Or doncques, j'étais ce week-end au Caire. En Égypte. Ca s'est décidé un peu à la dernière minute, évidemment, mais toujours est-il que samedi à l'aube j'étais à l'aéroport et que je décollais pour voir de près ce dont tout le monde parlait de loin: l'annonce, la veille, de sa démission par Moubarak.
Cela restera, je dois bien le dire, comme l'une des meilleures décisions de mon existence.
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Cabale égyptienne |
Je pourrais disserter sur bien des choses, à commencer par le fait que cette révolution des balayeurs, comme elle ne sera probablement jamais connue, n'est pas vraiment une Révolution et que le titre de l'
article wikipédien, tel qu'il est aujourd'hui, montre que certains mots sont trop appétissants pour ne pas être utilisés, même à tort et à travers
1. Si le sujet vous intéresse vous pouvez toutefois aller lire
cet article (en anglais) de
StratFor qui conceptualise assez bien des trucs que j'ai remarqués sur place: en gros, une révolution de palais kémaliste de type
Turquie 1980 plutôt qu'un soulèvement populaire du genre
Iran 1979. Fin de la parenthèse géopolitique.
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Je n'ai pas la TV: Est-ce que j'ai croisé
un reporter célèbre? |
Or doncques, me voici l'un des rares occidentaux présent dans le Caire en liesse: je le sais parce que (1) j'ai guère vu d'autres occidentaux que les journalistes et (2) en arrivant j'ai remarqué que la plus grande partie des vols internationaux étaient annulés (j'ai eu du bol de passer au travers, du coup petite pub pour
Swiss, dont le billet ne m'a en plus pas couté grand-chose). On fait la fête, c'est sympa et émouvant, je prends des photos de n'importe quoi, des trucs dont à peine 48h après je ne comprends pas vraiment ce que j'avais remarqué qui méritait d'être fixé pour la postérité. Bref, on se laisse porter par la chouette ambiance.
Et c'est là que me vient ma deuxième inspiration de génie: aller voir les pyramides. Ca tombe bien, c'était sur ma liste de trucs à faire au cas où le monde disparaît
en 20122.
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J'ai connu Vesoul plus animée. |
La chance qu'on a, quand c'est la révolution et que personne n'est dans le coin, c'est justement que personne n'est dans le coin. J'étais ce dimanche matin, aussi incroyable que cela puisse paraître, LE SEUL ET UNIQUE TOURISTE sur le
tout le site de Gizeh
3.
Maintenant, le truc qu'il faut savoir (et que j'ignorais), c'est qu'en fait il est possible de visiter chaque pyramide, moyennant l'achat d'un billet supplémentaire et dans la limite des 300 places quotidiennes (soit 5 ou 6 bus de retraités sur les centaines qui viennent chaque jour). C'est beaucoup et c'est peu, mais comme ce jour là j'en valais 300 à moi tout seul, j'achète un billet pour la plus grosse et la plus proche. A mon arrivée, le gardien de la
grande pyramide de Kheops me dit d'un air un peu désabusé "Normalement les appareils photos sont interdits... mais vas-y, tu peux prendre le tien".
Or doncques, à moins d'être explorateur
circa 1910 ou acoquiné avec les autorités archéologiques égyptiennes, je crois qu'on me présentait là une occasion assez unique. Je rentre donc dans la pyramide, seul.
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On ne peut pas se perdre, c'est tout droit. |
Bon, en fait je vais vous épargner jalousie et déception: c'est assez naze. Pas de petits bonshommes de profil, de herses ou de fosses à crocodiles. Juste de longs et grands couloirs (respect quand même pour l'architecte), mais arrivé dans la chambre du roi on a une pièce de deux fois la taille de votre salon avec... rien. Nada. Toujours pas de bonshommes, de peintures ou textes. R-I-E-N. Une pièce et un tombeau, merci au revoir. Quand on met tout son argent dans les murs, on doit faire des sacrifices sur la déco: une vérité immuable depuis 45 siècles.
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En plus le gars n'était pas là. |
Et là vous vous dites deux choses:
1. Pourquoi il nous raconte sa vie, c'est que du pipeau;
2. S'il l'a fait, où qu'elles sont les photos?
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C'est là que ça devient fort. Les photos, figurez-vous,
on en a déjà sur
Wikimedia Commons, sauf qu'elles sont vieilles et/où à basse résolution (genre 68 ko, piquées sur un site web externe). En gros, pour moi qui me plaint toujours que
tout est déjà sur Commons, c'est comme se voir attribuer dans les arrêts de jeu un pénalty à 1m50 du but, avec un gardien nain unijambiste posté à l'autre bout du terrain.
J'ai donc pris quelques photos. Que j'ai voulu ce soir uploader sur Commons. Et c'est maintenant que je suis rentré, que cette micro-fenêtre unique s'est refermée, que je réalise un truc:
Mon appareil était réglé sur basse résolution.
En clair, mes photos sont nazes et valent à peine mieux que celles déjà disponibles. Je me tate encore pour savoir si je dois pleurer ou me mettre des baffes.
Donc voila. J'ai passé un moment unique, mais vous n'en profiterez que moyennement. J'ai quand même de quoi enrichir un peu la catégorie
Manifestations égyptiennes de 2011, c'est toujours ça de pris.
Si on est philosophe, il faut bien admettre que tout ne pouvait pas être parfait.
1. La faute aux médias plus qu'aux Wikipédiens.
2. En 6e position.
3. J'ai croisé des journalistes en fin de matinée, mais loin de moi l'idée qu'ils n'étaient pas là pour le boulot.
4. àpdmc.