samedi 20 juin 2009

Bien-pensance

J'ai eu aujourd'hui comme une épiphanie. J'ai identifié l'un des nombreux trucs qui m'embêtent royalement sur Wikipédia en général, et sur le Bulletin des administrateurs en particulier: la bien-pensance.

J'essplique.

Un contributeur lambda (c'est à dire un qui contribue essentiellement aux articles, je ne suis pas là non plus pour défendre les centaines de cas sociaux qui se croient sur usenet) s'agite sur les pages où, structurellement, on a du mal à résister à la tentation de s'agiter - au choix les PàS, AdQ, pages de discussion d'article, etc. etc., soit en gros partout sur WP vu qu'on peut toujours dialoguer par boîtes de résumé interposées et donc trouver matière à s'agiter. Notez bien que je parle ici d'agitation et pas de provocation ou agression ouverte: l'ambiance, pour peu qu'il soit possible d'en juger depuis son écran, est quelque peu tendue mais dans les limites du raisonnable1.

Le contributeur tiers et plein de bonne volonté, devant cet état de fait, est alors confronté à deux choix:
  1. Laisser un mot discret sur une page de discussion personnelle pour signaler qu'on s'approche d'une pente savonneuse et qu'on risque d'être bloqué; ou
  2. Aller sur le bulletin des admins pour signaler le besoin de "calmer les débats" à coups de blocage sur la tête2 et espérer plus ou moins ouvertement que cela sera promptement acté.
Les deux variantes sont bien évidemment pour le bien du projet. Vous ne serez pas non plus surpris d'apprendre que j'ai comme un problème avec la deuxième proposition. En effet, transformer quelqu'un en martyr par le fait du Prince et afin de recadrer une discussion me semble avoir autant de sens que d'espérer la guérison de qui que ce soit à coups de saignées. Le faire sans laisser un mot auparavant pour prévenir la personne me semble, à tout le moins, manquer d'élégance, un point à ne pas négliger lorsque l'on s'apprête à donner une leçon de bienséance.

Le problème de cette deuxième approche est ce petit côté "Jugement de Salomon Zeus": on détermine très arbitrairement ou se trouve la ligne rouge non pas avant, mais après que quelqu'un l'ait franchie. On ne va pas le lui dire à lui, mais à d'autres personnes armées d'un gros baton (ou, si on a soi-même un gros baton, on rend la justice ipso facto).

Le problème que j'ai, avec tout cela, est que la ligne rouge n'est pas déterminée par celui qui serait en droit de se sentir offensé (et qui dès lors pourrait aller en toucher deux mots aux admins, à défaut de le signaler directement à son contradicteur), mais par un tiers non impliqué dans la discussion et qui, à tout le moins, est en train de mettre les pieds dans le plat de manière assez brutale après avoir lu une page de discussion (probablement en diagonale). Le problème que j'ai, avec cette méthode, est que je vois mal comment l'agité ne peut pas se transformer en victime d'un arbitraire. Le problème, enfin, est qu'on a eu plusieurs occurences récentes de ce genre d'attitude3. Je pense pourtant qu'il y a quand même une énorme différence entre la phrase "attention, si tu continues tu vas t'en prendre une" et "tu t'en es pris une parce que tu as continué ce qu'on ne t'avait pas dit d'arrêter".

Ce n'est bien sûr que mon avis, mais je le partage. Si vous trouvez que quelqu'un s'emballe un peu trop, dites-le lui tout de suite. S'il continue, alors oui, parlez en sur le BA (ou intervenez) tout de suite. C'est effectivement moins grisant que de manier la matraque avec célérité, mais probablement plus efficace en ce qui concerne l'ambiance et, plus généralement, le bien du projet mentionné plus haut (et dont tout le monde se fout). Si vous pensez sincèrement que tout le monde peut rester calme et collaboratif en y mettant le nombre nécessaire de blocages, il est peut-être temps de vous demander quel niveau de collaboration on peut réellement obtenir sous la contrainte.



