
- 3 votes "neutre"

Je pense donc, en toute modestie, être un cran au-dessus de lavabo bidet.

Popo le Chien a dit…

@Guil2027: ne prenant pas de notes sur qui a fait quoi quand, et n'ayant aucune mémoire à long terme digne de ce nom, je parlais juste de tes 2-3 derniers votes à titre illustratif; il ne faut pas y voir une mise en cause personnelle.

Coyau a dit…

Dans mon monde idéal, il n'y a pas besoin des fonctions supprimer et bloquer, tout le monde fait des contributions de qualité neutres, sourcées, il n'y a pas de problèmes de droit d'auteur, tout le monde est civil, etc.

Sur ce, je mets mes gants de boxe et je retourne dans la réalité.

Anonyme a dit…

"La réalité, c'est que dans toute population on trouve au moins la moitié des sujets en-dessous de la moyenne" --> Faux ! On trouve très exactement la moitié des sujets égaux à ou en dessous de la médiane ; mais il peut très bien y avoir des populations où quelques-uns baissent tellement le niveau que plus de la moitié sont au-dessus de la moyenne.