vendredi 24 octobre 2008

Wikipedia vote Obama

Nous avons vu lors du billet précédent que Wikipédia -et que cela nous plaise ou non- est devenue une référence (un réflexe?) lorsque les gens cherchent une information sur un sujet inconnu d'eux. C'était particulièrement frappant avec Sarah Palin, apparue soudainement sur les écrans radar de la planète. Le corollaire de cette réflexion est bien entendu que si vous voulez savoir ce qui intéresse les gens, il suffit d'aller regarder quels sont les articles qu'ils consultent sur Wikipédia.

Nous allons généralement (en tout cas c'est mon cas) lire un article qui pour une raison x ou y concerne un sujet ayant suscité notre curiosité: nous avons plutôt tendance à vouloir approfondir notre connaissance d'éléments que nous jugeons a priori positifs, par opposition à d'autres qui nous paraissent moins attirants. Je ne suis jamais allé lire l'article sur les Jonas Brothers, pour donner un exemple, mais j'ai une vague idée de qui ils sont. Et ce qui est valable pour la musique, me dis-je, doit aussi marcher en politique.

Je me suis penché sur les statistiques de consultation des articles anglophones concernant John McCain d'une part et Barack Obama, d'autre part. Le graphique ci-dessous démarre au 1eraoût 2008, lorsque le candidat démocrate a officiellement pris le pas sur Hillary Clinton:

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La première chose qui frappe, ce sont bien évidemment les deux grandes barres entre fin août et début septembre, qui correspondent à la période des conventions nationales démocrate et républicaine. Jusque là rien de bien surprenant, sinon que consultation d'article et battage médiatique font bon ménage.

Plus intéressants cependant sont les plus petits pics indiqués par des flèches. Chacun d'entre eux correspond exactement au lendemain des débats présidentiels (26.09, 7.10 et 15.10) ou, pour le 2 octobre (pic du 3), vice-présidentiel. On remarquera que le premier pic correspond au débat du 26 septembre dernier, qui opposait les deux candidats sur la question de la politique étrangère, point fort supposé de John McCain et, plus traditionnellement, du Parti Républicain. Les consultations de l'article McCain dépassent ce jour-là celles d'Obama.

La 4e confrontation portait sur l'économie, domaine avéré du Parti Démocrate. Et ô surprise, avantage Obama.

Peut-on, me direz vous, transposer ces résultats en intentions de vote? Eh bien pourquoi pas, vu que si l'on regarde les sondages nationaux (en), la seule période où le sénateur McCain aura engrangé plus d'intentions de vote que Barack Obama aura été celle pendant laquelle la consultation de l'article qui lui est dédié sur Wikipédia est également supérieure.

Bien évidemment cet outil statistique ne tient pas (encore) compte de la répartition géographique des consultations, qui a son importance vis-à-vis des grands électeurs (ou pour séparer le "biais de fond" généré par les lecteurs du reste du monde anglophone). Ni même des données socio-économiques. Mais en sachant que seuls trois présidents (en) (sur 43) auront été élu avec une minorité du vote populaire et que 71,4% (en) de la population a accès à internet, plusieurs dizaines de milliers de personnes aléatoirement interrogées chaque jour me paraissent une aussi bonne indication que n'importe quel sondage. Non?

6 commentaires:

GillesC a dit…

Pas tout à fait...

... parce que cela exclut d'office de la consultation les personnes qui n'ont pas accès à Internet. Mais ce biais affecte également les sondages "classiques". J'avais lu récemment (sur Wikipédia ?) une mise en garde sur les résultats d'un sondage aux États-Unis : les sondeurs soulignaient eux-mêmes la nécessité de prendre en compte le fait qu'ils basaient leur échantillon sur l'annuaire téléphonique, ce qui en excluait de facto les personnes ne disposant pas, par choix ou par contrainte, d'une ligne de téléphone fixe.

Ludo a dit…

Ca marche ton truc pour faire du boursicotage ?

Popo le Chien a dit…

@Gilles: ça voudrait donc dire que si les gens qui sont connectés votent plus, la tendance serait plus forte (et inversement). A part je pointe une tendance, j'ai pas dit qu'Obama gagnerait avec 55% des voix, hein.

@Ludo: Non, mais je pense à mettre des pubs Google sur cette page; et avec les bénéfices je rachèterai l'UBS (au rythme actuel c'est pas interdit de rêver).

darkoneko a dit…

Je ne dirais qu'une chose : ceci :)

Filibert a dit…

Consulter la page d'un candidat n'implique pas que l'on va voter pour lui.

Par ailleurs, le reste de la planète est beaucoup plus démocrate que les USA, et WP (en) est très consulté hors USA.

Plusieurs énormes biais et donc pas de conclusion possible.

Popo le Chien a dit…

Vrai. Sauf que si l'on va voir pour d'autres élections plus "locales" ayant eu lieu cette année (j'ai regardé pour les principaux candidats en lice au Canada, en Australie occidentale, à Canberra et en Autriche), on a des résultats globalement similaires - moins nets en fait plus la collège électoral est faible.