1. Raisonnable: la grande majorité des assertions visant les arguments, même si perçues comme vexantes (ex. "tu racontes n'importes quoi"). Déraisonnable: tout vocabulaire visant directement la personne (ex. "tu es un ignare"). La limite est parfois subtile.
2. Ou pire, signaler qu'on a pris sur soi de "calmer les débats" en tapant sur le plus agité des protagonistes.
3. Je ne vise personne en particulier, l'important n'est pas de pointer du doigt mais d'exposer un problème.

6 commentaires:

gede a dit…

Je crois qu'il y a pire : le contributeur qui revient à la charge, lorsque sa demande fait face à un refus, en rajoutant couche après couche, jusqu'à ce que sa juste colère, ou son juste dessein pacificateur, aboutisse.

Généralement, il obtient, d'une certaine manière, satisfaction : il a tellement pourri l'ambiance que le débat devient débordement, et la sanction tant voulue advient.

Anonyme a dit…

Citation : "tu t'en es pris une parce que tu as continué ce qu'on ne t'avait pas dit d'arrêter".

Il me paraît important que le bloqué comprenne l'action qu'il subit, mais au-delà de ce point, je ne vois pas de raison de s'embarrasser d'autres considérations que pratiques. Effectivement, le blocage intervient trop tard et est une mauvaise solution, mais une mauvaise solution qui a un impact a toujours ma préférence à une bonne méthode qui n'en aura aucun. Par ailleurs, les messages d'avertissements et les appels à la modération se rencontrent partout : comme tous les messages d'un wiki, ne sont-ils lus que par l'unique destinataire ou tout le monde peut trouver à s'y instruire ? le bloqué non prévenu compris ? Faudrait-il vérifier qu'il a lu le code de bonne conduite et qu'on ne lui a pas déjà envoyé x messages de modération pour passer au stade supérieur : considérations pratiques encore. Non, le wiki est agité d'un mouvement brownien ; celui qui d'une façon ou d'une autre cherche à se maintenir dans un site particulier pour quelque raison que ce soit doit en assumer les conséquences positives et négatives et si une particule à haute énergie le percute il doit juste comprendre le mécanisme et percevoir la dose de hasard qui est intervenu dans cette collision. Alors, "matraque", "arbitraire", "pouvoir divin", sont des allusions à la vraie vie que je prends comme tel et qui n'ont pour moi aucune signification dans mes initiatives, à peu près autant que les anniversaires au Bistro. Je parlerais pour les réticences à de prétendus sanctions sans avertissement de logique sentimentale. Je n'entends rien du tout à tout cela et je suis bien satisfait qu'on n'en entende pas davantage parlé dans le projet. Les administrateurs disposent de deux outils : la parole et les verrouillages. Il importe que les deux fonctionnent en phase pour la bonne marche du projet, la compréhension du bloqué comprise. C'est tout mais j'ajoute qu'il se pourrait même qu'il comprenne bien plus tard ce qui lui est arrivé et c'est pour moi bien préférable à un contributeur qui ménagé de tout arbitraire en reste à une compréhension superficielle du bazard et se tienne toujours près de la ligne rouge avec une aisance et une morgue croissante. C'est clair.

Citation : "Si vous pensez sincèrement que tout le monde peut rester calme et collaboratif en y mettant le nombre nécessaire de blocages, ..."

Je crois que tout le monde peut "faire l'effort" de rester calme et collaboratif ; il n'y a qu'obligation de moyens, ce n'est que dans la répétition ou la constance des infractions qu'on voit l'inadéquation de l'attitude. Inutile de dramatiser des conduites exceptionnelles, mais effectivement, faute d'autre chose, le blocage est approprié pour dramatiser un comportement polymorphe et à tendance problématique... Je l'ai dit, l'aérosol de messages de modération fait certainement plus pour la collaboration que les blocages, mais un pétard lancé au milieu peut au moins rappeler que la patience à des limites (je ne dis même pas tolérance) et que la corde est au point de rupture. Enfin le dernier avantage d'un blocage dit arbitraire est qu'il est souvent une initiation au blocage définitif, qui est - on ne peut le nier - un gage de collaboration des plus tranquilles. D'ailleurs,qu'en est-il de l'arbitraire du bannissement ? du droit divin de la communauté : Ah oui, consensus, ah oui, comité d'arbitrage ! Euh, là, j'ai à faire.

Ronchonneur que chacun pourra reconnaître à son style : comportement polymorphe et à tendance problématique... mdr

Popo le Chien a dit…

@nonyme: je suis en grande partie d'accord avec ce que tu dis, au moins pour la première partie, mais par contre je ne suis pas sûr que d'avoir été clair dans ce que moi je disais. Je ne suis pas contre les blocages, je dis juste qu'aller en demander un sur le BA sans avoir fait partie de la discussion ou sans avoir préalablement mentionné directement le problème avec le futur puni me parait déplacé; idem pour l'admin qui bloque sans être d'abord intervenu verbalement et sans plainte de qui que ce soit. On peut dire ce qu'on veut mais les mots, quand ils sont accompagnés d'un logo de balai, ont leur poids (avec les gens un tant soit peu normaux, s'entend).

Pour la deuxième partie, je crois que tu sous-estimes grandement le fait que l'écrit est extrèmement facile à percevoir de manière plus aggressive qu'il n'a été rédigé: ce que l'un écrit comme une boutade est trop souvent perçu comme un sarcasme déplacé. Et du coup non, ce n'est pas facile de rester calme et collaboratif quand on a de l'autre côté de l'écran quelqu'un que l'on perçoit (pourtant à tort) comme un agresseur.

Anonyme a dit…

Comme Rochonneur qu'on reconnaîtra je te réponds que oui, je sens une distorsion entre le début de ton post et la suite, oui j'ai mis les choses au pire, tu dis : Le problème est qu'on a eu plusieurs occurences récentes de ce genre d'attitude. Ma réponse est donc un peu plus générale, tout en focalisant sur l'administrateur, et est bien en accord avec l'illustration que tu as choisie : la foudre qui tombe sans plus de précautions.

Sur le 2e point, je considère qu'il faut à chaque contributeur du self-contrôle, que celui-ci n'est jamais un acquis et toujours à avoir comme préoccupation prioritaire pour peu qu'on ait le sang chaud ou une forte susceptibilité. C'est pourquoi je parle d'efforts à faire : faire l'effort de rester calme et une obligation de moyens. Je ne sous-estime pas, au contraire. C'est si difficile que les blocages ne peuvent pas espérer d'être vraiment efficaces, avec ou sans accompagnements verbaux ou selon une stricte logique de police (considérée ainsi par le bloqué et/ou le bloqueur). Je parle là du blocage parce que c'est le seul outil non-verbal et non pour lui-même ; tout autre aurait probablement le même caractère sommaire (Il faudrait quand même parler des effets des mises-en-cause ici ou là ; ce n'est pas bénin).

Depuis ma réponse, j'y ai répensé et j'ai réalisé que j'étais dans la problématique de mes années d'apprenti-non-violent, celle où je suçais comme un cachou la phrase de Lanza del Vasto : Est non-violent, celui qui vise à la conscience. (sous-entendu les pavés envoyés sur les CRS...). A méditer, mais c'est bien ça : peu importe la procédure ou la pagaille, le blabla de principe ou le consensus, la question de base qui demeure est : l'initiative prise va-t-elle faire profit pour le destinataire ?, et si je n'en suis pas sûr, est-ce qu'au moins je le respecte assez en m'y engageant ? Que ni lui ni moi n'en sorte diminué au-delà d'une vexation superficielle ? Je l'ai dit le reste m'importe peu.

Désolé pour la longueur, mais les retours sur un passé lointain sont toujours chronophages.

Ronchonneur qui ...

Anonyme a dit…

(Autre anonyme)

Il est pourtant facile de voir ce qui s'est passé avec Vivien Hoch. Il suffit de remonter à l'origine de toutes ces effusions : aller sur la page de discussion de l'article St Thomas d'Acquin et chercher.

On voit que tout commence en mars... Ensuite, on suit les historiques, comme dans un roman.

Et on comprend.

Après, il ne reste plus que la volonté d'agir.

Quant à la qualité de l'article, qui donc l'a lu ? Les 15 pour du vote lors du passage en BA ? Les 18 "pour" lors du vote pour l'AdQ, les 15 "contre" actuels ?

Personne, les enjeux sont ailleurs.

Anonyme a dit…

(faux anonyme, la signature est à la fin)

J'adore Wikipédia, c'est beaucoup mieux qu'un roman !

Musicaline.